Les chrétiens craignent pour leur sécurité
Islamabad, 20 septembre 2012 (Apic) Vendredi 21 septembre 2012, jour de la grande prière dans les mosquées, a été décrété jour chômé afin de marquer une « journée pour exprimer l’amour du prophète Mahomet » au Pakistan. A mesure que les manifestations de rue contre le film islamophobe diffusé sur YouTube prennent de l’ampleur, le gouvernement manœuvre pour ne pas se laisser déborder. Malgré cette tentative d’encadrement des manifestations, les chrétiens locaux craignent pour leur sécurité, rapporte Eglises d’Asie (EDS), l’agence d’information des Missions étrangères du Paris le 20 septembre 2012.
Depuis le début des violences qui ont suivi la diffusion sur YouTube du film « L’Innocence des musulmans », les manifestations prennent une ampleur particulière au Pakistan. Après Peshawar et Lahore, où la foule a scandé sa colère devant les consulats américains, l’agitation a gagné Islamabad le 20 septembre. Un millier d’étudiants ont marché en direction du quartier diplomatique de la capitale. La police a tiré en l’air à balles réelles pour les disperser.
Des partis islamistes ont appelé à faire, le vendredi 21 septembre jour de la grande prière pour les musulmans, une journée de protestation générale contre le film islamophobe. Le 17 septembre, le parti Sunni Tehreek, fortement implanté à Karachi, avait appelé à une opération ville morte (bandh), demandant à tous les commerces et aux entreprises de baisser leur rideau, pour une journée de protestation. A Karachi, les associations de commerçants et de transporteurs se sont associées à la demande. Le 19 septembre à Islamabad, quelque 500 avocats ont manifesté, scandant des slogans anti-américains et interpellant le gouvernement pour son « silence criminel » face au film.
Ce 20 septembre, le ministre de l’Intérieur, Rehman Malik, s’est adressé à la presse pour déclarer que le « Pakistan People’s Party » (PPP au pouvoir) se joindrait aux manifestations de vendredi. Il a ajouté que son gouvernement avait décidé de faire de ce vendredi 21 septembre un jour chômé, afin de protester contre l’outrage fait au monde musulman par le film islamophobe. Cette journée a été décrétée « journée d’expression de l’amour pour le prophète ».
Divers secteurs de la société civile pakistanaise se sont mobilisés pour exprimer leurs craintes face aux débordements auxquels pourraient mener les manifestations contre le film. A Lahore, une conférence a été organisée par le Conseil national pour le dialogue interreligieux et l’Initiative unie pour les religions, deux organes proches des Eglises chrétiennes. Elle a réuni des responsables religieux, dont des musulmans comme le populaire prédicateur Allama Shafaat Rasool. Ce dernier a expliqué « n’avoir pas pu dormir durant une nuit entière » après avoir visionné le film. « La douleur était aussi intense que tous les cancers du monde réunis », il a ajouté. « Mais nous devons contrôler nos émotions. L’accès de fièvre causé par le film ne doit pas être tenu pour un incident ordinaire. Je crains que de jeunes musulmans toujours plus nombreux versent dans le terrorisme s’ils les auteurs du film et ceux qui les soutiennent continuent à s’en prendre à l’islam et au prophète Mahomet ».
Présent à la conférence, Paul Bhatti, ministre de l’Harmonie interreligieuse, a déclaré que la violence devait être fermement combattue. Au Pakistan, cinq personnes ont déjà trouvé la mort depuis le début des manifestations il y a une semaine. Les dégâts matériels sont aussi importants. Le 17 septembre à Karachi, des manifestants ont jeté des pierres sur la façade de l’église catholique du Sacré-Cœur. Le 16 septembre à Hyderabad, des coups de feu ont été tirés en direction du portail de la cathédrale catholique Saint-François-Xavier. A cette occasion, l’homme qui conduisait une religieuse a été blessé par balle à la jambe.
« Les manifestants ont passé les bornes, a conclu le ministre chrétien. Notre pays traverse une phase critique et il nous appartient de maintenir la paix ». Paul Bhatti a précisé qu’il serait à New York à la fin de ce mois, pour une réunion de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Son gouvernement l’a chargé de soulever le problème des dangers posés par la production et la diffusion d’une telle vidéo. « Les agissements de quelques individus ne peuvent pas définir le caractère de l’ensemble de la nation américaine », a-t-il fait valoir. (apic/eda/ggc)
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