Santiago: Une foule émue rend hommage au «Padre Pierre» Dubois, opposant à Pinochet
Santiago, 3 octobre 2012 (Apic) Plusieurs milliers de Chiliens émus ont rendu hommage au Père Pierre Dubois, lundi 1er octobre, dans la cathédrale de Santiago du Chili. Le prêtre français, naturalisé chilien, est décédé le 28 septembre 2012 à l’âge de 80 ans. Figure de l’opposition à la dictature militaire du général Augusto Pinochet, il vivait dans la paroisse de Nuestra Senora de La Victoria, dans un des quartiers les plus pauvres de la capitale. Ses cendres ont été déposées dans le cimetière catholique de cette paroisse déshéritée qui fut l’un des bastions de la lutte contre le régime militaire.
Le «Padre Pierre», comme l’appelaient les habitants de La Victoria, s’était battu aux côtés du Père André Jarlan, tué par la police de Pinochet alors qu’il lisait la Bible, dans son presbytère du quartier de La Victoria, tandis que se déroulait une manifestation contre la dictature, le 4 septembre 1984.
Pour Ricardo Ezzati Andrello, archevêque de Santiago du Chili, le Père Dubois fut le signe «pour La Victoria et l’Eglise de Santiago que Dieu est proche, qu’il veut que les pauvres puissent rencontrer la justice». Visitant la paroisse de La Victoria, il a relevé que ce prêtre était à l’image d’un Dieu de bonté, «qui choisit les plus pauvres pour les faire participer à son Règne».
Michelle Bachelet, l’ex-présidente du Chili, a qualifié pour sa part le Père Dubois de «lutteur courageux», dans une lettre de condoléances envoyée au Père Lorenzo Maire, curé de la paroisse Nuestra Senora de La Victoria. Elle a relevé que le Chili, avec la mort du Père Dubois, a perdu «un homme exceptionnel, un homme qui s’est engagé totalement pour la défense de la vie, un lutteur infatigable et juste en ces durs moments que nous avons dû passer sous la dictature».
Ce prêtre diocésain, originaire du diocèse de Dijon et ordonné en 1955, était arrivé au Chili en 1963 en tant que prêtre «fidei donum» après l’appel du pape Jean XXIII. Toute sa vie, il s’est battu auprès des pauvres et des opprimés du pays et était connu pour son opposition à la dictature de Pinochet. Il avait été expulsé du Chili en 1986, mais y est revenu en 1990 après le retour de la démocratie.
Son engagement aux côtés des «pobladores» dans différentes régions du Chili, en particulier à La Victoria, quartier très pauvre de Santiago, est dans toutes les mémoires, peut-on lire sur le site internet de la Conférence des évêques de France (CEF) (*). Il se distinguera par son action non-violente, s’interposant à maintes reprises entre les forces de police et la population.
«Son action au coeur des affrontements entre carabiniers et manifestants le conduira à risquer bien souvent sa vie. Le 4 septembre 1984, à l’occasion d’une journée de protestation nationale, son compagnon, le Père André Jarlan, tombe sous les balles des forces armées tandis qu’il priait dans sa maison. Face à la montée des tensions provoquées par ce drame, il réaffirme le choix de la non-violence», note Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et accompagnateur du Pôle Amérique Latine et Caraïbes de la CEF.
Les témoins rapportent cet événement non violent par excellence: alors que la foule avait l’intention de brûler le commissariat local, il la conduira à l’apaisement, et la manifestation prendra la forme d’un ’ruisseau de lumière’ dans le quartier», note Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et accompagnateur du Pôle Amérique Latine et Caraïbes de la CEF.
Sa recherche de la vérité autour de l’assassinat du Père Jarlan et son rôle dans l’organisation de la solidarité à La Victoria lui vaudront d’être arrêté, puis expulsé avec deux autres prêtres français le 12 septembre 1986 par décision gouvernementale.
Peu avant, il avait reçu le Prix Oscar Romero du «Service Justice et Paix» (SERPAJ) fondé par le prix Nobel de la Paix Adolfo Perez Esquivel.
Durant son «exil» dans son diocèse d’origine, il est un relais indispensable de l’information en France sur les réalités politiques et sociales chiliennes. Avec d’autres, il participe au soutien des exilés chiliens en France. Dès 1990, il retourne au Chili sur l’invitation du premier président élu démocratiquement depuis 1970, Patricio Aylwin. Ce retour marque une reconnaissance de la part du peuple chilien: c’est le Parlement qui vote l’attribution à Pierre Dubois de la nationalité chilienne.
Peu avant, il est promu au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, en qualité «d’aumônier national d’un mouvement ouvrier d’action catholique» par le Ministère français de la coopération et de la francophonie. Il a en effet œuvré tout au long de sa vie dans l’Action Catholique Ouvrière (MOAC-JOC), promouvant la solidarité par l’organisation du mouvement ouvrier et l’évangélisation des travailleurs. «L’Eglise de France est fière de compter parmi ses enfants un prêtre, Pierre Dubois, qui a livré sa vie avec le peuple chilien», écrit Mgr Stenger dans son hommage au Père Dubois. (*) Cf. www.eglise.catholique.fr (apic/com/be)
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