Haute-Savoie: Les agents pastoraux fribourgeois font communauté à St-Jorioz
St-Jorioz, 4 octobre 2012 (Apic) Près de 120 agents pastoraux, prêtres, diacres et laïcs se sont retrouvés du 2 au 4 octobre 2012 à St-Jorioz, près d’Annecy, en Haute-Savoie, pour leur traditionnelle session de formation cantonale. Le thème choisi cette année était «Communauté(s) à recevoir…Communauté(s) à devenir». Sociologues, théologiens et témoins ont aidé les participants à revisiter, s’approprier et imaginer au mieux leur(s) communauté(s).
«Le témoignage chrétien est semé et s’enracine efficacement là où il est vécu de façon authentique et éloquente par une communauté». C’est par ce message de Benoît XVI adressé le 27 septembre dernier à l’assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE) que Marie-Dominique Minassian, responsable du dicastère Formation et ressource en pastorale (FRP), a introduit la session de formation des agents pastoraux fribourgeois. Ces journées se sont déroulées du 2 au 4 octobre à St-Jorioz.
Pour Marie-Dominique Minassian, par ce message, le pape rappelle l’enjeu décisif du témoignage chrétien. «L’efficacité du message passe par la manière dont nous en vivons. Plus encore, par la manière dont nous le rayonnons ensemble,» ajoute-t-elle. Il n’existe pas de thermomètre pour mesurer la foi. Pourtant, souligne-t-elle, «frère Christophe, moine de Thibirine, nous propose une façon bien simple pour contrôler si notre foi grandit: est-ce que grandit en moi le désir de servir mes frères, de naître toujours plus comme frère, comme sœur, dans une communauté ?»
La première matinée de session était orientée autour des résultats d’une enquête auprès des agents pastoraux (AP) fribourgeois menée quelques semaines auparavant par Marie-Claire Rey-Baeriswyl, professeure à la Haute Ecole fribourgeoise de travail social, et René Knüsel, professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne. Il ressort de cette enquête que le quart des AP, dans leurs définitions de la communauté, signalent les quatre piliers que sont la communion, la liturgie, la diaconie et l’annonce de la Parole de Dieu.
C’est ainsi qu’on découvre, par exemple, que la communauté est un «ensemble de baptisés, adhérant à un fondateur, Jésus-Christ, en lien avec l’Eglise et ceux qui le prient. Leur mission est de vivre et d’annoncer l’Evangile et ainsi de vivre en frères». Les sociologues remarquent que la solidarité occupe une place importante dans la conception de la communauté chez les AP. Ils signalent également la prépondérance d’une communauté de foi dans leurs réponses. Enfin, il y a quelques critiques qui sont des freins pour faire communauté. Selon Marie-Claire Rey-Baeriswyl et René Knüsel, elles doivent faire l’objet de réflexions pour avancer et améliorer la vie des communautés.
Dans son apport sociologique, René Knüsel informe que le terme «Communauté» est polysémique et prend des sens divers selon les langues et les cultures. Il propose néanmoins la définition sociologique selon laquelle la communauté est une collectivité dont les membres sont liés par un fort sentiment de participation. C’est ainsi que la communauté idéale est celle qui permet à chaque personne d’avoir une qualité de vie et de contribuer au bien-être des autres. Le sociologue souligne l’importance de quelques caractéristiques clés d’une communauté, retrouvées aussi dans les résultats de l’enquête, comme le partage d’intérêts communs ou encore l’importance de la solidarité.
Sur le plan théologique, l’abbé Bernard Miserez, modérateur des travaux de cette session, a expliqué aux AP que la communauté est un lieu d’espérance, parce qu’elle est fondée sur le mystère de Pâques. Le directeur de l’Institut romand de formation aux ministères (IFM) a invité les AP à «apprendre à quitter la loi du nombre». Dans l’Evangile, souligne-t-il, il n’est jamais question d’échec, ni de réussite, mais de vie. Il prône l’unité, comme socle sur lequel se fonde la communauté d’espérance.
Les AP ont accueilli Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), qui leur a rendu visite durant la première journée de formation. Mgr Morerod a dit aux AP qu’il est bon de relever ce qu’il y a de toujours positif dans les communautés. «Si on regarde saint Paul, par exemple, quand il arrive quelque part, il commence toujours par dire: ’Voilà ce que Dieu a fait de beau en vous; je lui rends grâce pour cela’. Ensuite, il développe son message. J’ai encore expérimenté, ces derniers mois, qu’il y a de très belles choses qui se vivent dans les communautés et dont on ne parle pas; ce qui confirme l’expression: ’l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse’».
L’évêque du diocèse LGF relève que «l’aspect le plus fondamental est que nous ne sommes pas ici à cause de nous-mêmes, mais nous y sommes à cause de Dieu. Et il est toujours important pour les communautés de retourner à la rencontre avec le Christ». Cela aide à relativiser certaines choses. Mgr Morerod affirme que si chacun veut absolument mettre au premier plan son idéal, il est alors difficile de faire communauté. «Si en revanche, on se dit que l’autre a aussi découvert quelque chose, et a fait son expérience de Dieu, alors on peut apprendre le don de l’Esprit donné à l’autre et faire ainsi communauté ensemble».
Par ailleurs, un sérieux motif de préoccupation pour Mgr Morerod est d’avoir «l’impression que nous passons trop notre temps entre nous alors que ce que nous désirons, c’est rencontrer d’autres personnes qui ne nous connaissent pas. Ce que nous cherchons, c’est manifester au monde notre reconnaissance que le Christ a donné sa vie pour nous,» remarque-t-il.
Si la participation aux structures qui fondent les communautés ne sont pas dans l’ouverture aux autres, «et ne vient pas du plus profond de nous, nous pourrons améliorer ces structures comme nous le voulons, mais nous risquons d’être avec les mêmes problèmes, peut-être qu’on en aura plus,» avertit Mgr Charles Morerod.
Le deuxième jour de session a permis d’entendre les témoignages de personnes ayant vécu une forte expérience d’un des piliers de la communauté. Bernadette Favre, du diocèse d’Annecy, est venue partager l’histoire de la communauté de son village proche d’Annecy. Selon les inspirations, les besoins des membres, plusieurs offres spirituelles ont été proposées. C’est ainsi que l’histoire de sa communauté a été marquée par des initiatives comme la «lectio divina», la méditation ignacienne, la catéchèse et l’ouverture aux étrangers.
Bernadette Favre estime vital de développer plusieurs initiatives, selon les sensibilités, «car aucune offre ne fera l’unanimité à elle seule. Dans une communauté, certains membres peuvent décider d’aller plus loin avec une proposition spirituelle, ce qui n’est pas le cas pour d’autres», remarque-t-elle. Les fruits de ce cheminement s’observent au niveau de l’évolution des personnes, dans la manière dont elles traversent les difficultés de la vie et dans les liens très forts qui se tissent. De son côté, l’abbé Claude Nicod, avec beaucoup d’humour, a partagé avec les AP l’expérience de la communauté de Granges-Marnand, dans l’Unité pastorale (UP) intercantonale St-Barnabé.
Cette paroisse a failli disparaître. Faisant sien le message du pape Jean XXIII qui invite les chrétiens à «être attentifs aux signes des temps», l’abbé Nicod, à son arrivée, a pris le temps d’observer la vie de la paroisse «mourante». C’est ainsi qu’il a instauré une pratique qui avait déjà fait ses preuves à Genève. Il s’agissait, dans le parcours de catéchèse, de demander à ce que chaque enfant soit accompagné d’un adulte lors des cours de catéchisme. Ces adultes, à qui l’abbé Nicod a fait confiance, se sont impliqués dans l’organisation des temps forts de catéchèse.
Cette initiative a entraîné une implication des parents et donc de plusieurs paroissiens dans le parcours des enfants. Aujourd’hui, cette vitalité pastorale a provoqué une reconstruction structurelle de la paroisse de Granges-Marnand, qui a un conseil paroissial et son équipe pastorale se met progressivement en place.
Un des moments émouvants de cette session fut le témoignage de deux résidents et de deux accompagnateurs de «La Corolle», communauté de l’Arche de Versoix (Genève). Pierre et Anne ont témoigné de leur vie dans cette communauté ouverte aux personnes handicapées, faite de prière, de communion, de simplicité et de fraternité, empreinte de spiritualité avec des racines catholiques et protestantes.
Selon Peter Rothrock, directeur de «La Corolle», dans la communauté, «nous essayons de vivre la relation, de vivre l’amitié au-delà de nos différences.» Cet Américain a travaillé durant plusieurs années dans l’humanitaire aux quatre coins du monde, avant de découvrir sa vocation auprès des adultes avec un handicap.
«Si nous sommes vrais avec nous-mêmes et que nous arrivons à aller au cœur de cette relation et de cette amitié, à un moment donné, nous sommes transformés. Nous sommes ainsi métamorphosés par rapport à tout ce que la société nous vend comme ’être fort’, ’être friqué’, ’être éduqué’ … Tout ça tombe. Avec cette vision de la relation que nous avons avec les résidents, nous espérons changer les regards, les cœurs et transformer ainsi le monde», affirme-t-il. Les communautés de l’Arche ont été créées en 1964 par Jean Vanier et son père spirituel, le dominicain Thomas Philippe. Aujourd’hui, 138 communautés de l’Arche existent dans 37 pays, sur les 5 continents, dont 8 en Suisse. Elles essaient d’offrir aux personnes handicapées un lieu de paix, de pardon et de fête.
Cette session fut une des plus actives pour les AP. En effet, durant ces trois jours, les participants se sont retrouvés à plusieurs reprises en ateliers pour réfléchir à leurs communautés, aux difficultés qu’ils y vivent, ainsi qu’à des solutions pour les résoudre. Par ailleurs, les AP ont créé divers éléments de l’exposition sur l’Evangile selon St-Luc qui va sillonner les décanats et paroisses du canton de Fribourg durant l’année pastorale 2012-2013.
En fin de session, Mgr Rémy Berchier, vicaire épiscopal de la partie francophone du canton de Fribourg, a envoyé individuellement les AP en leur imposant les mains. «Allons dire le don de la communauté dans les endroits où nous vivons,» a-t-il lancé aux AP. Une brochure sur les textes du Concile Vatican II a été distribuée aux participants. (apic/elom/be)
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