La recherche sur Vatican II n’est pas terminée
Rome, 5 octobre 2012 (Apic) Un demi-siècle après l’ouverture de Vatican II (1962-1965), la recherche historique sur cet événement majeur dans la vie de l’Eglise catholique au 20e siècle n’est pas terminée. Fort de ce constat, le Comité pontifical de sciences historiques, en collaboration avec le Centre d’études et de recherches sur le Concile Vatican II, a lancé en 2011 une vaste enquête sur les archives des pères conciliaires.
Journaux personnels, notes diverses, articles rédigés pour les revues diocésaines, etc… les recherches dans les archives privées des évêques ayant participé au concile visent à comprendre comment ils ont vécu ce grand événement.
Organisé au Vatican du 3 au 5 octobre 2012, un premier colloque entend présenter l’état de ces recherches. Il sera suivi, en 2015, à l’occasion du 50e anniversaire de la clôture du concile, d’un colloque qui devrait pour sa part faire le bilan de ces recherches. I.MEDIA a rencontré l’un des principaux artisans de cette initiative, l’historien suisse Philippe Chenaux, directeur du Centre d’études et de recherches sur le Concile Vatican II.
I.Media: Professeur Philippe Chenaux, quel est l’objectif de votre recherche sur les archives des pères conciliaires?
Philippe Chenaux: Il s’agissait de relancer la recherche historique sur le Concile, et la meilleure façon de le faire était de repartir des archives parce que l’histoire se fait avec les documents. Cela montre bien que le processus de recherche historique sur le concile n’est pas terminé. C’est aussi une façon de sortir du débat d’interprétation sur l’herméneutique du concile, entre rupture et continuité. Ce débat montre d’ailleurs que, de ces deux positions, la position du magistère (la continuité, ndlr) n’est pas la plus répandue parmi les historiens.
I.Media: 50 ans après un événement aussi clair que Vatican II, avec ses déclarations et ses décrets, son histoire doit donc encore être écrite?
Philippe Chenaux: Il s’est agi d’un événement considérable, avec quelque 2’400 pères, sans parler de tous les autres acteurs: les théologiens, les observateurs, les laïcs, y compris les journalistes qui ont contribué eux aussi à « faire » le concile. Tous ces gens-là ont laissé des archives. Tout n’a pas été consulté et la règle d’or de l’historien est d’essayer d’avoir tout ce qui existe comme traces restées d’un événement pour pouvoir en écrire l’histoire. Il est normal que l’on essaye de relancer la recherche historique, mais nous l’avons limitée aux pères conciliaires, recherchant dans les archives diocésaines et celles des différentes congrégations religieuses.
I.Media: Que ressort-il des archives déjà consultées?
Philippe Chenaux: C’est au terme du colloque que l’on pourra le dire mais, d’ores et déjà, il est possible d’imaginer que nos attentes pourraient être déçues, que les résultats ne soient pas à la hauteur de nos espérances. En effet, nous avons constaté que les archives diocésaines sont souvent mal organisées, et conservées en de multiples endroits. Ce n’est pas une raison pour se décourager mais au contraire pour continuer la recherche en exploitant d’autres pistes. Quoi qu’il en soit, je pense qu’il était utile de repartir des archives pour relancer l’histoire du concile.
I.Media: Que répond l’historien que vous êtes à ceux qui évoquent la convocation d’un Concile Vatican III?
Philippe Chenaux: D’un point de vue pratique ce serait d’abord une chose plus difficile à organiser. Ce n’était déjà pas simple il y a 50 ans, avec quelque 2400 évêques. Imaginez comment ce serait aujourd’hui, avec beaucoup plus d’évêques convoqués. Je pense aussi qu’une bonne partie des enseignements du concile mérite d’être reçue et appliquée. Si l’on ne peut pas exclure à l’avenir la tenue d’un 3e concile du Vatican, il est clair que Vatican II n’a pas dit son dernier mot.
I.Media: Au regard des discussions en cours entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, croyez-vous que l’on puisse rentrer dans l’Eglise aujourd’hui sans accepter Vatican II?
Philippe Chenaux: Absolument non. A mon sens, c’est non négociable. L’héritage du concile doit être accepté par ceux qui veulent être en communion avec l’Eglise.
(apic/imedia/ami/bb)
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