Brésil: Le théologien Gustavo Gutiérrez au Congrès Continental de Théologie du 7 au 11 octobre à Sao Leopoldo
Porto Alegre, 11 octobre 2012 (Apic) «La pauvreté n’est pas une fatalité, c’est une condition», a martelé le théologien péruvien Gustavo Gutiérrez. Il a donné une intervention intitulée: «Théologie latino-américaine: trajectoire et perspectives», lors du Congrès Continental de Théologie à Sao Leopoldo, près de Porto Alegre au Brésil. Plus de 700 personnes ont assisté à la téléconférence, retransmise à l’auditorium Unisinos de l’université des jésuites de Sao Leopoldo.
«Rien n’est plus accidentel qu’un… accident!» C’est ainsi que le théologien a initié son intervention. Il n’a pas pu honorer le Congrès de sa présence, pour cause de chute et d’entorse au genou.
Gustavo Gutiérrez, dont on fête cette année le 40ème anniversaire de son ouvrage «Théologie de la libération», a rappelé que la théologie latino-américaine revêt de nombreux visages. Des visages dont la lutte pour l’existence et la reconnaissance est permanente. «A ce propos, les années 1960 ont été marquées par beaucoup d’effervescence de la part des peuples afro-descendants, amazoniens, par les femmes, etc… C’était à l’époque des petits mouvements, mais leur action historique d’émancipation a pris de l’importance et est encore vivace aujourd’hui.»
Rapidement, Gustavo Gutiérrez a centré son intervention sur le thème qui lui tient le plus à cœur: la pauvreté. «La pauvreté n’est pas une fatalité, c’est une condition, a-t-il martelé. C’est le résultat de la main humaine, qui peut également en terminer avec une situation anti-humaine, anti-évangélique», a-t-il insisté, reprenant les termes utilisés lors de la Conférence latino américaine de Puebla, en 1979. «Personne n’est insignifiant pour Dieu, mais pour notre société, oui!», a ajouté le théologien.
«Les personnes peuvent être insignifiantes pour des raisons socio-économiques, mais également raciales, religieuses, etc… a-t-il poursuivi. Le pauvre constitue une présence qui continue d’arriver par vagues. Des vagues chargées de pauvreté. La pauvreté nous révèle la profondeur de l’injustice. Cette nouvelle présence des insignifiants, des pauvres, nous amène à voir des éléments plus profonds de la vie de ces gens et à percevoir qu’ils ne sont pas seulement des sujets sociaux, mais aussi et surtout des êtres humains qui ont droit au bonheur».
Poursuivant sur le thème de la pauvreté, Gustavo Guttiérez a rappelé à quel point la conférence de Medellin (Colombie) d’août 1968 avait permis de combler une grande lacune aux yeux des latino-américain. «D’un point de vue latino américain, cette conférence a été la première et d’une certaine façon l’unique réception continentale du Concile Vatican II. » L’auteur de «Le Dieu de la Vie» a rappelé que la fameuse phrase de Jean XXIII: «l’Eglise des pauvres», prononcée lors du Concile Vatican II, n’avait pas été bien comprise au début. «Mais après, le thème a été repris à Medellin de la manière suivante: la question de la pauvreté dans le monde et de l’Evangile pour les pauvres doit être LE thème du Concile, et non pas un des thèmes.»
Le Concile Vatican II a ouvert de nombreuses portes, a reconnu Gustavo Guttiérez. Mais en même temps, cette ouverture signifiait qu’il était nécessaire de franchir ces portes, d’aller de l’avant en les traversant. «La réalité de Vatican II disait cela. Pauvreté, injustice, souffrance… Ces portes ouvertes par Vatican II ont suscité de grandes espérances et ont motivé nombre d’expériences. Quel langage est nécessaire pour ceux qui ne sont pas considérés comme des êtres humains, des personnes, des fils de Dieu? Les questions dépassent notre capacité de réponse mais on ne peut pas les éviter, car elles existent encore aujourd’hui.»
Gustavo Guttiérez a souligné que «vivre sa spiritualité ou sa foi est un style de vie. C’est une manière d’être humain et chrétien. La pauvreté et l’insignifiance sociale sont un vrai défi à la vie de la foi. C’est difficile de faire comprendre ça aux nombreuses personnes qui vivent leur pauvreté comme une calamité sociale, alors qu’au fond, c’est une question humaine globale. En fait, a poursuivi Gustavo Guttiérez, la pauvreté est une mort physique et d’une certaine manière une mort culturelle. Comme chrétiens, nous sommes appelés à être témoins de la résurrection, et donc, de la victoire de la vie sur la mort.»
Evoquant ensuite le rôle de la théologie, Gustavo Guttiérez a rappelé que cette dernière a tenté de se définir comme une réflexion critique sur la pratique, à la lueur de la foi. «Réflexion critique signifie que nous sommes conscients de la nécessité de la rigueur de la pensée et de la réflexion. Avec humilité mais conviction, la meilleure réponse que nous pouvons donner pour dire que le peuple est aimé de Dieu est de faire preuve de solidarité avec les pauvres et de rejeter l’oppression dont ils sont l’objet. La Théologie de la Libération, que nous nommons l’option préférentielle pour les pauvres, est importante pour se souvenir que l’Eglise est celle de tous, mais principalement des pauvres.»
Gustavo Guttiérez estime qu’aujourd’hui, et pas seulement en Amérique latine, les chrétiens sont confrontés à de grands défis. Sécularisation, liberté religieuse, écologie, etc… «Chaque défi nous ouvre un nouveau champ herméneutique pour que nous puissions comprendre la foi et l’alimenter. Je crois que la pauvreté est un défi à la vie de la foi, car elle nous amène à repenser au message chrétien et à mettre cette foi sur des bases différentes.» Il y a une manière de savoir si nous sommes près de Dieu, selon lui. «Il suffit de se demander si nous sommes près des pauvres.» Mais cela implique de savoir de quel Dieu nous parlons. «Comment parler aux pauvres d’un Dieu qui les aime? Nous devons comprendre de quel Dieu nous parlons.»
Aussi, la pluralité religieuse est essentielle pour Gustavo Guttiérez. Elle nous met en face de grands défis et nous amène notamment à penser le message chrétien d’innombrables manières. «Peut-être que nos efforts peuvent paraître utopiques. Le futur est marqué par notre conviction que la souffrance aura un terme et c’est ce qui nous aide à continuer.»
Le théologien octogénaire a conclu son intervention en s’adressant aux jeunes théologiens présents dans la salle. «Vous devez être au plus près de la société, du peuple, étudier avec vigueur et prendre au sérieux les défis qui vous attendent.» (apic/jcg/ggc)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/l-eglise-est-celle-de-tous-mais-principalement-des-pauvres/