Pour évangéliser, l’Eglise doit se convertir
Rome, 11 octobre 2012 (Apic) Pour évangéliser, l’Eglise doit avant tout se convertir et porter un regard évangélique sur le monde, a déclaré Mgr Pierre-Marie Carré, secrétaire spécial du synode pour la nouvelle évangélisation, à l’agence I.MEDIA. L’archevêque de Montpellier en France souhaite que le Synode trouve un « langage » capable de parler aux nouvelles générations, dans le sillage du Concile Vatican II. Interview.
Q.: Les premières interventions du synode sont marquées par un tableau plutôt pessimiste sur la situation de la foi et de l’Eglise, dans le monde occidental surtout…
Mgr Pierre-Marie Carré: C’est vrai, notamment de la part des évêques français, mais pas uniquement. Toutefois, la réalité est complexe. D’une part, il y a de réelles difficultés. Mais de l’autre, nous ne sombrons pas dans le défaitisme, en disant « Il n’y a rien à faire, tout est perdu ». L’intervention de Mgr Dagens (évêque d’Angoulême, ndlr) a été remarquée dans ce sens. Il a beaucoup parlé du discernement: il nous faut porter un regard évangélique et sage sur la situation d’aujourd’hui, ce qui ne veut pas dire béat. C’est l’Evangile qui doit guider notre manière de regarder l’humanité. En cela, je vois différentes attitudes à adopter: il y a celle du bon samaritain, si on est plus pessimiste, qui pose un regard charitable et porte secours à l’humanité qui souffre. Il y a aussi celle du Christ qui s’adresse à l’homme riche et lui propose un chemin exigeant.
Q.: La société chrétienne qui a façonné le monde moderne n’existe plus en Occident et les chrétiens sont minoritaires dans de nombreux pays. Dans ce contexte, comment évangéliser?
PMC: Cela rejoint ce que Benoît XVI rappelle souvent. Le nombre importe moins que l’identité des chrétiens comme sel et lumière. Dans de nombreux pays, les catholiques sont des minorités très actives. C’est notamment le cas en Asie, comme l’a rappelé un évêque local, qui a assuré que l’Eglise était reconnue dans ce continent pour son œuvre caritative. La charité est en effet le résultat de notre foi, et l’un des principaux instruments de l’évangélisation.
Q.: L’Eglise doit-elle se remettre en question dans sa manière de transmettre l’Evangile?
PMC: L’Eglise doit surtout se convertir. Avant d’annoncer l’Evangile, elle doit se demander si elle le vit. Bien sûr, on ne peut pas attendre d’être complètement converti, car c’est un long chemin, mais l’annonce doit suivre une démarche de conversion.
Q.: Ce synode touche tous les domaines de l’Eglise et de la foi. Peut-on parler d’un climat de ’mise à jour’, à l’image de l’aggiornamento du Concile Vatican II?
PMC: L’un des aspects nouveaux du concile était de tenir compte de l’homme de ce temps. Ainsi, c’est le premier concile qui emploie l’adverbe ’aujourd’hui’, alors que tous les autres se situaient hors du temps. Il ne s’agissait pas de reprendre des fondements de la foi, mais bien de savoir comment la manifester aujourd’hui. 50 ans plus tard, le monde a continué à changer, peut-être plus vite encore qu’avant. Les choses évoluent à une très grande vitesse et le monde en est transformé. De nouvelles questions apparaissent, liées aux progrès scientifiques, au libéralisme économique, à l’affirmation de l’individualisme. L’Eglise peine à trouver un langage pour rejoindre les jeunes d’aujourd’hui, façonnés par toutes ces évolutions. Ils ne savent pas de quoi demain sera fait. D’un point de vue professionnel, ils ne souhaitent pas forcément se fixer affectivement. Un peu comme le concile, le synode doit trouver ce langage.
Q.: Avant même le début du synode, certains commentateurs ont exprimé des doutes quant à sa véritable utilité. Comment expliquer ce peu d’intérêt médiatique, voire ce scepticisme?
PMC: C’est peu médiatique d’aller au cœur de la foi. C’était déjà le cas il y a quatre ans, à l’occasion du synode sur la Parole de Dieu. Mais c’est notre identité, et c’est ce que le pape nous fait revisiter. C’est un service à rendre à l’Eglise d’aujourd’hui, sans se disperser et en allant au plus profond. Ce n’est pas spectaculaire, bien sûr, mais je crois que cela donnera du fruit.
Q.: Certains invoquent un Vatican III, décrivent une Eglise fatiguée…
PMC: Certes, la situation n’est pas simple, mais je vois des signes d’espérance. Je vois que la transmission de la foi se réalise dans les groupes, scouts, aumôneries, mouvements. Les jeunes se font les évangélisateurs des autres jeunes. A l’époque où j’étais séminariste, quelques années après Vatican II, on disait que la réception d’un concile durait 50 ans. Il me semble qu’il y a du vrai là-dedans. Les générations actuelles doivent s’approprier le Concile Vatican II, aller aux textes sans se contenter d’invoquer de façon globale « l’Esprit du Concile », en lui faisant dire ce que l’on veut. Après 50 ans, on a un recul suffisant pour identifier un certain nombre d’axes majeurs. Je pense notamment au thème de la Parole de Dieu, qui constitue un bon exemple. La constitution conciliaire « Dei Verbum » a été l’un des documents les plus discutés du concile. Aujourd’hui, il ne fait plus aucune difficulté. C’est une avancée du concile qu’il ne faut pas oublier. Et le synode de 2008 sur la Parole a permis que ce texte ne demeure pas un document archéologique. (apic/imedia/mm/ggc)
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