Le président taiwanais voudrait être reçu officiellement au Vatican
Taiwan, 23 octobre 2012 (Apic) Le 70ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République de Chine (Taiwan) et le Saint-Siège a été célébré discrètement le 20 octobre dernier, par une messe en la cathédrale de Taipei. Le gouvernement taiwanais n’avait délégué pour l’occasion que deux vice-ministres, rapporte l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, ’Eglises d’Asie’.
Commencées en 1922, les relations diplomatiques entre la République de Chine et le Saint-Siège n’ont été formellement établies qu’en octobre 1942 avant de subir les aléas de l’histoire. La présence d’un simple chargé d’affaires à la nonciature apostolique du Saint-Siège à Taipei l’atteste aujourd’hui encore.
Après la prise du pouvoir par les communistes en 1949, le nonce de l’époque, Mgr Antonio Riberi, avait été expulsé du continent chinois en septembre 1951. La nonciature rouvrit quelques années plus tard à Taipei, l’envoyé pontifical demeurant accrédité auprès du gouvernement de la République de Chine, à savoir les nationalistes réfugiés à Taiwan. Depuis 1971, le représentant du Saint-Siège à Taiwan ne porte plus le titre de nonce mais seulement celui de chargé d’affaires par intérim.
La politique de la Chine unique veut que tout Etat entretenant des relations diplomatiques avec Pékin ne puisse pas le faire avec Taipei (et vice versa). La nonciature de Taipei reste donc l’unique représentation diplomatique du Saint-Siège avec la Chine. Au fil des années, Taiwan étant de plus en plus isolé sur la scène internationale, le Saint-Siège figure au petit nombre des Etats qui entretiennent des relations diplomatiques avec la République de Chine (Taiwan), et non avec la République populaire de Chine (Pékin).
Selon les observateurs, la célébration d’un tel anniversaire, en présence d’une délégation gouvernementale de rang assez modeste, cache la déception de Taipei de ne pas réussir à obtenir pour le président taiwanais le privilège d’une visite officielle au Saint Siège et d’une rencontre avec le pape. En mai dernier, le président Ma Ying-jeou avait rappelé qu’il avait écrit au pape à plusieurs reprises et qu’il œuvrait à améliorer les relations entre les deux rives du détroit de Formose, dans la lignée du message pour la paix délivré en 2011 par Benoît XVI.
La visite officielle d’un président de Taiwan au Saint-Siège, tout comme celle d’un pape à Taipei, ne peuvent cependant s’envisager sérieusement, affirme Tou Chu-seng, ambassadeur de la République de Chine près le Saint-Siège de 2004 à 2008. Trois possibilités s’offrent au dirigeant taiwanais. La première est de mettre en avant son appartenance à l’Eglise catholique pour obtenir une visite à Rome. Mais, dans ce cas, souligne l’ancien ambassadeur, «le Saint-Siège prendra en considération les relations Chine-Vatican et il est improbable qu’il risque une tempête diplomatique pour cela». La deuxième solution serait que le président Ma accompagne les évêques taiwanais lors d’une de leurs visites Ad limina à Rome, mais «cela donnerait l’impression de mêler politique et religion. Ce qui n’est pas souhaité». Enfin, la dernière possibilité serait que le président Ma assiste à une audience publique place Saint-Pierre». Mais là, c’est le gouvernement taiwanais qui renoncera car il ne peut accepter un tel abaissement de la fonction présidentielle».
L’unique visite d’un chef de l’exécutif taiwanais au Vatican remonte au 8 avril 2005. A la faveur des obsèques du pape Jean Paul II, le président Chen Shui-bian avait obtenu de s’asseoir parmi la foule des chefs d’Etat présents à Rome.
En dépit de ce contexte diplomatique complexe, Rome ne délaisse pas l’Eglise de Taiwan pour autant, expliquent les observateurs. L’an dernier, le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, était à Taipei pour signer un accord de coopération universitaire avec Taiwan. Le cardinal Zen, évêque émérite de Hongkong, ainsi que Mgr Lai Hung-seng, évêque de Macao, ont aussi été récemment en visite à Taiwan, évoquant l’actualité des relations entre les deux rives du détroit et leur impact sur l’Eglise en Chine continentale et à Taiwan. (apic/eda/mp)
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