Tawadros II appelle les chrétiens à ne pas quitter le pays
Le Caire, 7 novembre 2012 (Apic) Le nouveau patriarche copte orthodoxe d’Egypte, Tawadros II, rejettera la Constitution en cours de rédaction si elle impose un Etat religieux dans ce pays majoritairement musulman. C’est ce qu’a rapporté le 6 novembre 2012 la presse égyptienne.
«Une Constitution qui suggère l’imposition d’un Etat religieux en Egypte est absolument rejetée», a-t-il déclaré le 5 novembre à des journalistes, selon le quotidien indépendant «al-Watan».
La nouvelle Constitution, sur laquelle la commission constituante à majorité islamiste devrait se prononcer le 11 novembre prochain, doit remplacer celle de 1971. Les militaires, à qui Hosni Moubarak a remis le pouvoir le 11 février 2011, l’ont suspendue, a rappelé l’AFP.
L’article 2 stipulait que «l’islam est la religion de l’Etat, l’arabe est sa langue officielle et les principes de la charia islamique sont la source principale de la législation». Le nouveau projet de Constitution conserve cet article. Mais les fondamentalistes musulmans font pression pour que la nouvelle loi fondamentale fasse des «préceptes de la charia» ou même de la charia le fondement de la législation. Ce que rejettent les milieux libéraux et laïques.
«Si le texte de la Constitution sera écrit seulement par une partie de la société, le pays fera un énorme pas en arrière», a averti le prélat dans son premier communiqué du 5 novembre.
Tawadros II a prié les chrétiens de ne pas quitter le pays. L’Egypte est «une terre sacré n’ayant pas d’équivalent dans le monde», a-t-il déclaré aux coptes envisageant l’exil. «Concernant nos frères dans le pays, qu’ils soient islamistes ou autre, nous vivons ensemble depuis 14 siècles», a-t-il dit au quotidien «al-Ahram». Et d’ajouter dans son communiqué: «La diversité est notre plus grande richesse».
Les violences contre les Coptes, la plus grande communauté chrétienne du Moyen-Orient, ont augmenté depuis la révolte de 2011. Si le premier président islamiste du pays, Mohamed Morsi, s’est engagé à être «le président de tous les Egyptiens», les Frères musulmans dont il est issu veulent graduellement imposer la charia islamique.
Les Coptes s’estiment victimes de discriminations et de sous-représentation au gouvernement. Ils déplorent les restrictions pour la construction d’églises, alors que les mêmes règles ne sont pas appliquées pour les mosquées.
Le nouveau patriarche est «une grande figure qui connaît très bien la situation et les problèmes de l’Eglise copte orthodoxe et de la société égyptienne», a commenté le Père Rafic Greiche, porte-parole de l’Eglise catholique égyptienne, sur «AsiaNews».
La nomination de Tawadros II a provoqué deux réactions différentes dans le monde islamique, a analysé le prêtre. Les responsables des Frères musulmans, parmi lesquels le président Morsi, ont exprimé des commentaires positifs et des vœux de future collaboration avec le chef de l’Eglise copte orthodoxe. «Une telle position laisse espérer pour les futurs rapports avec la majorité politique», a rapporté le Père Greiche.
Les salafistes ont ignoré l’événement. Ils ont refusé de féliciter les chrétiens et ont souligné la primauté de la religion musulmane en Egypte. Le 7 novembre, les extrémistes islamistes se sont rassemblés devant le siège du diocèse copte orthodoxe de Shobra el-Khema au Caire, bloquant l’entrée. Ils scandaient des slogans contre les chrétiens, le patriarche et le président, a indiqué le porte-parole de l’Eglise catholique. (apic/ag/ggc)
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