De Notre-Dame del Pilar à la Sainte patronne des Amériques
Fribourg, 21 novembre 2012 (Apic) La Vierge de Guadalupe a aujourd’hui remplacé la Vierge du Pilier pour les hispanophones de Suisse. Autrefois chère aux Ibères, la Virgen del Pilar, patronne de la Guardia Civil et signe d’unité nationale sous le franquisme, est désormais détrônée par la Sainte patronne des Amériques. Notre-Dame de Guadalupe sera fêtée dans toutes les paroisses de langue espagnole de Suisse dimanche 9 décembre.
Depuis l’arrivée en Suisse d’une importante communauté latino-américaine désormais mélangée aux Espagnols installés de longue date dans le pays, la composition de la communauté a changé. A une culture espagnole souvent considérée comme «supérieure» se mélange désormais la spiritualité populaire «latina», plus charnelle et moins intellectuelle. La sainte patronne du Mexique et des Amériques – dont le nom pourrait dire en langue indigène nahuatl «celle qui écrase le serpent» – sera célébrée en Suisse le dimanche 9 décembre, date la plus proche de sa fête, le 12 décembre.
Des messes sont prévues à Bâle, St-Gall, Aarau, Zurich, Berne, Lausanne, Lucerne, Genève, Delémont et Fribourg. Dans cette dernière ville, la communauté hispanophone fêtera en l’église du Christ-Roi, à 12h00, une messe solennelle à l’accent «latino».
«On célèbre Notre-Dame de Guadalupe, à la date la plus proche de la fête de l’Immaculée conception, avec les couleurs du Mexique et la dévotion latine. Le drapeau est placé devant l’autel, ainsi que l’étendard de la Vierge», précise le Père Miguel Blanco, Coordinateur national des Missions catholiques de langue espagnole.
De la fin des années 50 au début des années 80, témoigne le Père Miguel Blanco, les migrants espagnols fêtaient le 12 octobre Notre-Dame del Pilar, la sainte patronne de l’hispanité vénérée en particulier à Saragosse. Selon la tradition, la Mère de Dieu y serait apparue à l’apôtre Jacques en 40 après J.-C. «Toute la communauté espagnole vivant en Suisse fêtait alors la Vierge del Pilar, dans la pure tradition mariale des premiers migrants. C’était en même temps la fête nationale, une fête d’unité du peuple espagnol».
La dévotion mariale s’est transmise de père en fils jusque dans les années 80. «Elle s’est maintenue dans les familles de migrants, comme une nostalgie de leur pays – dans le bon sens du terme –, comme une partie de l’identité culturelle et religieuse», souligne le Père Blanco. A l’époque, la Suisse comptait quelque 170’000 Espagnols venus gagner leur pain en Helvétie.
Quand survint le boom économique en Espagne, pas moins de 100’000 d’entre eux retournèrent dans leur pays. En 2008 explosa la bulle immobilière, entraînant le retour en Suisse de près de 30’000 anciens migrants fuyant la crise économique. Durant cette dernière décennie, une bonne partie de la communauté s’est sécularisée, perdant sa tradition religieuse. L’arrivée des catholiques latino-américains a amené du «sang neuf» à la Mission catholique de langue espagnole.
Entre-temps, la communauté hispanophone en Suisse s’est fortement diversifiée, avec l’arrivée de réfugiés Chiliens, au début des années 80. Avec l’accentuation de la mobilité, c’est toute l’Amérique latine qui s’est mise en marche vers l’Amérique du nord ou l’Europe. Des Péruviens, Colombiens, Equatoriens et Boliviens sont alors arrivés en Suisse, ainsi que, dans une moindre mesure, des Uruguayens, des Guatémaltèques, des Salvadoriens, des Honduriens, des Paraguayens, des Nicaraguayens, des Dominicains, des Panaméens, des Costaricains, des Cubains, des Argentins, des Vénézuéliens, et même des Mexicains.
Dans ce dernier cas, précise le Père Miguel Blanco, 90% sont des femmes mariées à des Suisses qui travaillaient au Mexique. Aujourd’hui, la Suisse compte quelque 80’000 ressortissants latino-américains, note le missionnaire espagnol. Un certain nombre d’entre eux, bénéficiaires d’une carte d’identité espagnole, sont venus tout droit de la Péninsule ibérique ravagée par la crise économique. Parmi les «latinos», nombreux sont ceux qui vivent «clandestinement» en Suisse depuis des années, souvent dans des conditions précaires.
En Amérique latine, les religions indiennes et la religion catholique se sont souvent entremêlées dans des pratiques syncrétistes et une profonde piété populaire. La diversification du monde hispanophone avec l’arrivée de fidèles latino-américains a amené la «Mission catholique espagnole» à changer son nom en «Mission catholique de langue espagnole».
Ce changement accompagne aussi l’émergence d’une nouvelle religiosité populaire venue d’Amérique latine, marquée par une dévotion mariale particulière. «Le christianisme apporté en Amérique latine par les missionnaires espagnols nous revient dans une autre enveloppe avec les nouveaux immigrants latino-américains», souligne le Père Blanco. La communauté catholique hispanophone fête désormais la Vierge de Guadalupe, la «Mère des Amériques», comme l’invoquait le pape Jean Paul II, qui l’aimait particulièrement et a contribué à la faire connaître au-delà du continent latino-américain.
Le missionnaire souligne que le temps où certains Espagnols considéraient cette piété populaire «latina» avec condescendance est désormais révolu. «En Suisse, nos communautés, provenant de 23 pays de langue espagnole, sont ensemble, toutes nationalités confondues. Trois facteurs nous unissent. Nous avons le même Dieu, la même langue et la même religion. L’unité dans la diversité est une grande richesse… «
Avec les années, la société d’accueil influence les attitudes et comportements des immigrés: «La sécularisation s’installe très rapidement au contact de la nouvelle société. Le concept de péché, notamment celui de péché mortel, a pratiquement disparu ici, note le Père Miguel. Les jeunes issus de l’immigration ne comprennent plus la langue de l’Eglise. Malheureusement, ils ne suivent plus tellement nos liturgies ni nos messages. Malgré cette sécularisation, les fêtes patronales restent des points de repère». JB
Missionnaire espagnol, le Père Miguel Blanco a instauré à Fribourg le plus ancien pèlerinage marial de langue espagnole de Suisse en 1976, en collaboration avec les Pères marianistes.
Le deuxième dimanche de juin, une procession de plusieurs centaines de fidèles part de la Basse-Ville et monte vers Notre-Dame de Lorette pour se rendre à Notre-Dame de Bourguillon. La foule des fidèles se masse derrière l’image de la Vierge, une statue appartenant aux Pères cordeliers portée par des fidèles, et le drapeau du Vatican, prêté par l’évêché. JB
A Fribourg, la Mission catholique de langue espagnole est une structure comparable à une paroisse destinée à toutes les personnes hispanophones du canton. En plus du ministère sacerdotal avec l’administration des sacrements et la tâche pastorale (préparation au baptême, au mariage, visites aux malades, …), la Mission organise des retraites spirituelles, une formation continue pour les laïcs et les catéchistes, des pèlerinages annuels à Notre-Dame de Bourguillon au mois de juin et à Notre-Dame d’Einsiedeln au mois d’octobre, des journées mariales, des rencontres familiales et de jeunes, et des célébrations liturgiques selon la religiosité populaire des fidèles d’Amérique latine et d’Espagne.
Au niveau social, la Mission apporte une aide et un conseil adapté à chaque situation personnelle comprenant une orientation juridique, des contacts avec d’autres paroisses ou des traductions de documents. Le travail pastoral et social de la Mission conduit à un meilleur accueil et à une intégration du migrant dans la société d’accueil. L’Eglise est un puissant moyen d’intégration. La Mission est un pont entre l’Eglise d’origine et l’Eglise d’accueil. JB
L’émigration de l’Espagne a commencé au 19e siècle déjà, et sa destination était avant tout l’Amérique du Sud. L’Argentine, le Brésil et le Venezuela étaient les destinations préférées. A partir de 1940-1950, un grand mouvement migratoire prit forme à l’intérieur du pays vers les régions du nord de l’Espagne, plus industrialisées. Ensuite, ce fut au tour de l’émigration vers la France, l’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas. Les premiers migrants espagnols arrivèrent en 1957 à Genève. A partir de cette date, des milliers d’ouvriers commencèrent à affluer en Suisse, hommes et femmes de toutes les régions d’Espagne, certains avec un contrat fixe, d’autres essayant d’en obtenir un, mais la majorité avec les fameux et pénibles contrats temporaires de «saisonniers».
En 1958, la pastorale pour les Espagnols s’organisa dans la région de Lausanne. Un capucin s’engagea en 1959 pour la pastorale dans la région de Lucerne. La première eucharistie en langue espagnole été organisée à la paroisse du Bon Pasteur à Zurich, plus tard à la paroisse St-Antoine. Fribourg fut aussi pionnière puisque, en 1960 déjà, les premières messes en espagnol sont célébrées grâce à la présence, à l’Université, de religieux franciscains et marianistes. En 1960, l’Association de la Mission catholique espagnole voyait le jour à Genève. La même année se constituaient les Missions de Zurich et de Berne. En 1962 c’est Bâle-Ville qui s’y ajoutait et en 1964 Bâle-Campagne. En 1965 Baden et en 1967 Olten, Aarau en 1974 et Nyon en 1975. Aujourd’hui, la Mission a changé de visage avec l’arrivée en Suisse, dès les années 80, de quelque 80’000 Latino-Américains de langue espagnole, dont beaucoup sont des clandestins vivant en situation très précaire. L’immigration latino-américaine a majoritairement un visage féminin. (apic/be)
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