Quelle place pour nos exclus ?
Fribourg, le 24 novembre 2012 (Apic) Le conseiller fédéral Alain Berset a exprimé le 23 novembre 2012 son admiration pour le travail accompli en faveur des toxicomanes par les deux institutions fribourgeoises ’Le Tremplin’ et ’Le Radeau’. Invité à l’occasion de la conférence marquant les 30 ans des deux organisations, Alain Berset a salué un travail difficile sur un chemin escarpé où la garantie du résultat n’existe pas.
Pour célébrer leur trente ans, ’Le tremplin’ et ’Le Radeau’ avaient invité à l’université de Fribourg une série de personnalités à débattre du thème « Quelle place pour nos exclus ? ». Travailleurs sociaux, agents de la justice, responsables politiques et représentant de l’Eglise ont apporté leur éclairage sur les thème de la dépendance et de l’exclusion. Tous ont insisté sur la compassion et l’empathie due aux personnes toxicomanes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de faire rentrer les gens dans la norme, mais plutôt de les accompagner sur leur chemin pour leur permettre de reprendre en mains les rênes de leur existence.
De petites institutions nées dans le milieu des Eglises face à l’urgence sociale de la drogue au début des années 1980, ’Le Tremplin’ et ’Le Radeau’ sont devenues des structures professionnelles connues et reconnues pour leurs services aux personnes toxico-dépendantes. Pour Pierre-Alain Clément, syndic de la Ville de Fribourg et président de l’association ’Le Radeau’ , la vie des ces institutions c’est les sourire qui réchauffe, la main qui se tend, mais aussi l’échange musclé, la porte qui claque, l’overdose. C’est un apprentissage de la modestie.
Trente ans de créativité et de ténacité au service des cabossés de la vie. C’est en ces termes que la Conseillère d’Etat Anne-Claude Demierre, directrice du Département de la santé et des Affaires sociales, a salué le travail deux institutions fribourgeoises. Elle a insisté sur la prise en compte globale des addictions.
Pour parler de l’exclusion, le chanoine Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale, a évoqué la rencontre de Jésus et de la Samaritaine au puits de Sichar racontée dans l’évangile de Jean. Le point commun des deux protagonistes du récit c’est leur soif commune, physique affective, spirituelle. Pour le chanoine, cette rencontre est le prototype d’un dialogue respectueux du mystère de chaque personne au delà des apparences et des préjugés.
Le professeur de sociologie Marc-Henry Soulet a exposé quelques-unes de ses hypothèses sur ’l’accompagnement social palliatif’. Pour lui bombarder les personnes d’obligations d’insertion a un effet contre-productif. Avant d’aider quelqu’un à s’en sortir, il faut d’abord lui permettre d’éviter une aggravation de sa situation. Le professeur prône une approche sans conditions et un travail consistant à tenir la main aussi longtemps que l’on peut. Il propose de revaloriser la dimension ’diplomatique’ de la relation afin de faire d’un moins un plus. C’est le sens du mot palliatif.
Le procureur Jean-Frédéric Schmutz s’est interrogé sur le rôle de la justice et en particulier de la prison face aux personnes toxico-dépendantes. La prison n’est pas la bonne place, elle ne rend pas meilleur, admet-t-il. Mais elle est nécessaire comme place provisoire pour marquer le coup d’arrêt nécessaire. Face au danger qu’ils représentent pour eux-mêmes et pour les autres, la société doit agir contre les trafiquants. La prison garde un aspect dissuasif et redouté. De ce point de vue, elle ne sert pas à rien.
En conclusion de la discussion, le Conseiller fédéral Alain Berset a souligné l’importance de la présence d’institutions telles que ’Le Tremplin’ et ’Le Radeau’. En butte aux préjugés et au rejet de la société, les personnes toxico-dépendantes ont la garantie d’y trouver quelqu’un pour les accompagner, s’est-il félicité. (apic/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse