Selon l’étude de la HEG Arc, désintérêt grandissant des jeunes
Delémont, 16 décembre 2012 (Apic) L’image de l’Eglise catholique dans le canton du Jura et de Caritas Jura est excellente auprès de la population, notamment pour leurs services en faveur des plus démunis, selon une étude de la Haute école de gestion HEG Arc (Neuchâtel, Berne, Jura). Cependant, les résultats de l’étude confirment le désintérêt grandissant et rapide des jeunes à l’égard de l’Eglise.
Par contre, selon les résultats de l’étude de l’HEG Arc rendus publics vendredi 14 décembre à Delémont, l’Eglise jurassienne doit affronter des critiques qui s’adressent d’abord à l’institution catholique dans son ensemble. Quatre types de critiques sont identifiés: «l’autoritarisme du Vatican, le célibat des prêtres, des rituels ›poussiéreux’ qui ›transcendent’ de moins en moins les fidèles et le décalage entre pratiques sociales actuelles et position morale de l’Eglise».
Pour cette étude mandatée par la Collectivité ecclésiastique catholique romaine de la République et canton du Jura (CEC) et qualifiée de «grande première», 900 questionnaires, sur les 5’000 envoyés, sont rentrés, soit un très bon taux de 18%. Leur analyse fournit des données de grande valeur sociologique, estiment les auteurs de l’enquête.
En mars dernier, la Haute école de gestion a envoyé de manière aléatoire et par poste un questionnaire à 5’000 ménages à travers tout le canton. Plus de 900 personnes ont répondu à la cinquantaine de questions permettant d’évaluer comment la population perçoit les activités de l’Eglise catholique du Jura et de Caritas Jura.
Chef de ce projet d’étude, Nicolas Babey, professeur à la HEG Arc, est satisfait du taux de réponses reçues et de leur valeur sociologique. Même si leur valeur statistique est à relativiser: «La surreprésentation des personnes âgées est un facteur plutôt inquiétant pour l’image de l’institution. Ce d’autant que nous n’avons reçu que sept réponses de jeunes, dans la tranche des 18-25 ans, sur plus de 900 réponses!»
L’étude confirme le désintérêt grandissant et rapide des jeunes à l’égard de l’Eglise: «Si les tendances statistiques identifiées se poursuivent – et en admettant que rien ne change – l’Eglise catholique jurassienne pourrait devenir socialement anecdotique en l’espace d’une génération; quand bien même nombreux sont ceux à reconnaître les forces de l’Eglise en termes de dévouement, d’écoute, d’engagement des laïcs, de repère culturel et social», relève le chef de projet.
Pour contrer cette évolution inquiétante, le professeur Nicolas Babey a formulé quatre recommandations à l’intention de la CEC:
– La mise en discussion de ces résultats auprès de la hiérarchie catholique.
– L’innovation en termes de communication, en couplant médias traditionnels et opportunités offertes par l’interactivité d’internet (web 2.0).
– Des célébrations mieux adaptées (dans leur forme) aux attentes des paroissiens.
– Une réflexion doit être entreprise sur la manière d’harmoniser les nouveaux modes de vie de la société jurassienne et l’organisation traditionnelle de l’Eglise catholique.
Sachant que les jeunes ne vont plus à l’église et que le vieillissement de la population est inéluctable, Nicolas Babey considère qu’il faut faire vite pour contrer l’ampleur du phénomène. «Puisque l’Eglise catholique ne bénéficie plus d’une autorité incontestée, elle ne pourra construire son avenir qu’en trouvant une crédibilité nouvelle par des liens sociaux à retisser au service de la population».
Directeur de Caritas Jura, Jean-Noël Maillard considère que le résultat de cette étude est plutôt flatteur pour l’institution caritative. «Apparemment, c’est une appréciation formulée essentiellement par des personnes âgées. Elles connaissent surtout nos magasins de deuxième main, la brocante ou notre service de deuil. Mais tenant compte du vieillissement de la population, je me demande quelle sera notre image en 2030. C’est vraiment inquiétant ! «
Membre du Conseil de la Collectivité ecclésiastique catholique romaine de la République et canton du Jura (CEC) qu’il a présidé en 2011, Charles Girardin semble circonspect, pour ne pas dire désabusé. «Le résultat de cette étude ne nous surprend pas vraiment, même si on pensait qu’il serait moins négatif que ça. La CEC ne peut pas remuer le monde toute seule. L’Eglise doit absolument s’ouvrir et se demander ce que les jeunes attendent d’elle. C’est ça la question primordiale: qu’est-ce qu’il faut faire pour que les jeunes raccrochent ? C’est un énorme défi ! Quoi qu’il en soit il est impératif de se remettre en question et il y a peut-être des choses que la CEC ne fera plus». (apic/pt/sic/be)
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