Menacés de mort par des hindouistes fanatiques
Mumbai, 20 décembre 2012 (Apic) Plus de quatre ans après les pogroms de 2008 qui ont ensanglanté l’Etat indien de l’Orissa, les chrétiens de cette région située au nord-est de l’Inde, au bord du Golfe du Bengale, vivent toujours dans la peur. Ils sont aujourd’hui encore victimes d’expropriations, de conversions forcées et de menaces de mort de la part des hindouistes.
Ces exactions se déroulent sous le regard indifférent voire complice de la police et des autorités locales, dénonce Eglises d’Asie (EdA), le service d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP). La situation est particulièrement inquiétante au Kandhamal, où les assassinats de chrétiens continuent d’être classés sans suite et les exactions commises en toute impunité.
Le 12 décembre dernier, une douzaine de maisons appartenant à des chrétiens aborigènes de la ville de Raikia dans le district du Kandhamal, ont été entièrement rasées sur ordre des autorités locales. L’explication officielle était que ces habitations se trouvaient sur le tracé d’une route en projet, mais les associations de défense des droits de l’homme et la communauté chrétienne de Raikia soutiennent qu’il s’agit d’un nouveau cas de corruption des fonctionnaires locaux.
Depuis des années en effet, Piklu Sabat, un riche entrepreneur de Raikia possédant les terres avoisinantes, essaye régulièrement de s’approprier les terrains sur lesquels vivent les chrétiens. Après avoir vainement tenté, par des menaces puis par des propositions financières, de persuader les locataires de quitter les lieux, il aurait versé des pots-de-vin conséquents aux autorités afin d’obtenir l’expropriation des habitants et récupérer leurs terres.
La police et les responsables de la municipalité de Raikia se sont rassemblés au matin du 12 décembre sur la route principale du village, à quelque 300 mètres des maisons afin de superviser l’expulsion, rapporte l’agence de presse catholique AsiaNews à Rome. Ceux qui tentaient de protester étaient immédiatement arrêtés. Peu après, les bulldozers entamaient la démolition des douze habitations.
Sandip Nayak, l’une des victimes, explique que sa mère avait reçu un ordre d’expulsion fixé au 9 décembre, au prétexte que la maison se situait sur un terrain appartenant au gouvernement. Comme tous les autres habitants, Sandip et sa mère n’avaient jamais manqué à payer leur loyer régulièrement et aucun projet de route n’avait été évoqué à quelque moment que ce soit.
Les chrétiens expulsés ne nourrissent aucun espoir quant au dépôt éventuel d’une plainte au commissariat, la police locale ayant elle-même procédé à l’évacuation forcée, sans qu’aucun document officiel n’ait été fourni pour en justifier la légalité.
En janvier 2011, la police de Raikia avait déjà couvert l’assassinat d’un pasteur, concluant à la «mort par refroidissement» alors que le corps présentait des signes de lutte, avec «du sang qui sortait de la bouche, les membres cassés, le visage, le cou et la poitrine lacérés, les vêtements déchirés». La réaction de plusieurs associations de défense des droits de l’homme avait obligé le gouvernement de l’Orissa à faire reconnaître le décès comme un «meurtre inexpliqué».
Mais malgré la présence de nombreuses preuves désignant deux suspects – des leaders hindouistes impliqués dans les violences de 2008 -, aucune arrestation n’avait eu lieu. La région de Raikia n’a jamais vu la situation revenir à la normale, tout comme la plupart des villages du Kandhamal, district qui fut l’épicentre des violences antichrétiennes en 2008. Les graves incidents avaient causé la mort de plus d’une centaine de personnes et près de 55’000 déplacés. Des milliers de maisons, de lieux de culte et d’institutions avaient été détruits lors des émeutes.
Le 11 décembre dernier, c’est un cimetière chrétien qui a été profané à Midiakia, toujours dans le Kandhamal. Le Révérend Gaurango Nayak, pasteur de l’Eglise méthodiste, rapporte que toutes les croix ont été arrachées, ainsi que les arbres entourant les tombes. La police auprès de laquelle la communauté a porté plainte s’est contenté d’interdire l’entrée du cimetière afin d’éviter de nouvelles profanations.
Dans le village de Midiakia, qui abrite différentes familles chrétiennes, catholiques, méthodistes ou baptistes, les violences antichrétiennes n’ont jamais cessé, aucun des responsables des massacres de 2008 n’ayant été arrêté. En juillet 2011, un pasteur, le Révérend Michael Nayak, a été tué lors d’une embuscade par des hindous radicaux. La police locale a classé l’affaire, comme à Raikia et dans tant d’autres localités du district où les hindouistes continuent de faire régner la terreur.
Selon un bilan effectué en août dernier par un collectif rassemblant des journalistes et des militants des droits de l’homme, dans le seul district du Kandhamal, au moins 10’000 personnes sont encore sans abri (sans compter les 150 familles provisoirement abritées dans des ghettos du gouvernement). Les quelques chrétiens revenus dans leurs villages sont toujours en butte aux menaces des hindouistes, subissent conversions forcées et expulsions illégales, sans avoir jamais touché les indemnités que le gouvernement de l’Orissa s’était engagé à leur verser auprès de l’Union indienne et de la communauté internationale.
A ce jour, pour plus de 2’433 personnes acquittées par les tribunaux spéciaux mis en place afin de juger les crimes commis en 2008, seulement 452 personnes ont été inculpées. Sur les milliers de cas de violences, qui avaient été recensés, moins de la moitié ont été retenus par la police et la plupart n’ont pu être jugés, les témoins s’étant désistés à la suite des menaces de mort proférées contre eux par les hindouistes.
Sajan K. George, président du Global Council of Indian Christians (GCIC), une ONG œcuménique qui défend en Inde les droits des chrétiens, a dénoncé une «persécution incessante et pernicieuse» touchant tous les chrétiens du Kandhamal. Condamnant la profanation du cimetière de Midiakia et les expulsions des chrétiens de Raikia, Sajan George a renouvelé également sa demande que soient menées au plus vite, par une commission impartiale, des enquêtes sur les assassinats de chrétiens qui ont été commis ces derniers mois dans l’indifférence générale. (apic/eda/be)
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