Mgr Erwin Kräutler dénonce les irrégularités du projet
Altamira, 5 janvier 2013 (Apic) Malgré les innombrables infractions constatées en termes de respect de l’environnement et de droit du travail et malgré les jugements multiples condamnant l’illégalité des travaux et le non respect de la Constitution, le chantier du Belo Monte, sur le fleuve Xingu, près d’Altamira, dans l’état du Para, au cœur de l’Amazonie brésilienne, ne va pas cesser en 2013. Bien au contraire.
Alors que 20% des travaux sont déjà réalisés, malgré 148 jours de grève des ouvriers en 2012, Norte Energia, l’entreprise chargée de mener à bien le «chantier du siècle», annonce que près de 28’000 personnes travailleront sur le chantier cette année, soit 5’000 de plus que le nombre initialement prévu, pour poursuivre la construction du 3e complexe hydroélectrique du monde. Une œuvre pharaonique qui bénéficie plus que jamais de l’appui de l’état brésilien, puisque la Banque Nationale de Développement Economique et Sociale (BNDES) a décidé de débloquer 22,5 milliards de reais (10 milliards de CHF) pour la poursuite des travaux. Un record.
«Nous respectons scrupuleusement notre planning malgré les grèves survenues sur le chantier», a d’ailleurs assuré Duilio Diniz de Figueiredo, le président-directeur de Norte Energia, dans une interview accordée le 27 décembre au journal économique «Valor». Le responsable de Norte Energia promet d’accélérer les opérations de compensation environnementale, en particulier à travers la construction d’un réseau de tout à l’égout dans les communes d’Altamira et Vitoria do Xingu, directement touchées par la construction du complexe hydroélectrique. Fin prévue des travaux ? Juillet 2014.
Autre grande étape à venir pour le «Beau Monstre» comme le qualifie ses opposants, le relogement de plus de 4000 familles qui vivent dans des zones à terme immergées. «La majeure partie de ces familles vivent pour l’instant dans des conditions très précaires, le plus souvent dans des maisons sur pilotis, dans un quartier central d’Altamira», explique Dion Monteiro, responsable du Comité Métropolitain Xingu Vivo, une entité regroupant plusieurs dizaines de mouvements de protection de l’environnement, de mouvements sociaux et d’associations de défense des riverains du fleuve et des indigènes. Norte Energia indique avoir acquis deux terrains et assure que la construction de logements devrait commencer en janvier. Enfin, prochaine étape importante, dans quelques semaines, l’assèchement du premier des deux bassins tampons, indispensables pour la construction du barrage. Avec, à la clé, le retrait de près de 50 tonnes de poissons pour pouvoir procéder à l’assèchement sans (trop) altérer la faune aquatique.
De sa prélature, tout près du fleuve Xingu, Mgr Erwin Kräutler, évêque d’Altamira depuis 1981, assiste à la destruction du fleuve, de son environnement et à la dispersion des populations avec un sentiment de profonde colère. Opposant au projet dès le début, dans les années 1980, le prélat persiste aujourd’hui dans ses critiques sur le Belo Monte, qualifiant le futur barrage hydroélectrique «d’insanité» et de «projet inacceptable et illégal.» Au-delà des conséquences environnementales et sociales, l’évêque s’appuie notamment sur les rapports de scientifiques reconnus qui n’hésitent pas à remettre en question la rentabilité économique d’un tel projet, présenté comme un «vecteur de développement de la région amazonienne.»
Mais c’est avec encore plus de fermeté que le président du Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI), de la Conférence des Evêques du Brésil (CNBB) déplore la manière dont Norte Energia gère le dossier des indigènes qui vivent sur les rives du fleuve Xingu. «Dans ce cas, on perçoit nettement que Norte Energia utilise tous les moyens pour faire taire les indigènes et les empêcher de manifester leur désaccord au projet, assure t-il. Ils reçoivent pour cela des paniers de vivres, des bateaux, du carburant et des avantages qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. Comment leur expliquer que tous ces cadeaux constituent un cheval de Troie et que les accepter revient à se tirer une balle dans le pied ?»
L’autre motif de colère de Mgr Erwin est le constat que le chantier continue en dépit de plus de 50 procès en cours devant la justice brésilienne et internationale pour dénoncer les violations de la Constitution fédérale et des traités internationaux dont le Brésil est signataire. «Ce sont des actions menées tant par le Ministère Public Fédéral que par des entités de la Société Civile, parmi lesquelles figure le CIMI, souligne Mgr Erwin Kräutler. Ces procès courent pour certains depuis des années sans qu’aucune suite ne leur soit donnée. Pourquoi une telle immobilité ? s’interroge t-il. Qu’il s’agisse d’omission ou de négligence, conclue t-il, cela est inacceptable de la part d’un état démocratique et de droit.» (apic/jcg/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/mgr-erwin-kraeutler-denonce-les-irregularites-du-projet/