Avec Fabrice Hadjadj et Mgr Vingt-Trois
Paris, 14 février 2013 (Apic) La culture est une " synthèse de l’esprit et de la matière» a dit Jean Paul II. Un colloque sur la pensée du défunt pape en matière d’éducation et de culture s’est tenu le 13 février 2013 à Paris sous le patronage de l’UNESCO. Le philosophe Fabrice Hadjadj et Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, étaient parmi les intervenants.
«Les droits de l’homme et de la femme sont le point de départ du discours de Jean Paul II de 1980», a relevé Hans D’Orville, sous-directeur général pour la planification stratégique de l’Unesco. Face à la crise de l’homme «qui a de moins en moins confiance en son humanité», la réponse, selon Jean Paul II, réside dans la culture. C’est grâce à la culture que l’homme vit une vie vraiment humaine, insistait le pape.
Théologiens, philosophes, économiste, anthropologues et sociologue se sont succédé à la Maison de l’Organisation des Nations Unies pour la science l’éducation et la culture (UNESCO), afin de montrer les apports de la pensée de Jean Paul II à la société contemporaine.
La manifestation était organisée par la Mission d’Observation Permanente du Saint-Siège auprès de l’Unesco et la Fondation Jean Paul II.
Près de 500 participants, des laïcs et des hommes d’Eglise de nombreuses nationalités, mais aussi des ambassadeurs, ont écouté avec attention les exposés des spécialistes.
C’est sur l’analyse de la vie et de l’enseignement du pape décédé en 2005, en particulier son discours à l’Unesco du 2 juin 1980, que la dizaine d’intervenants ont basé leurs réflexions.
«C’est grâce à la culture que l’homme devient plus homme, pas en possédant davantage.», a expliqué le cardinal Stanislas Rylko, président du Conseil Pontifical pour les Laïcs et de la Fondation Jean Paul II. «L’éducation est donc la condition universelle pour atteindre sa propre humanité».
Pour Jean Paul II, la vie vraiment humaine n’est possible que lorsque la culture exprime une vision intégrale de l’être humain. La culture est une «synthèse de l’esprit et de la matière» et une «alliance de la foi et de la conscience», a relevé le prélat, rappelant les paroles du défunt pape. Pour le cardinal Rylko, Jean Paul II a toujours montré «la relation constitutive entre foi chrétienne et culture humaine».
Jean Paul II a d’abord été poète et dramaturge, avant d’être théologien et philosophe, a rappelé Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Unesco. Même s’il a commencé à écrire en polonais, Karol Wojtyla a eu une «ouverture native à la germanité», explique Mgr Follo. Le prélat a rappelé que Jean Paul II a également écrit sa première thèse de doctorat en latin. Ce polyglottisme et ses nombreux voyages dans le monde – notamment en Afrique, d’où son surnom de «Jean Paul II l’Africain»-, ont fait de ce pape «non pas un théoricien, mais un artisan de la culture». Cet humaniste, qui a voué sa vie à la parole parlée et tiré sa pensée «du vécu», a défendu avec ferveur la diversité des cultures, le respect et l’ouverture vers l’autre, a affirmé le chef de dicastère.
Pour Fabrice Hadjadj, directeur de Philanthropos, Institut Européen d’études anthropologiques, basé à Fribourg. L’appel de Jean Paul II à la réévangélisation de la culture a «quelque chose de vrai et de raisonnable pour l’homme cultivé». La crise actuelle de la culture vient de la perte du spirituel et de la notion de nature, explique l’agrégé de philosophie. «De fait, à l’origine, la culture telle que la pense Cicéron, se fonde sur le modèle de l’agriculture, soutient-il. Comme il cultive la terre, l’homme se cultive. Contrairement à l’artisan qui prend à la nature des matériaux pour construire, le paysan accompagne un processus de croissance naturelle». De la même façon, selon Fabrice Hadjadj, la culture et l’éducation, ne doivent pas formater mais «dégager» les espaces pour accompagner la croissance de l’être. Pour le directeur de Philanthropos, la culture exige «la reconnaissance du transcendant». Or, aujourd’hui, avec le passage de l’agriculture à l’industrie, la culture a été dénaturée entre les mains de la technocratie.
L’économiste sud-coréen Thomas Hong-Soon Han, a souligné la dimension socio-économique de l’apport de Jean Paul II. Face aux inégalités, déjà criantes en 1980 et encore plus fortes aujourd’hui, le professeur a rappelé que Jean Paul II avait appelé à une réforme du système économique mondial. Ces changements devaient selon lui être fondés sur une solidarité à l’échelle mondiale. Le système actuel a, selon Hong-Soon Han, abouti au sous-développement pour certains, et au surdéveloppement, fait d’un consumérisme tout aussi déshumanisant, pour d’autres. «Il est donc temps, comme l’indiquait Jean Paul II, de remettre l’homme au centre de l’économie, pour favoriser un développement intégral, y compris spirituel, des hommes et des sociétés», a conclu le professeur de Séoul.
Les jeunes, pour beaucoup précaires, désenchantés et déboussolés dans un monde «labyrinthe de cultures» ont été évoqués par la professeur Rossana Reguillo Cruz, de l’Université Jésuite de Guadalaraja au Mexique. Pour cette docteur en sciences sociales, l’absence d’avenir pour les jeunes, l’émergence d’une violence multiple parmi eux, le manque de sens dans une société boulimique doivent être combattus par la culture et l’engagement social. «Ne vous arrêtez pas, a-t-elle lancé à la salle, reprenant les mots du Pape, continuez, continuez toujours».
Enfin, Sœur Geneviève Médevielle, vice-recteur honoraire de l’Institut Catholique de Paris, s’est emparée du thème des femmes, en reprenant la «Lettre aux femmes» de Jean Paul II, publiée en 1995. Le message fut attaqué dès sa publication par les féministes pour sa prétendue défense du système patriarcal les réduisant au rôle de mère et/ou de procréatrice. Jean Paul II appelle en fait à «célébrer le génie de la maternité chez la femme», a assuré Soeur Médevielle.
Fort de toutes ces réflexions, le cardinal André-Vingt-Trois, président de la Conférence des Evêques de France, a choisi de conclure en rappelant que «dans notre société où d’un christianisme sociologique/de convention, nous sommes passés à un christianisme d’attestation/de choix, notre foi doit s’exprimer par des comportements humains qui feront acte de catéchèse. Car ils montreront la situation incomparable de l’homme dans la nature». Un élément que nos sociétés semblent avoir oubliée, estime-t-il. «Jean Paul II nous aide à comprendre ces mutations et décrit l’espérance que nous représentons pour nos contemporains».
Les interventions du colloque seront réunies dans un ouvrage publié prochainement. (apic/lg/rz)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/avec-fabrice-hadjadj-et-mgr-vingt-trois/