Rome:Analyse du pontificat de Benoît XVI

Un pape cohérent

Rome, 28 février 2013 (Apic) Au jour de l’élection de Benoît XVI aussi bien que huit ans plus tard, lorsque le pape a annoncé qu’il renoncerait à sa charge, les commentaires des nombreux médias généralistes sur cet homme étaient les mêmes : théologien sévère, Allemand à la mentalité rigide… De son côté, Benoît XVI n’aura cessé de parler de joie, de mariage harmonieux entre foi et raison, de la beauté de la vérité.

D’où vient ce décalage entre le message du pape qui se veut positif et cette opinion négative qui n’a pas changé d’un iota ? Une explication peut provenir d’un trait de caractère qui lui est propre et dont il a fait preuve tout au long de son pontificat, dans ses choix et dans son attitude : la cohérence, la fidélité aux engagements. Une ligne de conduite incompréhensible pour la «société liquide» dont parle le philosophe Zygmunt Bauman, très apprécié du pape. Cette ligne de conduite, on le verra, a porté de nombreux fruits mais elle a aussi eu ses limites, étant même par moments néfaste.

Nettoyage par le vide

Le souverain pontife s’est par exemple rapidement fixé l’objectif de la réconciliation avec les lefebvristes. Seul un traumatisme comme la rupture de Mgr Lefebvre, en 1988, que Joseph Ratzinger avait vécu de plein fouet, a pu expliquer des choix comme la levée des excommunications qui se sont avérés non seulement vains mais aussi contre-productifs pour son image et pour celle de l’Eglise tout entière. Néanmoins, il aurait semblé malhonnête aux yeux du pape de n’avoir de cesse de parler de l’unité de l’Eglise comme condition sine qua non d’un témoignage chrétien crédible en étant lui-même à la tête d’une Eglise divisée.

Autre crise, et même attitude de cohérence, qui cette fois-ci s’est révélée payante, au prix d’une tempête médiatique terrifiante : la gestion des affaires de pédophilie au sein du clergé. Là, le pape Benoît XVI a fini ce que le cardinal Ratzinger avait commencé bien des années plus tôt : un travail de nettoyage par le vide. Finie l’époque de la poussière sous le tapis, alors que ses pouvoirs de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne lui permettaient pas d’employer les grands moyens et de naviguer à contre-courant dans un Vatican encore très partisan de la discrétion. Benoît XVI, pour mener à bien sa mission de purification de l’Eglise, a enduré en personne la succession de scandales provoqués par d’interminables révélations de cas de pédophilie au sein du clergé. Cette «opération transparence» commence à porter ses fruits et le successeur du pape allemand ne devrait plus souffrir de cette crise.

Cahier des charges de titan

Durant les dernières années de son pontificat, le pape a lancé de nombreux chantiers destinés à purifier le Vatican, cœur – malade ? – de l’Eglise universelle. Travail de titan pour un homme qui rêvait de quitter sa charge de préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi bien avant son élection au trône de Pierre, à 78 ans. En dépit de son âge avancé, le pape s’est donc fixé un cahier des charges impressionnant : réformer le système financier du Vatican, améliorer la communication du Saint-Siège, lui le pape de l’écrit, montrer l’efficacité de la justice vaticane dans l’affaire Vatileaks, quitte à exposer sa propre personne à la diatribe populaire… Quel peut être le point commun à ces grands travaux qu’il n’aurait pas entrepris de lui-même si ce n’est le souci d’être fidèle à ses engagements de transparence et de purification ? Des engagements qui trouvent leur source dans un discours prononcé il y a huit ans, quelques jours avant son élection, lorsqu’il avait comparé l’Eglise à «une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toutes parts».

Dialogue interreligieux réussi

Au cours de son pontificat, Benoît XVI a compris que le dialogue interreligieux, voire même une coalition entre les religions abrahamiques pouvait constituer une arme redoutable pour lutter contre la déchristianisation galopante. Il ne s’est pas contenté de paroles mais a voulu mettre en pratique ces alliances. Avec l’islam tout d’abord. Après l’erreur de Ratisbonne, que l’on croyait irrémédiable, il a su, patiemment, avec ténacité, au fil de nombreuses rencontres à Rome ou à l’étranger, remonter la pente pour recevoir le soutien de nombreux partenaires musulmans, comme le montre l’hommage récent rendu par les 138 musulmans signataires d’une lettre destinée à apaiser les relations islamo-chrétiennes.

En outre, le dialogue avec les juifs était une question on ne peut plus délicate, surtout pour un pape venu d’Allemagne. Celui qui avait levé l’excommunication d’un évêque négationniste – dont il ignorait alors les positions – et modifié la prière du Vendredi saint, a réussi l’exploit d’être acclamé par le monde juif au moment de son départ du trône de Pierre. Cette prouesse a été rendue possible grâce à une succession de gestes hautement symboliques, menés avec persévérance et cohérence, qui auront touché le peuple juif par leur sincérité : visites de synagogues, prière au pied du mur des Lamentations et déplacement historique à Auschwitz. Car Benoît XVI croit au dialogue, sincèrement. Il l’a répété dans ses discours mais il l’a aussi montré, par exemple en lançant le «Parvis des Gentils», opération séduction destinée aux non-croyants.

Le Christ au centre de l’Eglise

La renonciation de Benoît XVI, geste le plus inattendu et spectaculaire de son pontificat, va aussi dans le sens d’une cohérence entre les paroles et les actes, d’un respect des engagements qu’il s’était fixé au moment de son élection. La priorité du pontificat de Benoît XVI était de replacer le Christ au centre de l’Eglise, au centre de la foi chrétienne. Il l’a répété dans de nombreux discours, mais il l’a surtout lui-même mis en pratique. Avec l’écriture d’une trilogie sur Jésus où il déploie tous ses talents de théologien, par exemple, mais surtout en prenant la décision la plus courageuse de quitter la scène, de s’effacer, pour ne pas créer de confusion entre une potentielle fin de pontificat souffrante et la Passion du Christ. Le pape avait prévenu : il n’était que l’humble travailleur de la vigne du Seigneur. Pas une star. Ce 28 février, il remet ses outils, qu’il n’a plus la force d’empoigner. (apic/imedia/cp/rz)

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