Rome: Le pape a accepté les limites de la vieillesse, selon le Père Lombardi

Benoît XVI n’est pas moins courageux que Jean Paul II

Rome, 3 mars 2013 (Apic) Si Jean-Paul II a fait preuve d’un «courage admirable» en assumant jusqu’au bout la charge de pape, le témoignage rendu par Benoît XVI en décidant volontairement de son retrait n’est pas moindre. C’est ce qu’a affirmé le 2 mars 2013 le Père Federico Lombardi au Centre télévisé du Vatican (CTV). De son côté, Lucetta Scaraffia a souligné, dans les colonnes de L’Osservatore Romano, le caractère «révolutionnaire» du pontificat qui vient de se conclure.

Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège est revenu dans son éditorial pour l’émission hebdomadaire Octava Dies sur les choix en apparence opposés des papes polonais et allemand, qui ont suscité commentaires et réactions de la part d’ecclésiastiques, d’observateurs et de fidèles. Saluant le «courage admirable aux yeux du monde» du «témoignage de la souffrance de la maladie» rendu par Jean Paul II, le Père Lombardi souligne cependant que le courage de Benoît XVI n’est pas moindre. «Il nous a donné le témoignage de l’acceptation face à Dieu des limites de la vieillesse et du discernement dans l’exercice de la responsabilité que Dieu lui avait confiée», estime-t-il.

Répondant de façon implicite à ceux qui opèrent des comparaisons quant aux choix de Jean Paul II et de Benoît XVI, le jésuite assure ainsi que les deux hommes «ont enseigné, non seulement par leur magistère, mais aussi et peut-être de façon plus efficace encore par leur vie, ce que signifie chercher et trouver chaque jour la volonté de Dieu». «Comme il nous l’a dit lui-même de façon efficace, affirme encore le Père Lombardi, la renonciation du pape n’est aucunement un abandon, ni de la mission reçue, ni des fidèles». Au contraire, ajoute-t-il, Benoît XVI poursuit sa charge dans la prière, conscient que l’Eglise «ne lui appartient pas».

Etape inédite dans l’histoire de l’Eglise

Aux yeux du porte-parole du Vatican, les deux derniers jours du pontificat de Benoît XVI resteront «gravés dans la mémoire d’innombrables personnes et marqueront une étape importante, nouvelle et inédite de l’histoire de l’Eglise en chemin».

Pour le Père Lombardi, le message du pape émérite est une «invitation à la prière et à la responsabilité pour tous», surtout pour les cardinaux qui doivent élire le prochain souverain pontife mais aussi pour «toute l’Eglise, qui doit accompagner dans la prière le discernement des électeurs».

Pape révolutionnaire

Pour sa part, dans L’Osservatore Romano du 2 mars 2013, Lucetta Scaraffia, historienne et plume récurrente du quotidien, souligne le caractère «révolutionnaire» du pontificat de Benoît XVI, et pas uniquement par sa renonciation, qui a interprété «avec une cohérence et une radicalité renouvelées» la fonction papale. En effet, Lucetta Scaraffia insiste aussi sur l’opposition du pape émérite à la «pratique répandue de couvrir les scandales pour que l’image de l’Eglise ne soit pas entachée».

Aux yeux de l’historienne, Benoît XVI a aussi révolutionné la contraposition classique entre progressistes et conservateurs dans l’Eglise. Celui qui, lorsqu’il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, se voulait «le représentant de référence de l’aile conservatrice», a pourtant mis en œuvre des «processus révolutionnaires», affirme-t-elle. On comprend ainsi, poursuit Lucette Scaraffia, «que les réformes ne sont pas uniquement celles qu’invoquent les soi-disant progressistes, mais qu’elles peuvent être différentes et beaucoup plus incisives».

Contraposition caduque

L’éditorialiste de L’Osservatore Romano revient également sur les changements du monde. Le communisme est dépassé, rappelle-t-elle, et la révolution sexuelle est en crise. Selon Lucetta Scaraffia, c’est bel et bien dans le domaine des mœurs que la contraposition entre progressistes et conservateurs laisse apparaître les «fissures les plus visibles». Mais aux yeux de l’historienne, «ce n’est pas de ce genre de modernisation dont l’Eglise a besoin, dans la mesure où cette modernisation est en crise» et qu’elle s’est avérée être une «proposition erronée».

Comme elle l’a déjà fait à plusieurs reprises, Lucetta Scaraffia affirme encore qu’il faut «purifier les structures qui ont connu des moments de confusion morale», «retrouver une méthode de sélection par la méritocratie pour les charges à responsabilité» et «élargir les espaces pour une présence des femmes plus incisive» dans le gouvernement de l’Eglise. Selon l’éditorialiste, tous sont d’accord sur ces nécessités de réformes, «pas uniquement les progressistes». (apic/imedia/mm/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/benoit-xvi-n-est-pas-moins-courageux-que-jean-paul-ii/