Des congrégations générales décisives

Rome: « Sixtine virtuelle » : Qui sont les favoris du prochain conclave ?

Rome, 4 mars 2013 (Apic) Sur les 207 cardinaux du sacré collège, 115 cardinaux (*) âgés de moins de 80 ans devraient entrer en conclave dans la Chapelle Sixtine courant mars, afin d’élire le successeur de saint Pierre et de Benoît XVI, le 266e pape. Aucun d’entre eux ne se risque à avancer le nom des favoris et beaucoup assurent que les Congrégations générales qui commencent ce 4 mars – en présence des cardinaux plus âgés – seront décisives. Lors de ces réunions principalement vouées à débattre des défis à venir de l’Eglise, les électeurs pourront ainsi mieux connaître l’ensemble de leurs confrères, voyant émerger l’une ou l’autre figure.

Nombre des cardinaux interrogés souhaitent placer sur le trône de Pierre « un homme de Dieu », « un homme de foi, capable de communiquer cette foi au monde ». Ainsi formulée, cette évidence cache aussi le souhait d’élire un homme enraciné dans la foi au point d’être étranger à toutes les affaires qui ont récemment secoué l’Eglise, et la curie en particulier, capable de coordonner le travail du lourd appareil romain et de faciliter la collégialité. Avec assez de fermeté pour effectuer la réforme de la curie que Benoît XVI n’a pas réussi à réaliser, le nouveau pape devra également être polyglotte, ouvert au monde, à la fois fidèle au dernier concile et capable d’innovations. Entre un Wojtyla de 58 ans en 1978 et un Ratzinger de 78 ans en 2005, beaucoup placent aujourd’hui l’âge idéal du prochain pape entre 60 et 70 ans.

Une élection extrêmement ouverte

Etablir une liste des papabili est un exercice incontournable, mais l’on ne saurait oublier que seuls les cardinaux voteront dans le secret de la Chapelle Sixtine, aidés de la force de l’Esprit saint. L’énumération des favoris du conclave demeure donc une « Sixtine virtuelle » où se mêlent connaissance du milieu, subjectivité, rumeurs et jeu des pronostics.

Une chose est certaine, si la provenance géographique du prochain pape ne semble pas un critère primordial, les équilibres régionaux auront leur importance, au moins lors des premiers scrutins. Ainsi, 60 électeurs sont des Européens (52 %), dont 28 sont Italiens (lors du conclave d’avril 2005, 58 des 115 électeurs étaient européens, dont 20 Italiens).En outre, 19 cardinaux proviennent d’Amérique latine, 14 autres d’Amérique du Nord, 11 d’Afrique, 10 d’Asie, et un d’Océanie. Au total, 49 pays sont représentés (contre 53 en avril 2005).

Enfin, lors de ce conclave, le doyen du collège cardinalice, Angelo Sodano, est vraisemblablement hors course, du fait qu’il a dépassé 80 ans, et le secrétaire d’Etat, Tarcisio Bertone, ne semble pas faire l’unanimité. Si ce dernier aura tout de même du poids sur le conclave, cette élection à nulle autre pareille après la décision inédite de Benoît XVI paraît extrêmement ouverte.

Le top 10

S’il semble que les cardinaux de la curie – Italiens en tête – ont perdu beaucoup de crédit aux yeux de leurs pairs après les « affaires » qui ont secoué le petit monde romain en 2012, le Canadien Marc Ouellet (68 ans) apparaît comme l’un des grands favoris. Il semble en fait, « sur le papier », le meilleur candidat. Préfet de la Congrégation pour les évêques depuis juin 2010, ce religieux sulpicien possède aussi une expérience pastorale acquise à la tête de l’archevêché de Québec (2002-2010) où il a fait face avec détermination aux questions de société posées par la sécularisation. Nord-Américain sans être Américain, il devrait avoir des soutiens parmi les cardinaux d’Amérique latine (il a passé près de 10 ans en Colombie lors de trois séjours successifs). Ce polyglotte à l’allure solide a également fait un bref passage (20 mois) par le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens (dont il fut ’numéro deux’). Ses détracteurs soulignent son intransigeance (une qualité pour certains).

A ses côtés figure dans la plupart des listes de papabili le cardinal archevêque de Milan, Angelo Scola (71 ans). Intellectuel brillant apprécié de Benoît XVI, classé parmi les « ratzingeriens », au même titre que le cardinal Ouellet, le haut prélat italien possède le privilège d’être le successeur, à Milan, de deux archevêques devenus papes au siècle dernier (au préalable patriarche de Venise, il succédait à trois futurs autres pontifes du 20e siècle). Favori de la presse italienne, mais pas forcément des 27 autres cardinaux italiens, on sait son intérêt pour la bioéthique ou encore le dialogue avec l’islam. Ses détracteurs avancent son manque d’universalité et de charisme, mais aussi sa trop grande proximité avec le mouvement italien Communion et Libération, d’autres enfin son âge. Comme Marc Ouellet, il cumule l’expérience pastorale de terrain à celle de Rome, où il fut recteur de l’Université pontificale du Latran (1995-2002).

Nombre de cardinaux européens peuvent recueillir des suffrages lors des premiers scrutins dans le décor impressionnant de Chapelle Sixtine, parmi lesquels l’Autrichien Christoph Schönborn (68 ans), archevêque de Vienne, intellectuel audacieux, déjà favori lors du conclave d’avril 2005, mais dont la très grande émotivité n’est plus un secret. Beaucoup de regards se tournent actuellement vers le Hongrois Péter Erdö (61 ans), archevêque de Budapest depuis 2003, figure importante de l’épiscopat européen, il possède à son actif une courte expérience d’enseignement en Argentine et aux Etats-Unis, ainsi que plusieurs séjours dans les universités pontificales romaines. G rand promoteur de la nouvelle évangélisation sur le vieux continent, il est la tête du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) depuis 2006. Ses détracteurs mettent en avant son côté autoritaire ou encore son européocentrisme.

L’un des candidats les plus sérieux d’Amérique latine semble être le Brésilien Odilo Pedro Scherer (63 ans), à la tête depuis 2007 de l’un des plus grands diocèses de la planète : Sao Paulo. Ce théologien modéré, soutenu par des cardinaux de curie et dont la famille a des origines allemandes, est connu pour son engagement auprès des plus pauvres et pour ses qualités d’enseignant. De 1994 à 2001, il a travaillé à la Congrégation pour les évêques avant d’être envoyé à Sao Paulo, un premier temps comme auxiliaire. Autre Brésilien dont le nom revient parfois, mais cependant peu connu au sein même du collège cardinalice, Joao Braz de Aviz (65 ans). A la tête de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique depuis janvier 2011, il semble parfaitement gérer les délicats dossiers de son dicastère. L’ancien archevêque de Brasilia, qui vit avec 130 plombs dans le corps, ’souvenirs’ d’une fusillade au milieu de laquelle il s’était retrouvé il y a une trentaine d’années, est présenté par beaucoup comme « un homme de Dieu ».

Un autre homme de prière pourrait retenir l’attention de ses pairs : le Guinéen Robert Sarah (67 ans). Extrêmement discret, plus encore depuis qu’il a intégré la curie en octobre 2001 au poste de secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, il fut le plus jeune évêque du monde lorsque Jean-Paul II le nomma archevêque de Conakry, en 1979. A 34 ans, il montre alors sa détermination face au dictateur communiste Ahmed Sékou Touré. Depuis octobre 2010, il préside le Conseil pontifical « Cor Unum », en charge des actions de charité de l’Eglise, et pour lequel il court le monde, d’Haïti au Japon en passant par le Moyen-Orient. Il ne craint pas d’affirmer les positions de l’Eglise, à rebours des tiédeurs ou des précautions diplomatiques de l’époque actuelle, à commencer sur les questions morales, et se montre sévère à l’égard de l’hégémonie de l’Europe.

Le nom du cardinal ghanéen Peter Turkson revient très régulièrement dans la presse, mais il semble plus judicieux de s’arrêter sur le profil du Sud-africain Wilfrid Fox Napier (72 ans le 8 mars). Ce religieux franciscain a fait ses études en Belgique puis en Irlande. Nommé évêque à 39 ans, puis archevêque de Durban à 51 ans, en mars 1992, il a longtemps été à la tête de la Conférence des évêques d’Afrique du Sud. Président délégué du Synode des évêques pour l’Afrique en octobre 2009, il y avait notamment déploré l’implication des prêtres « dans la corruption et la politique », ou encore « l’impérialisme culturel » de l’Occident.

Un Américain retient l’attention: l’archevêque de Boston Seán Patrick O’Malley (68 ans). Religieux capucin, prélat robuste et souriant, il est connu pour avoir géré l’héritage difficile de ses prédécesseurs dans plusieurs diocèses secoués par des affaires de pédophilie. Engagé auprès des plus pauvres, des immigrés ou des malades du Sida, il n’appartient pas à la ligne dure de l’épiscopat américain contre l’administration Obama. D’une famille d’origine irlandaise, le cardinal O’Malley possède aussi une expérience avec la communauté hispanophone américaine. Ce polyglotte, qui préfère sa robe de bure de capucin à la soutane rouge cardinalice, tient également un blog où il se confie sans crainte et souvent avec humour.

Outre-Atlantique toujours, le Hondurien Óscar Andrés Rodríguez Maradiaga (70 ans) est l’une des figures du dernier conclave qui n’a pas perdu ses chances de peser sur l’élection. Ordonné prêtre chez les salésiens en 1970, il se forme à la fois à la théologie et à la psychothérapie, à Rome puis à Innsbruck (Autriche). Il enseigne successivement au Salvador, au Honduras et au Guatemala. Passionné de musique, il donne également des cours de musique, mais renonce à une autre passion, l’aéronautique. Evêque auxiliaire de Tegucigalpa en 1978, il en devient archevêque en 1993. Engagé dans le combat démocratique au Honduras, il assume un temps la présidence du Conseil épiscopal latino-américain (Celam). Il est, depuis 2007, président de Caritas Internationalis. Ce polyglotte est connu pour son combat pour les droits de l’homme et en faveur des plus pauvres.

Les outsiders

Si le conclave venait à durer au-delà de trois jours, des outsiders pourraient avoir leurs chances. Parmi eux figure le très (trop ?) jeune archevêque de Manille Luis Antonio Tagle (55 ans). Fort d’un charisme indéniable, ce théologien que certains ont rebaptisé le « Wojtyla asiatique » est à l’évidence le chouchou des médias, mais il n’est installé à Manille que depuis 16 mois. Il n’est pas le seul à avoir les faveurs de la presse. C’est le cas de l’enthousiaste archevêque de New York, Timothy Dolan (63 ans), l’un des tenants de la ligne dure contre Obama. Même succès enfin pour l’orateur hors pair qu’est l’Italien Gianfranco Ravasi (70 ans). Le président du Conseil pontifical de la culture, ouvert au dialogue avec les non-croyants, est avant tout un intellectuel brillant. Un homme que Benoît XVI a choisi pour prêcher les derniers exercices spirituels de Carême de la curie romaine.

Cette liste est loin d’être exhaustive et de nombreux autres cardinaux vont compter durant ce conclave, dont quelques hommes de curie susceptibles d’occuper dès les premiers mois du nouveau pontificat le poste de secrétaire d’Etat, comme l’Argentin Leonardo Sandri, ou les Italiens Fernando Filoni ou Mauro Piacenza. Quant aux quatre cardinaux français qui entreront en conclave, ils possèdent tous une aura suffisante pour peser sur cette élection. D’aucuns affirment que les cardinaux pourraient choisir un haut prélat de plus de 80 ans, en particulier parmi les « enquêteurs » nommés par le pape au moment de « l’affaire Vatileaks », mais cette hypothèse demeure peu probable.

(*) Sur les 117 cardinaux électeurs à la date du siège vacant, l’Indonésien Julius Darmaatmadja et le Britannique Keith O’Brien ont déjà fait savoir qu’ils ne seraient pas présents lors du conclave. (apic/imedia/ami/rz)

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