Bienne: Pour Mallory Schneuwly Purdie, on ne peut réduire les musulmans à leur simple appartenance religieuse
Bienne, 6 mars 2013 (Apic) Sociologue des religions, Mallory Schneuwly Purdie préside le Groupe de recherche sur l’islam (GRIS), à Lausanne. Spécialiste des questions de migrations et d’intégration des musulmans en Suisse, elle analyse la situation des communautés islamiques de Bienne à la lumière de ses observations en Suisse.
Apic: A Bienne on a le sentiment que les musulmans peinent à parler d’une même voix. Cette impression d’éclatement est-elle corroborée par vos observations sur le terrain?
Mallory Schneuwly Purdie: Oui, le cas biennois est comparable à l’ensemble du pays. Et pour cause: les musulmans suisses ne constituent pas une catégorie homogène. Ils diffèrent par leurs histoires nationales, leurs classes d’âge, leurs trajectoires de migration, leur insertion socioprofessionnelle et, évidemment, leur rapport à la religion. Ce sont les discours médiatiques et politiques qui réduisent les musulmans à leur simple appartenance religieuse.
Apic: Quels sont, selon vous, les obstacles sur la voie de l’intégration des musulmans de Suisse?
MSP: Précisément cette essentialisation de la catégorie «musulman» comme homogène. En confinant cette catégorie de la population à son appartenance religieuse, on lui dénie ses autres rôles sociaux et on peine à la considérer sous l’angle de ses qualifications professionnelles. En outre, le modèle helvétique d’intégration est basé sur le travail. Or, il s’avère qu’un pourcentage important des personnes de confession musulmane appartient aujourd’hui à des milieux au capital symbolique (éducation, réseau socioprofessionnel) relativement bas. Dans un contexte de chômage frappant les classes défavorisées, l’accès au travail se révèle souvent d’autant plus difficile pour les musulmans, lesquels subissent souvent des discriminations à l’embauche.
Apic: L’islamophobie est-elle le nouveau visage de la xénophobie dans notre pays?
MSP: C’est un raccourci trop rapide, réducteur. La xénophobie, qui est la peur de l’autre, prend également pour cibles les immigrés de l’Est (Roms) ou les homosexuels. Je dirais donc que l’islamophobie, bien présente dans notre société, est l’une des franges de la xénophobie.
Apic: L’islam radical représente-t-il un danger pour notre pays?
MSP: Il y a des extrémistes religieux dans toute l’Europe, il est donc naturel que la Suisse n’échappe pas à ce phénomène. Des enquêtes ont aussi montré que la place financière helvétique était attrayante pour la circulation de capitaux finançant des réseaux islamistes. L’islam radical représente pour la Suisse un danger potentiel, mais ce danger n’est pas plus élevé qu’ailleurs. (apic/eda/bb)
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