Les islamistes réclament une loi anti-blasphème et la mort des blogueurs «athés»

Bangladesh: affrontements meurtriers entre les islamistes et leurs opposants

Dacca, 9 avril 2013 (Apic) A l’issue d’un week-end de manifestations et de violences ininterrompues, les islamistes ont lancé un ultimatum au gouvernement du Bangladesh, rapporte le 9 avril 2013 l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie. Ils ont annoncé que leurs protestations s’étendraient à tout le pays si les autorités ne cédaient pas à leurs revendications : condamner à mort les blogueurs «athées» et mettre en place une loi anti-blasphème.

Malgré les mesures de sécurité prises par le gouvernement, qui avait fait déployer dans la capitale et aux alentours des milliers de policiers et d’unités paramilitaires, la «Grande marche» lancée par l’Hefajat-e-Islam, mouvement religieux lié au Jamaat, le parti islamiste d’opposition le plus important du Bangladesh, a bien eu lieu. Ses organisateurs appellent aujourd’hui leurs partisans à poursuivre les protestations.

Entre 200’000 et 500’000 extrémistes musulmans,selon les sources, ont déferlé samedi sur la capitale, rejoignant des milliers de partisans qui avaient déjà rallié Dacca la veille afin de contrer le blocus annoncé par leurs opposants. Samedi 6 avril, scandant «Dieu est grand, pendez les blogueurs athées !», cette marée humaine a envahi Dacca, se heurtant rapidement aux partis et organisations ayant appelé à la grève générale contre le Hefajat.

Armés de bâtons et de briques, les manifestants ont été dispersés par la police qui a tiré des balles en caoutchouc sur la foule et lancé des grenades lacrymogènes. Selon le «Daily Star», un responsable de la Ligue Awami aurait été tué dès ces premiers affrontements du vendredi 5 avril, une mort dont le Hefajat et la police se renvoient mutuellement la responsabilité, ainsi que d’un nombre encore incertain de blessés, dont plusieurs journalistes.

Revendications

La «Grande marche «, organisée par le Hefajat, soutenait plusieurs revendications, comme le rétablissement de la formule «foi et confiance absolue en Allah le Très-Haut» dans la Constitution , ou encore la mise en place d’un gouvernement provisoire pour assurer la transparence des prochaine élections de 2014. Mais la véritable raison de cette manifestation nationale de masse était d’exprimer la colère des extrémistes envers les «blogueurs athées» arrêtés il y a quelques jours. Les partisans du Hefajat ont réclamé la mise à mort des coupables pour «insulte à l’islam». Ils ont aussi demandé l’instauration d’une loi anti-blasphème.

Ce débat sur la laïcité de l’Etat, s’il n’est pas nouveau au Bangladesh, a pris ces derniers mois des proportions encore jamais atteintes. Les tensions ont été exacerbées par les premières condamnations de la Cours de justice internationale, mise en place par le gouvernement de Sheik Hasina, pour juger, quelque quarante ans après les faits, les crimes commis lors de la guerre d’indépendance du Pakistan de 1971.

Les accusés sont tous des leaders ou des membres éminents du Jamaat et du BNP, le parti nationaliste du Bangladesh. Leur procès a déclenché depuis janvier des émeutes et des violentes manifestations au cours desquelles plus d’une centaine de personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées.

La peine capitale pour les criminels de guerre

S’opposant à ces mouvements d’indignation, des milliers de jeunes et de membres de la société civile sont également descendus dans la rue pour demander la peine capitale pour tous les responsables de crimes de guerres comme Abdul Kader Mullah, et pour l’interdiction de leurs partis, au nom des «martyrs» de 1971.

Les affrontements entre militants «athées» et radicaux religieux ont encore augmenté en intensité avec l’assassinat par décapitation en février dernier du blogueur Rajib Haider, et plus récemment avec l’arrestation puis l’emprisonnement début avril de quatre blogueurs. Ces derniers risquent dix ans de prison pour avoir «diffamé l’islam».

Cependant la loi anti-blasphème réclamée par les musulmans extrémistes a été fermement rejetée le 8 avril par le Premier ministre du Bangladesh qui a affirmé qu’il «existait déjà toutes les lois nécessaires pour sanctionner ceux qui portaient atteinte aux sentiments religieux». La réponse immédiate du Hefajat a été d’annoncer la poursuite de la protestation et de la grève générale «jusqu’à ce que le gouvernement satisfasse ses revendications». (apic/eda/cw)

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