France: Conférence-débat de l’AED sur la liberté religieuse dans le monde

La question des chrétiens d’Orient au centre des discussions

Paris, 15 avril 2013 (Apic) «La Liberté religieuse dans le monde est-elle dans l’impasse?» C’est sous cet intitulé que l’Aide à l’Eglise en Détresse, AED, a organisé, vendredi 12 avril à l’Assemblée Nationale à Paris, une conférence-débat sur la liberté religieuse dans le monde. John Onaiyekan, cardinal archevêque d’Abuja (Nigéria) et Prix Pax Christi 2012, et Tareq Oubrou, imam de Bordeaux (France) et auteur du libre «Un imam en colère», étaient parmi les intervenants.

« Un législateur ne peut rester insensible à la liberté religieuse », a indiqué Jean-Frédéric Poisson, député UMP (droite) des Yvelines et vice-président du Groupe France-Saint-Siège à l’Assemblée, en guise d’ouverture de cette conférence-débat. « Si le respect de la liberté religieuse est inscrit dans les textes internationaux et français, il n’est pas forcément une réalité sur le terrain », a estimé le parlementaire devant la soixantaine de personnes venue assister à l’événement.

Dans le public, étaient notamment présents l’ancienne ministre du logement et actuelle présidente du Parti chrétien-démocrate en France, Christine Boutin, ainsi que des représentants de communautés chrétiennes d’Orient: Ignace Joseph III Younan, primat actuel de l’Église catholique syriaque, Mgr Elias Tabé, archevêque de l’Eglise syriaque catholique à Damas et le père Antoine, de l’Eglise copte orthodoxe en France.

Même constat de la part de l’AED, œuvre internationale ayant pour mission d’aider les chrétiens menacés et persécutés et qui publie régulièrement un rapport sur la liberté religieuse dans le monde : « malheureusement, elle souffre encore de restrictions politiques et religieuses », a souligné Marc Fromager, son directeur.

Comme l’a rappelé Roland Dubertrand, conseiller pour les affaires religieuses du ministère des affaires étrangères français, la fin des totalitarismes en Europe a bien mis un terme aux atteintes les plus graves. Mais aujourd’hui, la Russie donne des signes inquiétants, a estimé Marc Fromager, faisant référence à « un projet de loi anti-blasphème et aux discriminations dont sont victimes ceux qui ne sont pas orthodoxes ». L’Asie est aussi observée. Mais surtout, on note « une dégradation dans les pays à majorité musulmane, notamment ceux qui ont vécu le Printemps arabe. Là, les chrétiens, mais aussi les musulmans modérés, sont victimes de discriminations et de persécutions.»

La démocratie, garante des droits des chrétiens d’Orient ?

La question des chrétiens d’Orient s’est reposée avec le Printemps arabe mais aussi après les attentats de Bagdad en 2010 et d’Alexandrie en 2011, a acquiescé Roland Dubertrand. Toutefois, « l’époque où la France protégeait les chrétiens d’Orient – conformément à un accord signé avec l’Empire ottoman, est révolue », a assuré le diplomate. La France considère que l’instauration de la démocratie et de l’état de droit est la seule garantie de liberté et de droits pour les minorités chrétiennes en Orient, c’est pourquoi elle a une politique de soutien en faveur des droits de l’homme des minorités, a-t-il expliqué.

Pour Rémi Brague, philosophe et membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, la démocratie n’est pas forcément le problème, mais plutôt l’origine des normes. « Si le seul législateur légitime et souverain est Dieu, tel qu’il s’est exprimé dans un livre et à travers son prophète, comment une législation humaine pourrait-elle contrecarrer les décisions prises par un Dieu omniscient ?»

Le conseiller aux affaires religieuses du Quai d’Orsay, Roland Dubertrand, a également annoncé la publication en juin prochain d’un document commun de la part des 27 pays membres de l’Union Européenne. Un texte qui donnera « des lignes directrices en matière de liberté religieuse et proposera des programmes de soutien aux pays qui souhaitent avancer dans le respect de la liberté religieuse ».

Les passages belliqueux du Coran à remettre dans un contexte historique

Imam de Bordeaux et auteur du livre « Un imam en colère », Tareq Oubrou, a quant à lui rappelé que les textes de l’islam – le Coran et la tradition du prophète – doivent être placés dans leur contexte historique pour être correctement interprétés. D’après lui, le Coran reconnaît la liberté religieuse et fait l’éloge de la diversité. « Le Prophète dit qu’il ne faut pas décider pour les autres, que contraindre serait contraire à la volonté de Dieu. Les passages belliqueux du Coran doivent donc s’entendre dans leur contexte; à l’époque les musulmans étaient persécutés.»

Pour Annie Laurent, docteur en sciences politiques, nommée au synode sur le Moyen-Orient par le Pape Benoît XVI et auteure de l’ouvrage « L’islam peut-il rendre l’homme heureux?», certains versets du Coran posent tout de même problème. Et la chercheuse de citer notamment deux versets qui incitent à « combattre et tuer les polythéistes », dit-elle. « Si l’islam est bien la religion de la tolérance, alors pourquoi – mis à part le Liban, de nombreux pays arabes punissent-ils la conversion? », a-t-elle aussi interrogé avant de concéder: « Je suis d’accord qu’il faut intégrer le contexte historique dans l’interprétation, mais comment répandre cette nécessité de contextualiser le Coran ? Car certains musulmans le voient comme un texte immuable et incorrigible. »

Un débat qui a suscité de vives réactions dans la salle, notamment de la part du primat de l’Église catholique syriaque, Ignace Joseph III Younan, ou encore d’une femme copte égyptienne dont la famille a subi des persécutions.

«Je souhaite que mes frères et sœurs musulmans suivent ce que l’imam de Bordeaux a dit et s’acheminent vers la modernisation et les réformes nécessaires, a déclaré à l’Apic Ignace Joseph III Younan après la conférence, mais je doute fort que cela arrive tant que l’on fera un amalgame entre religion et politique. S’il n’y a pas de séparation bien claire, que l’on ne comprend pas que la vie politique d’un pays ne doit pas être gérée par un religieux, le vivre ensemble ne me semble pas possible.»

«Je ne nie pas les abus du monde musulman, a aussi commenté l’imam Tareq Oubrou lors d’échanges informels avec le public après la conférence, mais la simplification intellectuelle me gêne. »

Invité quant à lui à décrire son expérience au Nigeria, pays de 160 millions d’habitants fréquemment marqué par des violences entre chrétiens et musulmans – tout aussi nombreux et représentés dans le pays, le cardinal John Onaiyekan a insisté sur la nécessité du dialogue. « Nous, guides spirituels, devons changer de mentalité, de théologie et accepter la pluralité religieuse, a estimé l’archevêque d’Abuja, Prix Pax Christi 2012. « S’il on y parvient, le monde sera plus en paix »

La semaine de défense de la liberté religieuse, organisée par l’AED et qui incluait cette conférence-débat, s’est terminée vendredi soir avec la cinquième édition de la « Nuit des Témoins » à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une veillée durant laquelle les fidèles ont pu se recueillir et se mobiliser en faveur des chrétiens persécutés dans le monde. (apic/lg/cw)

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