Le Rwanda, entre développement et autoritarisme
Kigali, 2 mai 2013 (Apic) Le Rwanda a commémoré en avril dernier le génocide de 1994 qui a causé la mort de plus d’un million de personnes. Le pays vit actuellement une forte croissance économique allant de pair avec une politique autoritaire et répressive. L’Etat soutient activement depuis 1994 les actes de réconciliation, mais la situation demeure précaire, rapporte Caritas Suisse. L’œuvre d’entraide catholique est active au Rwanda par le biais de projets de prise de conscience, d’assimilation du passé et de participation citoyenne.
«Même si ce n’est pas la première fois que j’entre au Rwanda par la frontière avec l’Ouganda, je suis chaque fois étonnée par ce que je constate», relève Nadja Buser, responsable de programme, département Afrique/Amérique latine pour Caritas Suisse.»Ici, tout est propre en ordre, les rues ne sont pas jonchées de déchets, les personnes à vélomoteur (et même leurs passagers) sont coiffées de casques. Dans les plantations de thé, les gens travaillent sérieusement et scrupuleusement… Où se trouve l’animation bariolée, turbulente, bruyante, parfois chaotique, mais si chaleureuse, que je connais de l’Ouganda et des autres pays d’Afrique ?» se demande Nadja Buser.
L’indice de corruption du pays, presque inégalable en Afrique (second rang du classement pour l’Afrique), est bien meilleur que celui de certains pays d’Europe comme l’Italie ou la Bulgarie. La capacité d’accueil des entreprises permet de créer une firme en 24 heures. Le programme de développement rwandais «Vision 2020» entend positionner le pays comme «la Singapour de l’Afrique». Le régime enregistre de réels succès, notamment dans les domaines de la formation et de la santé. La relance du secteur tertiaire dans un Rwanda pauvre en matières premières, où 90 % des gens vivent de l’agriculture est sans aucun doute une bonne chose, note la collaboratrice de Caritas.
«Mais tout ce qui brille n’est pas or», avertit Nadja Buser. Le président Paul Kagame, au pouvoir depuis le génocide de 1994, gère le pays d’une main de fer, comme une entreprise. L’appareil militaire et policier est impressionnant, ce qui vaut au pays de vivre dans la sécurité et avec l’étiquette de «dictature de développement». La liberté d’expression et de presse, ainsi que les droits civiques sont réduits à leur plus simple expression. Dans son rapport de 2012, la Fondation Bertelsmann observe que le capitalisme autoritaire de Paul Kagame étouffe toute opposition réelle, qu’il sert en réalité essentiellement les intérêts de l’élite et qu’il cache habilement cette réalité derrière des instruments innovants et des structures en apparence démocratiques.
Le 7 avril 2013, pour la première fois depuis 19 ans, il n’y a pas eu de projection de films montrant les massacres lors de la commémoration officielle – qui répond à une politique de réconciliation – à Kigali. Les manifestations ont eu lieu de manière décentralisée et moins agressive, remarque Nadja Buser. «Signe peut-être qu’une amélioration a eu lieu et que la société est un peu libérée». Les «gacaca», ces tribunaux communautaires villageois chargés de juger plus rapidement que la justice officielle les personnes coupables de délits lors du génocide, ont été dissous dernièrement. La qualité des décisions prises par des juges qui n’étaient pas juristes et qui faisaient partie de la population locale a été critiquée. Mais pour la société dans son ensemble, un système d’impunité aurait eu des conséquences désastreuses, relève la collaboratrice de Caritas. «Les gens, victimes et bourreaux, doivent désormais vivre en voisinage. Ils doivent s’arranger entre eux dans une société dans laquelle la moitié de la population continue de vivre au-dessous du seuil de pauvreté et où les bailleurs de fonds internationaux contribuent pour 50 % au budget de l’Etat. Parce qu’il ne reste rien, ou presque, lorsque l’on ne possède qu’un petit lopin de terre et une unique vache».
Dans les villages, Caritas Suisse soutient des groupes de réconciliation qui encouragent des victimes et des auteurs de méfaits à entreprendre des activités en commun. Par exemple, une femme cultive des haricots avec le voleur de ses vaches. «Les gens ont ainsi la possibilité de se rapprocher au plan informel et personnel – pas à pas, jusqu’au pardon», note Nadja Buser. La question de savoir à quel moment la réconciliation est véritable reste une question centrale et parfois sans réponse, relève-t-elle. (apic/com/rz)
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