Beyrouth: Le président de Caritas Liban tire la sonnette d’alarme à propos des réfugiés syriens
Beyrouth, 27 mai 2013 (Apic) Le Liban a besoin d’un soutien d’urgence dans le domaine de l’aide aux réfugiés, avertit le Père Simon Faddoul. Sinon, le flux incessant des réfugiés en provenance de Syrie deviendra « une menace pour la stabilité et la sécurité de notre pays, dont les ressources sont épuisées », souligne le président de l’œuvre d’entraide catholique Caritas pour le Liban.
Dans ce pays déjà instable, 1,5 million de non Libanais vivent à côté de quatre millions de Libanais. Cette minorité est en partie composée de Syriens qui ont fui la guerre civile dans leur nation. On y trouve aussi des Palestiniens installés dans le pays depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948, et qui vivent en marge de la société. Il faut ajouter à ce nombre des réfugiés irakiens et des centaines de milliers de migrants venus d’ailleurs.
La question des réfugiés est un « problème social de premier ordre, qui aura de plus grandes conséquences sur le Liban que la guerre civile », estime le président de Caritas Liban. « Le gouvernement manque de perspective en la matière. Il souffre d’un syndrome de déni de la réalité ». Le Père Faddoul indique que près de 80% des réfugiés syriens sont des femmes et des enfants. Tous ont besoin d’une aide urgente. Les problèmes de santé dus au manque d’hygiène et les maladies chroniques sont largement répandues. Ces gens manquent des services de base nécessaires.
12’000 familles, soit près de 60’000 individus, bénéficient de l’aide de l’organisation catholique qui a commencé son travail d’assistance dès l’arrivée des premiers réfugiés, il y a trois ans. Dans certaines régions du pays, Caritas est la seule œuvre d’entraide à laquelle les réfugiés ont accès, à travers ses collaborateurs locaux. Parmi les bénéficiaires des différents centres Caritas se trouvent des réfugiés en état de précarité particulière, notamment des enfants abandonnés et des femmes maltraitées, relève le prêtre maronite. « Nous leur offrons en priorité un hébergement ».
Il n’y a pas de véritables camps de réfugiés au Liban. « C’est trop dangereux », explique le Père Faddoul en référence à la situation en Jordanie. « Etablir des camps aboutit à concentrer tous les problèmes, la pauvreté, la drogue ».
Même sans l’hébergement de masse, les réfugiés représentent d’énormes problèmes pour le Liban. « Des femmes se vendent pour cinq dollars. Des hommes vendent leur fille de 12 ans à de vieux cheiks, afin d’amener de l’argent dans la famille et de protéger les filles de la prostitution », souligne le président de Caritas.
L’arrachement de centaines de milliers d’enfants syriens du circuit scolaire représente un défi supplémentaire. Habituellement, les établissements libanais ne leur sont pas ouverts. « Les projets éducatifs pour ces enfants constituent une de nos priorités », affirme le Père Faddoul, même s’il avoue que les programmes assurant les besoins de base auront déjà du mal à être financés entièrement. L’assistance est particulièrement difficile dans le nord du pays. Les collaborateurs de l’œuvre d’entraide y sont menacés par des groupes extrémistes, rapporte le président de Caritas.
Les Libanais restent dans l’angoisse, du moment qu’aucune « sortie de crise n’est en vue ». Le souvenir de leur propre guerre civile, qui aboutit à l’occupation par la Syrie, est encore trop frais dans leur esprit. Avec l’afflux de réfugiés, la pauvreté et le chômage augmentent dans le pays. « Les Syriens prennent les places de travail des Libanais, ils sont meilleurs marché et travaillent sans assurance », a pu constater le Père Faddoul. Un autre problème est que la plupart des réfugiés sont des sunnites. Cela déséquilibre d’autant plus le rapport de forces, déjà menacé par la présence du demi million de Palestiniens.
Les résultats des difficultés actuelles « seront visibles pour les générations futures, qui auront grandi dans la haine et la violence », prévient le prêtre maronite. « Il est donc encore plus important maintenant que l’Occident ne se détourne pas de la situation et se mobilise pour l’établissement de la paix, car c’est la que se trouve la solution de tous les problèmes ». Le chrétien libanais espère juste deux choses de la part de la communauté internationale: « la solidarité dans la prière et la solidarité financière, afin que nous puissions poursuivre notre travail d’assistance. »
Et quelque dramatique que soit la situation au Liban, « nous ne pouvons pas juste fermer les frontières. Sinon les gens meurent. En fin de compte, Damas n’est qu’à une demi-heure de route d’ici! », souligne le Père Faddoul. (apic/kna/rz)
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