Une petite grotte dans la grande ville
Zurich, 18 juin 2013 (Apic) Il existe en Suisse un nombre incalculable de lieux pèlerinages mariaux. Ils se trouvent souvent dans des endroits idylliques, resplendissent d’une magnifique architecture baroque, ou sont rattachés à un monastère connu. Rien de tout cela pour Notre Dame de Lourdes à Zurich-Seebach. C’est dans la banlieue nord de la plus grande ville de Suisse que l’apic a visité ce lieu de pèlerinage, le jeudi de la Fête-Dieu qui, à Zurich, était un jour de travail ordinaire.
Un bâtiment gris, trois restaurants et l’église Notre-Dame de Lourdes encadrent la place de Seebach, à Zurich, à moins de deux kilomètres de Neu-Oerlikon où un nouveau quartier a jailli du sol au siècle dernier avec ses milliers de logements et de places de travail.
La place de Seebach est longée sur un côté par la très bruyante rue de Schaffhouse. Mais l’immense parvis, devant l’église moderne en béton, est étonnamment calme. Le blanc des façades éblouit et le clocher avec son horloge aux grandes aiguilles rouges ne passe pas inaperçu. Il faut regarder d’un peu plus près pour découvrir la statue blanche qui trône sur la façade principale au dessus du portail. C’est une image de la Vierge en béton. Marie est debout sur un croissant de lune reposant sur le globe terrestre. Lignes sobres et claires. Les douze étoiles de sa couronne ressemblent à des biscuits de Noël découpés au chablon.
Si la Vierge se fait discrète à l’extérieur, elle domine clairement l’espace intérieur. Au centre de l’immense fresque circulaire au dessus de l’autel, due au pinceau du peintre munichois Richard Seewald (1889-1976), Marie accueille le visiteur dans l’église. Mais c’est plutôt vers la grotte de Lourdes qu’il dirige ses pas, dans une chapelle latérale de l’église consacrée en 1935. Il s’agit d’une copie de la grotte de Massabielle, à Lourdes, où la Vierge apparut en 1858 à Bernadette Soubirous, une jeune bergère de 14 ans.
«Au début du XXe siècle on a construit un peu partout de telles grottes de Lourdes pour les gens qui ne pouvaient pas faire le pèlerinage jusqu’aux pieds des Pyrénées», explique Martin Piller, curé du lieu depuis 2001.
A Zurich-Seebach, la grotte remonte à un vœu de l’évêque de Coire Georgius Schmid von Grüneck (1908-1932). En 1928, il avait promis de construire en l’honneur de la Vierge une grotte de Lourdes en ville de Zurich si son vœu était exaucé.
Notre-Dame de Lourdes de Seebach n’est pas un lieu de pèlerinage typique. Elle n’est pas rattachée à un couvent ou à un monastère et ne dispose pas d’un chapelain. Il s’agit d’une église paroissiale. «C’est sa particularité et il en a toujours été ainsi», note Martin Piller. On n’y vient pas non plus en pèlerinage organisé mais individuellement. La plupart des pèlerins viennent de la région. Quelques uns viennent régulièrement de plus loin : Bâle Thoune, Schaffhouse.
La paroisse et le pèlerinage s’enrichissent mutuellement. «Comme il y a toujours des gens qui viennent de loin, il y règne une certaine ambiance qui attire aussi les paroissiens. Lorsqu’on vient ici, on ne se retrouve jamais seul. En sens inverse, les gens de la paroisse qui participent activement contribuent à créer l’atmosphère qui fait que les pèlerins viennent volontiers à Seebach», estime le curé Piller.
Durant cet après-midi, entre deux et trois heures, deux douzaines de personnes ont rendu une visite à Notre-Dame de Lourdes pour y prier ou allumer un lumignon. Pour la plupart des femmes âgées, mais aussi des jeunes d’Asie ou d’Afrique. Comme Kathrin Gutierrez, une très fine jeune femme de 19 ans, vêtue de leggings noirs et perchée sur de hauts talons, qui s’agenouille au deuxième banc. Elle affime venir ici une fois par semaine, car il est important de «vivre sa foi». Ses parents sont venus des Philippines.
Des ex-votos, tous du même format modeste, tapissent totalement les murs. Ils montrent que Marie parle toutes les langues – ou au moins l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portugais, le croate et l’anglais.» Sainte Marie Mère de Dieu, je te remercie pour ton assistance pendant mon travail de doctorat», dit l’un d’eux.
A deux heures et quart commence le chapelet. Les participants prient clairement à haute voix. Durant une heure. Jusqu’au début de la messe des pèlerins qui rassemble encore un peu plus de personnes. Des hommes et des femmes, des Suisses et des étrangers, plus de vieux que de jeunes, mais tout de même des familles avec des enfants.
L’église paroissiale et de pèlerinage de Zurich-Seebach se trouve à quelques stations de tram de la gare d’Oerlikon. Le quartier, à l’origine habité surtout par des familles d’ouvriers, se trouve dans la banlieue nord de la métropole.
Zurich-Seebach compte aujourd’hui 22’000 habitants dont quelque 6’700 catholiques. La part de la population étrangère y est de 35,6%. Cela se remarque aussi dans la paroisse où l’on célèbre régulièrement la messe pour les anglophones, les Indiens, les Tamouls ou les Libanais. La messe des familles du dimanche, animée par de la musique moderne, rassemble de gens d’origine diverses : Suisses, Italiens, Portugais, Croates…
Il s’agit aussi d’un lieu de pèlerinage très traditionnel puisqu’on y prie le chapelet quatre fois par semaine dans la grotte de Lourdes. Le jeudi et le dimanche la messe y est célébrée pour les pèlerins. Le sacrement des malades est donné le premier dimanche du mois, après la messe Tous les premiers vendredis du mois a lieu une nuit de prière. Selon le curé Martin Piller, de nombreux mouvements chrétiens y viennent aussi pour leurs célébrations ou manifestations. www.pfarrei-maria-lourdes.ch
A côté d’Einsiedeln ou du Ranft, de nombreux lieux de pèlerinage moins emblématiques attirent de nombreux visiteurs en Suisse. Ils sont connus dans leur région, mais souvent très peu au-delà des frontières cantonales. L’agence Apic en présente 13 dans une série consacrée aux «Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse».
Déjà parus: La Collégiale Ste-Vérène à Zurzach (AG), la Basilique Notre-Dame de Genève, la Grotte de Sainte-Colombe à Undervelier (JU), Notre-Dame de Fatima à Ponthaux (FR), Notre-Dame de l’Epine à Berlens (FR), le pèlerinage de Heiligkreuz (LU) et Notre-Dame de Lourdes à Zurich-Seebach (ZH).
A paraître: L’Ermitage de Longeborgne (VS), Zitail (GR), Maria Dreibrunnen à Wil (SG), la chapelle de l’Immaculée à Quarten (SG), les gorges de Sainte-Vérène à Soleure et Maria Rickenbach (NW).
(apic/bal/mp)
Des photos de ce reportage sont disponibles auprès de l’apic au prix de 80.– francs la première, 60.– francs les suivantes
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