Engouement exceptionnel des foules accourant place Saint-Pierre
Rome, 21 juin 2013 (Apic) «Buonasera!» A peine élu, les bras le long du corps, visiblement impressionné par la foule qui l’acclame place Saint-Pierre, le cardinal Jorge Mario Bergoglio a immédiatement surpris et donné le ton. Au soir du 13 mars 2013, après avoir parlé de fraternité et invité à prier pour son prédécesseur Benoît XVI, «l’évêque de Rome» demande à son peuple de prier pour lui. Dès lors, il était clair qu’il allait marquer la papauté d’un style bien à lui, sans pour autant que ce style soit affaire de communication.
Cent jours ont passé et les réactions sont multiples. «Quand fera-t-il enfin le pape?», demande un habitué du Vatican qui verrait bien Jorge Mario Bergoglio intégrer enfin les appartements pontificaux et abandonner ses habitudes de «curé de campagne». Les plus sévères demandent qu’il cesse de «faire l’aumônier de la Maison Sainte-Marthe», lorsque les plus enthousiastes s’écrient: «Enfin de l’air!» Paradoxalement, les plus touchés par le nouveau pontife semblent parfois aux «périphéries», ainsi qu’il aime lui-même définir ceux vers qui l’Eglise doit sortir pour annoncer l’Evangile. Les plus récalcitrants sont souvent ceux qui ne parviennent à faire le deuil d’un pape qui n’est pas mort: Benoît XVI qui vit désormais à deux pas de son successeur, mais dans une discrétion absolue.
La révolution du pape François est d’abord celle des gestes, même si les plus anciens assurent que les premiers pas de Jean Paul II offrirent autant de surprises. A ceci près que le pape polonais avait tout de suite habité sa fonction de pape quand François choisit d’être d’abord l’évêque de Rome, au milieu des foules.
Des foules qui accourent place Saint-Pierre et traduisent un engouement exceptionnel pour le nouveau successeur de Pierre. Ses tournées en papamobile – dont il n’hésite pas à descendre pour saluer un malade ou une vieille femme – lors des grandes célébrations ou des audiences générales regorgent de surprises. La toute dernière fut l’invitation lancée à un jeune Argentin trisomique à le rejoindre pour prendre sa place dans le siège en cuir du véhicule blanc.
La petite révolution des gestes passe par cet épisode au cours duquel, dès les premiers jours du pontificat, traversant les couloirs de la Secrétairerie d’Etat, le pape François a éteint la lumière d’un bureau vide, faisant la morale à ceux qui l’accompagnaient.
Puis il y a la révolution des mots d’un souverain pontife qui critique les «chrétiens de salon» qui prennent le thé en parlant de théologie, ou s’en prend avec un sourire aux religieuses «vieilles filles». Un pape qui rappelle sans cesse la miséricorde de Dieu, encourage l’Eglise à se pencher sur toutes les pauvretés et met en garde contre les menaces du diable.
Au fil des semaines, c’est le statut des interventions du Papa Bergoglio qui pose question. Ainsi, de ses confidences à des religieux latino-américains – entre autres sur le «lobby gay» au Vatican – à ses discours largement improvisés, en passant par ses homélies matinales quotidiennes, nul ne sait dire exactement ce qui appartient ou non au magistère. D’aucuns pointent du doigt la lassitude que pourrait entraîner une prise de parole trop fréquente du pape, avec des petites phrases pastoralement fortes mais déjà entendues à de nombreuses reprises.
Pour autant, si la forme a changé, si le style est parfois décoiffant, la ligne demeure évidemment inchangée et il faudra plus de 100 jours pour voir comment, au fil des interventions, le pape François imprimera sa marque magistérielle.
Les journalistes aiment les comptes ronds, et faire un bilan des 100 premiers jours de pontificat est tentant. On ne peut oublier cependant qu’un souverain pontife n’est pas un chef d’Etat comme les autres. Il n’est pas contraint de faire ses preuves durant ses trois premiers mois de règne. Bien au contraire, ce temps est traditionnellement au Vatican celui de la réflexion.
Jorge Mario Bergoglio, pour sa part, a aussi souhaité y ajouter le dialogue et la prière, et cela «avant toute nomination ou confirmation définitive» de ses proches collaborateurs. Ils sont en suspens, en attente de confirmation. Certains confient se regarder les uns les autres sans trop savoir de quoi l’avenir sera fait.
Jour après jour, le pape rencontre les responsables de la curie, et accueille des visiteurs du monde entier. Après cet exercice collégial, viendra le temps de la décision. La nomination d’un nouveau secrétaire d’Etat, hasardent certains, aura lieu dans les 3 mois qui viennent. Début octobre, il réunira son «G8», les 8 cardinaux appelés à le conseiller, en particulier dans la réforme de la curie. Mais nombre d’entre eux sont déjà passés à Rome, individuellement, et planchent déjà sur le sujet. On prête aussi au pape l’intention de réformer l’Institut pour les œuvres de religion. Mais poursuivre sur la voie de la transparence ouverte par son prédécesseur pourrait s’avérer déjà bénéfique.
Au rayon des attentes figure aussi le premier voyage apostolique du pape François, fin juillet, pour les Journées mondiales de la jeunesse à Rio de Janeiro. Au Brésil, le pape argentin fera son baptême du feu international.
«Nous voulions élire un pasteur et un homme de gouvernement», confie aujourd’hui l’un des participants au conclave de mars dernier, sans cacher que les cardinaux, dont beaucoup le connaissaient peu, ont tout de même été surpris par son style. Si l’aptitude hautement pastorale du nouveau pontife est déjà assurée, il doit maintenant faire preuve de ses capacités à gouverner. Nombre de ceux qui le connaissent disent qu’après avoir beaucoup écouté, Jorge Mario Bergoglio sait prendre, seul, des décisions fermes et sans appel. A suivre… (apic/imedia/ami/bb)
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