Série Apic: Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse (10) Maria Dreibrunnen près de Wil SG

Patronne des trois fontaines

Wil (SG), 9 juillet 2013 (Apic) Le pèlerinage de Maria Dreibrunnen (Marie des trois fontaines) se cache derrière un bosquet, près de Wil dans le canton de St-Gall. Malgré tout, depuis des siècles, de nombreux pèlerins le retrouvent. Ils viennent y prier pour obtenir une descendance ou pour admirer les somptueuses peintures rococo de la petite église.

«On dit que nous sommes une fabrique de mariages et de baptêmes», rigole à travers ses dents écartées le Frère Fidelis Schorer. Quelque 60 mariages se célèbrent ici chaque saison, dans la petite église blanche avec son bulbe en oignon, le long d’une route de campagne. Quant aux baptêmes, le Frère Fidelis ne les compte même plus.

L’église repose sur une butte, entourée de vertes prairies, d’étangs, d’une grange et d’une ferme à pignon qui sert d’auberge sur ce petit bout de terrain. Autour de l’édifice quelques dizaines de personnes reposent dans les tombes du cimetière. Ce sont tous des habitants de la petite localité de Trungen ou les anciens chapelains de Maria Dreibrunnen. Non loin, la maison des franciscains construite en 1933.

La communauté franciscaine de Dreibrunnen, avec ses trois Frères, s’est installée ici il y a deux ans. «Lorsque nous nommes arrivés, cela a eu un immense écho. A un moment ou l’ordre doit fermer partout des maisons parce qu’il n’ y a plus de relève, nous avons fondé une nouvelle communauté», note Fidelis Schorer.

Après la fermeture de Fribourg et de Lugano, il n’y avait pas d’alternative satisfaisante, les franciscains se sont donc mis à la recherche d’un lieu de pèlerinage où ils pourraient travailler. En avril 2011, ils ont repris Maria Dreibrunnen qui n’avait plus de desservant depuis le décès du chapelain Walther Gemperle en 2010. «Je vis volontiers ici, c’est idyllique et calme», explique Fidelis. Auparavant il a été durant trois ans aumônier à l’hôpital universitaire de Zurich, avant encore, il vivait au couvent de Näfels dans le canton de Glaris.

Il s’appelait Paul et était juriste

Le Frère Fidelis vit depuis plus de 20 ans dans la communauté. Il est âgé aujourd’hui de 66 ans. Dans une vie antérieure, il s’appelait Paul et était juriste à la Confédération. Mais depuis toujours, il avait le sentiment que le sens de sa vie se trouvait ailleurs, encore caché. " Un jour, je me suis trouvé devant la décision de changer radicalement de vie ou de passer peut-être à côté du sens de ma vie». Il a pris le nom de Fidelis, le premier martyr de l’ordre des franciscains.

Dans ce petit endroit, l’ordre des franciscains a de grands projets. En 2014, les aubergistes devenus âgés vont se retirer. Trois générations ont accueilli les hôtes ici, mais les plus jeunes ne veulent pas reprendre l’affaire. La communauté voit plutôt cela comme une chance. La veille grange sera démolie et remplacée par une salle de rencontres. La protection des biens culturels a déjà donné sa bénédiction. «Ce nouveau local donnera la possibilité aux hôtes des lieux de travailler et de fêter», note Fidelis. Le nouvel aubergiste devra développer une offre plus gastronomique. Le restaurant «Pilgerhaus» et la grange sont déjà visibles sur les images du XIXe siècle. «Après la confession, on veut prendre quelque chose d’agréable», relève Frère Fidelis. «Les pèlerinages sont des événements.»

C’est exactement pour cela que les lieux de pèlerinage restent si populaires même si les gens vont toujours moins à l’église. " A l’époque actuelle, les pèlerinages sont acceptés par les personnes en recherche. Ici nous avons souvent des gens qui, après une longue période, font une nouvelle rencontre avec Dieu.»

Une église au riche passé

Chaque pèlerinage a sa spécialité, son attrait différent. Et à Maria Dreibrunnen, c’est le décor rococo. La charmante petite église offre de la place pour 300 personnes. Fraîche et un peu sombre les jours nuageux, on l’atteint par le court sentier des pèlerins récemment refait à travers la forêt depuis Bronschhofen. Au XIIIe siècle, deux comtes du Toggenburg ont offert aux villageois de Trungen l’église consacrée à la mère de Dieu, en l’honneur de la Visitation. Après la réforme protestante, l’église fut rattachée au couvent de Rüti, dans le canton de Zurich. Plus tard, l’édifice fut vendu en faveur de l’hôpital de Wil. Aujourd’hui l’église appartient à la paroisse de Wil. Elle a été rénovée une dernière fois en 1986.

«Un pèlerinage est attesté par les archives pour la première fois en 1728», explique Fidelis Schorer. L’image de la Mère de Dieu, une statue de bois doré avec l’enfant Jésus sur un bras a été transférée du couvent de Rüti. Le décor rococo dû aux pinceaux du peintre Jakob Josef Müller remonte au XVIIIe siècle. Outre les six peintures murales, c’est surtout la fresque du plafond qui impressionne. On y voit la Vierge à l’enfant qui domine les scènes de la bataille de Kahlenberg, aux portes de Vienne, et de la bataille navale de Lépante.

«Durant le seul mois de mai, 60 groupes de pèlerins ont admiré la chapelle», note Fidelis. Cette église dégage une certaine force. Devant l’autel, une jarre en terre cuite dans laquelle les pèlerins peuvent déposer des billets avec leurs voeux ou leurs détresses. Chaque mardi soir se déroule une messe d’intercession et d’action de grâce au cours de laquelle toutes ces demandes trouvent leur place.

Le lieu tire son nom des trois sources qui se trouvent près de l’église. Aujourd’hui, on y découvre encore un étang tout proche. Autrefois les femmes sans enfant y venaient en pèlerinage et priaient pour que leur désir d’enfanter soit exaucé. La légende raconte qu’en jetant un regard dans l’étang, elles pouvaient y voir la couleur des yeux de leur futur bébé. «On devrait peut-être de nouveau faire connaître cette histoire», relève Frère Fidelis. Qui du coup ne pourrait simplement plus assurer tous les baptêmes.

Maria Dreibrunnen

Le pèlerinage de Maria Dreibrunnen peut être atteint en voiture, ou en 20 à 30 minutes à pied depuis les gares de Bronschhofen ou de Wil. L’église est ouverte tous les jours durant toute la journée. Des informations sur les services religieux, les bénédictions spéciales ou les offres pastorales sont disponibles sur place ou sur le site internet des franciscains: www.franziskaner.ch

Série Apic: Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse

A côté d’Einsiedeln ou du Ranft, de nombreux lieux de pèlerinage moins emblématiques attirent de nombreux visiteurs en Suisse. Ils sont connus dans leur région, mais souvent très peu au-delà des frontières cantonales. L’agence Apic en présente 13 dans une série consacrée aux «Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse».

Déjà parus: La Collégiale Ste-Vérène à Zurzach (AG), la Basilique Notre-Dame de Genève, la Grotte de Sainte-Colombe à Undervelier (JU), Notre-Dame de Fatima à Ponthaux (FR), Notre-Dame de l’Epine à Berlens (FR), le pèlerinage d’Heiligkreuz (LU), Notre-Dame de Lourdes à Zurich-Seebach (ZH), l’ermitage de Longeborgne (VS), Maria Rickenbach (NW) et Maria Dreibrunnen à Wil (SG).

A paraître: Zitail (GR), la chapelle de l’Immaculée à Quarten (SG), les gorges de Sainte-Vérène à Soleure.

Des photos de ce pèlerinage sont disponibles auprès de l’Apic au prix de 80.– francs la première et 60.– francs les suivantes.

(kipa/ami/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/patronne-des-trois-fontaines/