La droite critique la ‘naïveté’ du souverain pontife
Rome, 10 juillet 2013 (Apic) La presse et la classe politique italiennes se montrent partagées sur la visite le 8 juillet 2013 du pape François à Lampedusa, petite île italienne au large de la Sicile, pour «pleurer les morts» de l’immigration clandestine. Après un silence de 24 heures, les premiers commentaires acerbes, critiquant notamment la ‘naïveté’ du pontife sur la gestion des flux migratoires, ont fait leur apparition dans les journaux et dans les prises de position de certains élus, essentiellement de droite.
Le premier voyage hors de Rome du pape François a marqué les esprits. Au cours de son homélie, il a fustigé avec force et émotion la «globalisation de l’indifférence» face au drame des migrants. Leur sang crie vers ceux qui détournent leur regard, a-t-il affirmé, invitant à davantage de solidarité et à un meilleur accueil des migrants. Mis à part quelques exceptions, comme celle de la présidente de la Chambre des députés italienne, Laura Boldrini, qui a parlé d’une visite «historique», la classe politique est restée sans mot dire. Le pontife avait d’ailleurs souhaité qu’elle ne soit pas représentée à ses côtés lors de ce déplacement au Sud de l’Europe. C’est un député du ‘Parti de la liberté’, de Silvio Berlusconi, qui a rompu ce silence embarrassé, en adressant une critique plus ou moins frontale au pape François, au lendemain de son voyage.
Reconnaissant le «haut niveau» de la réflexion du pape sur «l’un des plus grands drames du monde contemporain», Fabrizio Cicchitto a ainsi tenu à souligner la différence entre la prédication religieuse d’une part et «la gestion par l’Etat d’un phénomène aussi difficile, complexe et insidieux» que l’immigration, marqué notamment par l’intervention de groupes criminels. Et d’en appeler à une autonomie de l’Etat par rapport à l’Eglise, «raisonnable, sérieuse et réelle».
Plusieurs représentant de la ‘Ligue du Nord’, parti régionaliste italien connu pour ses positions xénophobes, se sont montrés autrement plus durs, certains demandant au pape de «l’argent et des terres pour y mettre tous les ›extra-communautaires’» qui arrivent en Europe.
Alors que les échos de la presse, italienne et internationale, sont quasi-unanimes pour faire l’éloge de ce premier déplacement du pape François, des éditoriaux peu enthousiastes sont apparus dans Il Giornale (appartenant à la famille Berlusconi) ou encore dans le quotidien libéral ‘Il Foglio’, sous la plume du directeur Giuliano Ferrara. Longtemps à la pointe dans la lutte contre l’avortement et pour la promotion des valeurs chrétiennes dans la société, le journaliste dénonce dans son éditorial «L’erreur de François à Lampedusa». Il défend la mondialisation comme «racine de l’espérance» et la supériorité du modèle occidental comme motif du désir légitime d’émigrer. Sur un ton moralisateur, voire condescendant, il indique ainsi au pape ce que, à ses yeux, il aurait du dire lors de sa visite de l’île.
Dans un pays où il demeure relativement tabou de critiquer la personne du souverain pontife, et alors que le pape François jouit internationalement d’une ›pax mediatica’ sans précédent dans l’histoire récente, les premières critiques commencent à apparaître. Mais elles ne viennent pas de ceux qui avaient pour habitude de ne rien laisser passer aux représentants de l’Eglise et à son chef suprême, notamment sous Benoît XVI.
Au contraire, les accusateurs d’hier – la presse dite ›progressiste’ en tête – portent désormais aux nues le pape argentin, tandis que les fervents défenseurs de son prédécesseur formulent des critiques explicites contre les décisions du pontife. Marco Politi, vaticaniste de renom et analyste sévère du pontificat de Benoît XVI, signe un article dans ‘Il Fatto quotidiano’ intitulé «Qui veut la tête du pape François ?», énumérant les forces d’opposition au nouveau successeur de Pierre.
Ces querelles politico-médiatiques ne semblent cependant pour le moment n’avoir guère d’influence sur l’adhésion quasi unanime des fidèles et d’une grande partie du monde laïc, profondément touchés par le geste accompli par le pape à Lampedusa, une des «périphéries de l’existence» qu’il affectionne tant. (apic/imedia/mm/mp)
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