Brésil : Le pape François met la classe dirigeante d’un pays en crise devant ses responsabilités

«Nous sommes responsables de la formation de nouvelles générations»

Rio de Janeiro, 28 juillet 2013 (Apic) Devant des représentants de la classe dirigeante brésilienne, le 27 juillet 2013, le pape François a demandé que ceux-ci prennent au sérieux leur «responsabilité sociale», en ayant «l’audace d’actions courageuses et libres» pour promouvoir le «bien commun». Face aux élites politiques, culturelles et économiques du pays, réunies au théâtre municipal de Rio de Janeiro, le pontife a demandé que soient entendus les «cris qui demandent justice», alors que le Brésil est traversé depuis plusieurs semaines par une vague sans précédent de revendications sociales de la jeunesse.

Dans ce discours très attendu, le pape François a ainsi cherché à responsabiliser le parterre de haut niveau venu l’écouter, alors que la situation au Brésil est dans tous les esprits. «Nous sommes responsables de la formation de nouvelles générations, compétentes en économie et en politique, et fermes sur les valeurs éthiques», a-t-il ainsi assuré. A ses yeux, «l’avenir exige (…) une vision humaniste de l’économie et une politique qui réalise toujours plus et mieux la participation des gens, évite les élitismes et déracine la pauvreté».

«Il faut réhabiliter la politique», a lancé le pontife. Et d’inviter la classe dirigeante brésilienne, hommes politiques, diplomates, autorités religieuses et entrepreneurs confondus, à se mettre à l’écoute de ceux dont les cris «demandent justice». «Que personne ne soit privé du nécessaire, a-t-il encore demandé, et que dignité, fraternité et solidarité soient assurées à tous».

Un vaste mouvement protestataire s’est emparé du Brésil depuis mars 2013, s’étendant à plusieurs grandes villes du pays, principalement initié par les jeunes des classes moyennes, qui se considèrent comme laissés pour compte des politiques mises en place par les derniers gouvernements.

Depuis la scène du théâtre municipal, construit dans la première moitié du 20e siècle sur le modèle de l’Opéra Garnier, à Paris, le pape a invité les élites à partir de leurs propres responsabilités et de «l’intérêt pour le bien commun». C’est de cette façon, a-t-il encore affirmé, que l’on peut aller «au cœur des maux d’une société et aussi de les vaincre par l’audace d’actions courageuses et libres».

Défi historique

Le pape François, le ton posé et grave, a demandé aux responsables brésiliens de réfléchir aux conséquences de leurs décisions, «en observant, soupesant, évaluant», en plaçant leur action «devant les droits des autres et devant le jugement de Dieu». «Ce sens éthique apparaît aujourd’hui comme un défi historique sans précédents», a encore souligné le pontife.

Se faisant l’avocat d’un «humanisme intégral», le pape François a également invité à un dialogue constructif et à rejeter aussi bien «l’indifférence égoïste» que «la protestation violente». Des paroles qui résonnent avec une force toute particulière alors que la police brésilienne a pu parfois répondre de façon musclée pour contenir les manifestations.

Toutes les composantes de la société doivent collaborer, «culture populaire, culture universitaire, culture des jeunes, culture artistique et technologique, culture économique et culture familiale, et culture des médias», dépassant les «intérêts constitués» et des «préjugés». Et de souligner la contribution «fondamentale» des «grandes traditions religieuses», dans le cadre d’une laïcité respectueuse et valorisante du phénomène religieux.

Demandant aux élites du pays «sagesse, prudence et générosité», le souverain pontife a assuré que la «fraternité entre les hommes et la collaboration pour construire une société plus juste» n’étaient pas une «utopie», mais bien «le résultat d’un effort concerté de tous en faveur du bien commun».

Manifestations pacifiques

Juste avant la prise de parole du pape, un jeune Brésilien, ancien drogué, avait introduit cette rencontre avec la société civile en donnant avec émotion son témoignage. Evoquant les récentes manifestations de la jeunesse brésilienne, il avait assuré que celle-ci était descendue dans la rue à la recherche «de droits et de dignité».

L’archevêque de Rio, Mgr Orani Tempesta, avait lui aussi mentionné ces manifestations dans son discours introductif. «Il y a eu de grandes manifestations pacifiques pour un pays plus juste et moins inégal», avait-il affirmé, avant de demander que la jeunesse soit la protagoniste d’un «monde nouveau».

Au terme de son discours, entouré des petites élèves de l’école de danse du théâtre municipal et sur des chants de Taizé exécutés par le chœur et l’orchestre, le pape François a salué une vingtaine de représentants de la société civile, eux aussi très émus. Le pape a ensuite invité les petites filles à s’approcher pour les embrasser chacune, devant un théâtre traversé par la joie et l’émotion. Sous les applaudissements, il a enfin coiffé un chapeau traditionnel offert par des Indios. (apic/imedia/mm/cw)

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