L’Eglise ne doit pas céder au désenchantement, au découragement, aux lamentations, affirme le pape François
Rio de Janeiro, 28 juillet 2013 (Apic) Au 6e jour de sa visite au Brésil, le pape François a rencontré le 27 juillet 2013 quelque 300 évêques du Brésil à qui il a demandé de ne pas céder au découragement face au déclin de l’Eglise catholique dans le pays. Face à la plus grande conférence épiscopale du monde, jugeant que l’Eglise avait pu être «faible», «froide» ou encore «prisonnière de ses langages rigides», le pape a souhaité une institution plus simple et «capable de réchauffer le cœur» des hommes.
Au fil de ce très long discours prononcé à l’archevêché de Rio avant un repas avec les évêques du Brésil, le pape François s’est d’abord appuyé sur «la leçon» à tirer de l’histoire du sanctuaire marial brésilien d’Aparecida où fut découverte par 3 pêcheurs, en 1717, une statue de la Vierge. Il a alors souhaité une Eglise qui soit «un instrument de réconciliation», qui fasse «de la place au mystère de Dieu», qui ne repose pas «sur la richesse de ses ressources» mais sur «la créativité de l’amour» sans jamais s’éloigner de la «simplicité».
Puis, dans un dialogue «cœur à cœur» avec ses «amis» évêques, le pape a salué le parcours de l’Eglise au Brésil qui a «reçu et appliqué» selon lui «avec originalité» le Concile Vatican II, notant en particulier qu’elle avait «dû dépasser certaines maladies de jeunesse» pour être aujourd’hui «une Eglise graduellement plus mûre, ouverte, généreuse, missionnaire». Le pape argentin a semblé faire allusion au mouvement de la Théologie de la libération qui s’est fortement développé au Brésil au sortir du dernier concile et à ses dérives marxistes condamnées par Rome au cours des années 1980.
Invitant l’Eglise à ne pas «céder au désenchantement, au découragement, aux lamentations», il a évoqué devant un parterre d’évêques «le mystère difficile de ceux qui quittent l’Eglise», celui de personnes qui se sont laissé «illusionner par d’autres propositions». Et le pape de s’interroger : «Peut-être l’Eglise est-elle apparue trop faible, peut-être trop éloignée de leurs besoins, peut-être trop pauvre pour répondre à leurs inquiétudes, peut-être trop froide à leur égard, peut-être trop autoréférentielle, peut-être prisonnière de ses langages rigides, et le monde a peut-être fait de l’Eglise une survivance du passé, insuffisante pour les questions nouvelles».
Face à «ceux qui cherchent des réponses dans les nouveaux et nombreux groupes religieux, mais aussi ceux qui semblent désormais sans Dieu que ce soit en théorie ou en pratique», le pape François a appelé de ses vœux «une Eglise en mesure de tenir compagnie». Cette Eglise, a-t-il souhaité, doit être capable «d’aller au-delà de la simple écoute» pour accompagner les hommes, capable aussi «de déchiffrer la nuit contenue dans la fuite de tant de frères et sœurs». «Je voudrais que nous nous demandions tous aujourd’hui, a-t-il lancé aux évêques, sommes-nous encore une Eglise capable de réchauffer le cœur ?»
Alors que le Brésil enregistre une chute vertigineuse du nombre de catholiques, passés de 92 à 63 % en 40 ans, le pape François a notamment mis en cause les promesses d’une «mondialisation implacable» et son «côté obscur» comme «la perte du sens de la vie», «la rupture intérieure et la fracture dans les familles». Mais aussi «les tentatives ratées de trouver des réponses dans la drogue, dans l’alcool, dans le sexe devenus prisons supplémentaires».
Le pape François a en outre reconnu que beaucoup avaient cherché «des faux-fuyants» parce que «la ›mesure’ de la Grande Eglise apparaissait trop haute». Il a alors énuméré certains autres défis de l’Eglise brésilienne. A commencer par la promotion d’une «formation qualifiée qui fasse des personnes capables de descendre dans la nuit sans être envahies par l’obscurité ni se perdre ; d’écouter les illusions d’un grand nombre, sans se laisser séduire ; d’accueillir les désillusions, sans se désespérer ni tomber dans l’amertume ; de toucher ce qui a été détruit chez les autres, sans se laisser dissoudre ni décomposer dans sa propre identité».
A cette liste de défis, l’évêque de Rome a ajouté la «communion» épiscopale, assurant que «la bureaucratie centrale n’est pas suffisante» et qu’il convenait de «faire grandir la collégialité et la solidarité». Il a aussi l’importance de renforcer la famille, les jeunes et les femmes, ces dernières ayant «un rôle fondamental dans la transmission de la foi». «Ne réduisons pas l’engagement des femmes dans l’Eglise, mais promouvons leur rôle actif dans la communauté ecclésiale», a demandé le pape sans plus de précision sur le rôle qu’elle doivent tenir. Il a enfin consacré un long passage de son intervention à l’attention à porter à l’Eglise q ui est en Amazonie.
Peu après, le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, a assuré que ce discours était certainement l’un des plus longs depuis le début du pontificat du pape François. Il a également annoncé que le discours du pontife le lendemain devant les évêques latino-américains élargirait les questions évoquées devant l’épiscopat brésilien à tout le continent, insistant sur l’importance accordée dans ces textes à la collégialité dans l’Eglise. Selon le ›porte-parole’ du Vatican, il s’agit-là d’un élément-clé du pontificat du pape François.
Pendant que l’Eglise catholique perd plus d’1 million de fidèles par an, la courbe de progression des cultes évangéliques suit la tendance inverse. Ils sont ainsi passés de 6 % en 1980 à 22 % en 2010. (apic/imedia/ami/cw)
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