Devant les évêques latino-américains, François demande plus de collégialité
Rio de Janeiro, 29 juillet 2013 (Apic) Le pape François a mis en garde, le 28 juillet 2013, l’Eglise du continent sud-américain contre le «cléricalisme» et les idéologies, libérale, marxiste ou d’ordre théologique, qui sont autant de freins à la mission des chrétiens. Par ce discours hautement ecclésiologique adressé aux évêques latino-américains, le pape François dessine son idée d’Eglise dans un cadre plus global, pour plus de collégialité.
Le pontife a centré sa réflexion adressée aux représentants des 22 Conférences épiscopales d’Amérique latine et des Caraïbes sur les résultats des travaux de la Conférence d’Aparecida, en 2007. Le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, était à ce moment-là président du comité de rédaction du document final, véritable feuille de route pour l’Eglise du continent.
Le pape a ainsi mis les évêques en face des résultats, obtenus ou à atteindre, depuis cette conférence. Il a soulevé une vaste série de questions très concrètes. A ses yeux, le renouveau de l’Eglise passe par la conversion des prêtres, qui doivent guider les fidèles, sans les soumettre. Et le pontife de lancer à l’assistance une série d’interrogations : «Dans la pratique, est-ce que nous faisons participer les fidèles à la mission ?», «Dépassons-nous la tentation d’accorder une attention réactive aux problèmes complexes qui surgissent ?», ou encore «les agents pastoraux et les fidèles en général se sentent-ils partie de l’Eglise, s’identifient-ils avec elle et la rendent-ils proche aux baptisés distants et éloignés ?»
Dans le cadre du devoir missionnaire des chrétiens, l’Eglise est exposée à plusieurs «tentations», a affirmé le pape François. Il a dénoncé l’interprétation «aseptisée» de l’Evangile et de l’Eglise, qui peut revêtir plusieurs aspects. A ses yeux, le danger le plus évident est celui de la «réduction socialisante», du libéralisme de marché aux catégories marxistes, alors que la théologie de la Libération a longtemps eu un grand poids en Amérique latine.
Une autre tentation est celle d’une spiritualité «désincarnée», avec une idée déviée du progrès. Ceux qui y succombent veulent par exemple «que les prêtres se marient, que les religieuses soient ordonnées, que l’on donne la communion aux divorcés», a poursuivi le pape. D’autres encore en arrivent à désirer un retour en arrière et la récupération d’un passé perdu. «Ceux-là me font peur», a-t-il affirmé.
Le pape a également fustigé «le fonctionnalisme» qui paralyse l’Eglise. A ses yeux, cette conception réduit la réalité de l’Eglise à la structure d’une ONG. «Ce qui importe c’est le résultat constatable et les statistiques», a déploré le pontife. Il a également vivement critiqué le «cléricalisme», expliquant par ce phénomène le manque de maturité et de liberté chrétienne dans une bonne part du laïcat latino-américain, allant jusqu’à parler de «complicité pécheresse».
Le pontife a énuméré les caractéristiques que doivent posséder les évêques : ils doivent être des «hommes qui aiment la pauvreté, aussi bien la pauvreté intérieure comme liberté devant le Seigneur, que la pauvreté extérieure comme simplicité et austérité de vie». Ils ne doivent pas avoir la «psychologie des princes» ni être ambitieux, mais bien se comporter en «époux d’une Eglise locale sans être dans l’attente d’une autre».
Livrant dans son texte une fine analyse ecclésiologique, le pape est revenu sur le déroulement des travaux d’Aparecida. S’adressant aux évêques comme à des confrères, il a parlé du «miracle» advenu avec ce document, qui permet de favoriser une dynamique de réforme des structures ecclésiales. «Ce qui fait tomber les structures caduques…, c’est précisément le fait d’être missionnaire», a relevé le pontife.
Au terme de ce long texte, François s’est excusé auprès de l’assistance : «Pardonnez-moi si j’ai dit des choses trop osées, mais je devais vous parler d’évêque à évêque». Le pontife s’est ensuite attardé avec les présidents des Conférences épiscopales latino-américaines pour des salutations et des échanges informels.
Avec celui prononcé la veille devant les évêques brésiliens, ce discours est l’un des plus importants depuis le début du pontificat du pape François, a souligné le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. Selon lui, ces textes sont des «signes de la façon dont le pape entend travailler, à savoir avec plus de collégialité». Le pape doit orienter les évêques mais aussi leur prouver qu’ils sont les responsables de la vie de l’Eglise dans leurs diocèses, a poursuivi le porte-parole du Vatican. Le pape a indiqué plusieurs fois qu’il voulait contribuer à augmenter la synodalité dans l’Eglise, l’un des concepts-clé du Concile Vatican II, faisant des évêques les co-responsables du gouvernement de l’Eglise. (apic/imedia/mm/rz)
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