Série Apic: Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse (12)
Notre-Dame de Hergiswald
Hergiswald, 2 août 2013 (Apic) A 20 minutes de bus de Lucerne se trouve dans une clairière la petite église de Hergiswald. Connu pour son «Bilderhimmel» (plafond peint), un ensemble de peintures représentant scènes symboliques de Marie, Hergiswald attire les pèlerins depuis près de 500 ans. L’agence Apic s’est rendue dans cette église et s’est laissée guider dans ses mystères par le chapelain du lieu de pèlerinage, Franz Josef Egli.
Les promeneurs qui suivent le chemin menant du pont en bois de Hergiswald à la forêt deviennent peu à peu des pèlerins. Des centaines de bûches amassées en piles les attirent vers la montagne. Le chemin invite à la méditation et à la prière. Il est bordé de 20 stèles dépouillées et rouillées: une pour chaque mystère du rosaire. Chacune est ornée d’une simple aquarelle.
Tout est silencieux en ce jeudi matin, et même idyllique. On n’entend que le chant des oiseaux et le bruit d’un ruisseau. Au son des cloches des vaches se joindront tous les quarts d’heure celui des cloches de l’église.
La forêt s’éclaircit. Le pèlerin émerge de l’ombre et aperçoit sur la hauteur une jolie église blanche. Avec ses chapelles latérales et ses clochers rouges, elle rappelle un peu les églises orthodoxes.
Celui qui ne s’y attend pas reste debout d’admiration, submergé par la richesse des tableaux. La voûte au plafond est recouverte d’un réseau de rectangles entourés d’un cadre bleu, semblables à des tuiles surdimensionnées. Chacun renferme un symbole marial. Un ruban avec des mots latins donne des explications sur chaque illustration. A côté des symboles connus comme le lys ou le manteau, on en trouve de bien plus exotiques, comme un appareil de distillation (»Je rends pur») ou un éléphant (»Les cœurs lourds se reposent auprès de moi»). On se perdrait durant des heures dans la contemplation de ce plafond appelé «ciel imagé», s’il n’y avait pas cette petite chapelle qui attire les pèlerins vers le mystérieux? Allons: une chose après l’autre …
«Tout a commencé en 1489 avec un ermite», raconte Franz Josef Egli, le chapelain du lieu de pèlerinage d’Hergiswald. «Johannes Wagner, frère convers de la Chartreuse d’Ittingen, voulait poursuivre ici la vocation de Nicolas de Flüe: dans la solitude, mais ouvert aux hommes qui cherchent conseil. Il voulait prier avec eux et les rendre attentifs au mystère de Dieu.»
Le mystère de Dieu. C’est la première fois que cette expression apparaît dans la discussion. L’aumônier aux cheveux blancs la prononce comme quelque chose de familier. Quelque chose qui ne nécessite aucune explication supplémentaire.
Cet ermite avait reçu une petite maison de prière, car le maire de Lucerne, Jakob von Wyl, se sentait proche de lui. Mais c’est son arrière-petit-fils Ludwig von Wyl, capucin à Lucerne, qui a été déterminant pour l’histoire d’Hergiswald. «Ludwig von Wyl a amené la tradition laurétane à Hergiswald», explique Franz Josef Egli. On sent dans sa voix une sorte d’admiration pour la vision de ce prédécesseur.
Le chapelain raconte l’histoire des deux anges qui, selon la légende, ont porté la maison natale de Marie à Nazareth dans les airs pour l’amener en sécurité dans la cité italienne de Lorette, près d’Ancône. En raison du nombre important de pèlerins, beaucoup d’imitations de la maison de Lorette ont été construites. Ludwig von Wyl a aussi voulu posséder une telle maison à Hergiswald.
Il aurait fait construire la sainte maison – la maison de Lorette – contre la vieille église, dont il aurait détruit une partie, puis aurait construit l’église actuelle autour de la maison de Lorette. «Tout comme un grand cœur qui aurait simplement un corps autour de lui. Et ce corps, c’est l’église», explique Franz Josef Egli avec emphase.
On a vraiment l’impression de pénétrer dans le saint des saints lorsque l’on quitte l’église peinte en blanc pour se rendre dans la chapelle de Lorette adjacente. C’est encore plus silencieux. Et lorsque l’œil s’habitue à la pénombre, on distingue vaguement des fresques débonnaires – comme Marie souriante -, des bancs en bois sombre et un sol de brique rouge. Un rayon de lumière passe à travers le «vitrail des anges». Ici, aucun ciel imagé ne distrait le visiteur. Le lieu invite au recueillement.
«Il ne s’agit pas d’une maison sainte au sens premier du terme. Ce n’en est qu’une expression. Elle exprime l’incarnation, le grand mystère de Dieu fait homme». Le chapelain Egli se tait un moment, comme s’il voulait laisser à ses paroles le temps nécessaire pour atteindre ses auditeurs. Et de redémarrer de plus belle: «Et ensuite la place énorme de Marie!». Elle est représentée à plusieurs reprises sur le maître-autel de la paroi sud de la chapelle, en tant que jeune fille juive qui accueille le message empli de mystère de l’ange Gabriel, en tant que Mère de Dieu qui «broie la tête du serpent», comme le décrit Franz Josef Egli avec des termes énergiques.
Et finalement, Marie symbolise l’envoi des puissants dans les ténèbres. Car le but de l’incarnation de Dieu est l’établissement du nouveau monde. Concentré, le chapelain Egli s’exprime avec le feu intérieur, s’égare parfois dans les détails historiques, sans pour autant perdre le fil de l’histoire, et revient imperturbablement toujours sur le même point: «le mystère absolument radical, effarant et inconcevable du Dieu très saint devenu homme».
Beaucoup de personnes sont attirées par Hergiswald. L’édifice est apprécié pour les mariages. Mais beaucoup de pèlerins viennent aussi contempler la jolie église, située sur le chemin de Saint Jacques entre Lucerne et Berne. Les bons mois, ce sont jusqu’à 3’000 francs qui sont récoltés dans les tirelires pour la vente des lumignons. Beaucoup de visiteurs sont certainement intéressés par les oeuvres d’art. Mais l’intérêt pour la culture de la foi dépasse sans aucun doute celui pour le grand art. C’était le cas de ce réformé bernois qui a affirmé au terme de sa visite: «Si on m’avait parlé ainsi de Marie depuis mon enfance, je l’aurais appréciée durant toute ma vie!». Franz Josef Egli rit de façon complice.
Il est engagé depuis onze ans comme aumônier à Hergiswald. «J’ai promis à l’époque qu’il y aurait toujours une eucharistie du dimanche qui ne heurte jamais les gens». Le fait que l’église soit pleine le dimanche le comble de joie. Mais de fait, les fidèles ne devraient pas quitter leurs paroisses. A quoi cela tient-il alors? Franz Josef Egli se tait un moment. «Oui», finit-il par lâcher, pensif, «finalement, ça aussi c’est un mystère».
Hergiswald se trouve sur la route vers Eigenthal et peut être atteint en 20 minutes depuis Lucerne en voiture ou en bus. A pieds depuis le centre de Kriens, il faut compter environ deux heures.
En 1489, Johannes Wagner, frère convers de la Chartreuse d’Ittingen, s’installe comme ermite à Hergiswald. Une première chapelle est consacrée en 1504. Après le décès de l’ermite, les pèlerinages à Hergiswald se poursuivent et une nouvelle chapelle, plus grande, est consacrée en 1621. En 1648 et 1649, le capucin Ludwig von Wyl construit une chapelle sur le modèle de celle de Lorette, avec le soutien financier de la Maison royale de France. L’église actuelle remonte à 1652, alors que les peintures au plafond, œuvres du Lucernois Kaspar Meglinger, sont achevées en 1654.
Le lieu de pèlerinage a appartenu jusqu’à la fin du XXe siècle à la paroisse de Lucerne. En 2002, la Fondation Albert-Koechlin reprend pour 60 ans les droits sur l’église et la maison d’accueil et finance leur rénovation de 2003 à 2006. La Fondation Pro Hergiswald est responsable de l’aumônerie et du chapelain. C’est grâce aux dons et à la collaboration de nombreux bénévoles que sont accomplies jusqu’à présent les activités d’aumônerie.
Autres informations: site internet www.hergiswald.ch
A côté d’Einsiedeln ou du Ranft, de nombreux lieux de pèlerinage moins emblématiques attirent de nombreux visiteurs en Suisse. Ils sont connus dans leur région, mais souvent très peu au-delà des frontières cantonales. L’agence Apic en présente 14 dans une série consacrée aux «Lieux de pèlerinage moins connus de Suisse».
Déjà parus: La Collégiale Ste-Vérène à Zurzach (AG), la Basilique Notre-Dame de Genève, la Grotte de Sainte-Colombe à Undervelier (JU), Notre-Dame de Fatima à Ponthaux (FR), Notre-Dame de l’Epine à Berlens (FR), le pèlerinage d’Heiligkreuz (LU), Notre-Dame de Lourdes à Zurich-Seebach (ZH), l’ermitage de Longeborgne (VS), Maria Rickenbach (NW), Maria Dreibrunnen à Wil (SG), Ziteil (GR) et la chapelle de Notre-Dame à Hergiswald (LU).
A paraître: les gorges de Sainte-Vérène à Soleure et la chapelle de l’Immaculée à Quarten (SG).
Note: Des photos du pèlerinage à Hergiswald sont disponibles au prix de 80 francs la première et 60 francs les suivantes. A commander à kipa@kipa-apic.ch
(apic/sys/bb)
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