Préserver le «trésor» du pacifisme japonais

Japon: L’Eglise catholique met en garde contre une éventuelle révision de la Constitution

Tokyo, 22 août 2013 (Apic) L’archevêque de Tokyo, Mgr Takeo Okada, s’est récemment inquiété des changements constitutionnels envisagés par le Premier ministre conservateur Shinzo Abe. Le prélat catholique a estimé que l’article 9 de la loi fondamentale japonaise interdisant au pays de recourir à la guerre comme moyen de règlement des conflits était «un trésor à préserver».

Mgr Okada s’exprimait à l’occasion du traditionnel «Temps pour la paix», observé chaque année du 5 au 15 août par les catholiques du Japon, depuis la visite de Jean Paul II à Hiroshima en 1981.

Le prélat japonais a fait ses déclarations dans le contexte de la publication d’une nouvelle traduction en japonais de l’encyclique «Pacem in Terris» du pape Jean XXIII, rapporte le 21 août 2013 Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Le président de la Conférence épiscopale japonaise a souligné combien l’encyclique, publiée en 1963 dans le contexte de la guerre froide, portait en lui l’idée que la paix ne pouvait être construite que sur la protection de la dignité de la personne humaine et de ses droits.

Une Constitution écrite sous occupation américaine

Or, la Constitution du Japon, entrée en vigueur en 1947, alors que le Japon était sous occupation américaine, porte en elle «un trésor dont le Japon peut être fier», a martelé l’archevêque de Tokyo. A savoir l’article 9 stipulant que le Japon «renonce à jamais à la guerre». Depuis que la loi fondamentale du pays porte cet article, le Japon n’a tué personne du fait de la guerre et aucun Japonais n’a été tué du fait de la guerre. «Il est de notre responsabilité la plus aiguë de protéger et de promouvoir l’article 9″, affirme l’archevêque de Tokyo. Il s’inquiète d’»un mouvement qui prend de l’ampleur et vise à assouplir les règles ouvrant la voie à une révision de la Constitution».

Le «pacifisme» japonais menacé

Mgr Okada fait référence à l’intention exprimée par l’aile conservatrice du Parti libéral-démocrate (PLD), depuis de nombreuses années, de réviser la Constitution pacifiste de 1947. Aux yeux de ces politiciens, le texte présente le défaut d’avoir été imposé au Japon de l’époque par le vainqueur américain. Or, cette aile conservatrice du PLD a le vent en poupe depuis sa victoire aux élections législatives de décembre 2012 et le retour de son porte-étendard, Shinzo Abe, au poste de Premier ministre. Les élections du mois de juillet dernier à la Chambre des conseillers, la deuxième chambre du Parlement japonais, ont vu la nette victoire du PLD et de son allié du Nouveau Komeito. Désormais, pour faire passer ses réformes, Shinzo Abe dispose à la fois de tous les leviers au sein du pouvoir législatif et d’un horizon de trois ans sans élection nationale.

L’opinion japonaise prête à la révision de l’article 9

L’annonce par l’administration Abe de faire voter une réforme visant à autoriser les révisions de la Constitution à une majorité simple des membres du Parlement japonais, et non plus à une majorité des deux tiers comme c’est le cas actuellement, augure de cette volonté de modifier l’article 9, estime Mgr Okada. Les déclarations du Premier ministre Abe, au soir de la victoire des élections de juillet dernier, ont été sans ambiguïtés à ce sujet. Après avoir augmenté le budget militaire, il a déclaré au sujet d’un futur amendement de la Constitution pacifiste : «Il est important de poursuivre profondément la discussion sur ce sujet et nous allons pouvoir le faire grâce à cette stabilité politique».

Shinzo Abe tient en effet la Constitution de 1947 pour «un acte de contrition du vaincu envers le vainqueur» et estime que ce texte doit «être élaboré de nos mains». Il ne cache pas sa volonté d’abandonner le régime d’après-guerre. Au Japon, les sondages indiquent que l’opinion est prête à une réforme de l’article 9. (apic/eda/rz)

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