Risques d’instrumentalisation politique de la polémique
Kuala Lumpur, 10 septembre 2013 (Apic) Suite à une audience, le 10 septembre 2013, la justice malaisienne a annoncé que le jugement sur l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens du pays serait repoussé en octobre prochain. Dans un contexte confessionnel tendu dans le pays, des observateurs exhortent les autorités à ne pas politiser la polémique et à respecter le fonctionnement normal de la justice.
C’est dans une salle d’audience pleine à craquer de militants islamistes et de membres des Eglises chrétiennes, que la Cour d’appel a entendu les avocats des deux parties, rapporte Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris.
L’avocate du gouvernement, défavorable à la possibilité pour les chrétiens d’utiliser le mot ‘Alllah’ dans leurs publications, a mis en avant l’aspect «sensible» du terme en Malaisie. Elle a évoqué le risque d’une crise confessionnelle en cas de décision favorable aux chrétiens. Sur le plan théologique, elle a argué qu’en usant du mot ‘Allah’, tout en invoquant la Sainte Trinité, les chrétiens «entretiennent une confusion sur la réalité de qui est Dieu, confusion dont peuvent être victimes les musulmans qui viendraient à lire leurs publications».
L’avocat de l’archidiocèse de Kuala Lumpur, a placé son argumentation sur le terrain constitutionnel, citant l’article 11 de la Loi fondamentale, qui défend le droit de toute personne à professer, pratiquer et propager sa religion. Il a souligné que le gouvernement ne disposait pas d’éléments suffisants pour interdire l’usage du mot ‘Allah’ par les chrétiens sur la base de «l’intérêt national ou de l’ordre public».
Le 22 août dernier, l’Eglise catholique a été déboutée par la Cour. L’institution chrétienne avait contesté, en 2008, l’interdiction que le gouvernement lui avait signifiée d’utiliser le mot ‘Allah’ pour parler du Dieu des chrétiens dans l’hebdomadaire de l’archidiocèse de Kuala Lumpur. Ce dernier estime qu’une décision du Premier ministre d’avril 2011 l’autorise à faire usage du terme et que la Cour d’appel n’a donc pas à statuer sur une affaire classée. Mais le juge a considéré qu’il y avait matière à juger sur le fond le litige qui oppose l’Eglise au gouvernement et maintenu l’audience du 10 septembre.
L’affaire fait couler beaucoup d’encres sur les réseaux sociaux, adversaires et partisans de l’utilisation de ce mot par les chrétiens de langue malaise s’opposent vertement. Les analystes locaux pointent par ailleurs le risque que l’actuel Premier ministre, Najib Razak, affaibli politiquement, cherche à se replier sur la base malaise de son électorat et donc à jouer sur la corde sensible de l’islam. Dans un contexte assez peu propice à la sérénité, des observateurs implorent les autorités de ne pas politiser la polémique et de respecter le fonctionnement normal de la justice. (apic/eda/rz)
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