Egypte: Le monastère de Ste-Catherine, au Sinaï, ferme ses portes pour des raisons de sécurité

Absence de touristes, catastrophe financière pour la population et les moines

Le Caire, 13 septembre 2013 (Apic) En raison de la détérioration de la sécurité en Egypte, le monastère grec-orthodoxe de Ste-Catherine, au Sinaï, a été contraint de fermer ses portes. L’économie de la zone environnante est dévastée, car ce lieu, également sacré pour les juifs et les musulmans, qui l’appellent le «mont de Moïse» (djebel Musa), attirait jusqu’à présent une foule de pèlerins et de touristes venus des quatre coins du globe.

Le monastère du VIe siècle, situé au pied du mont Horeb où, dans l’Ancien Testament, Moïse aurait reçu les Tables de la Loi, est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La fermeture de l’édifice a vu les visiteurs abandonner non seulement le site lui-même, mais aussi la ville voisine, qui tire la quasi-totalité de ses revenus du tourisme. Le monastère, fondé au VIe siècle, est le plus ancien monastère chrétien ayant conservé sa fonction initiale au Moyen-Orient, selon l’Unesco. «Ses murs et ses bâtiments sont très importants pour l’étude de l’architecture byzantine. Il abrite en outre des collections extraordinaires d’anciens manuscrits chrétiens et d’icônes. Le paysage montagneux et sauvage qui l’entoure comprend de nombreux sites et monuments archéologiques et religieux, et forme un décor parfait autour du monastère».

Construit sur ordre de l’empereur byzantin Justinien

Le monastère de Ste-Catherine a été construit sur ordre de l’empereur byzantin Justinien le Grand, qui régna de 527 à 565, sur le site sous le mont Sinaï où, selon les Ecritures, Dieu a parlé à Moïse, dans un buisson ardent. En juillet dernier, les responsables égyptiens ont demandé aux moines de fermer leurs portes, craignant des attaques contre ce site prestigieux suite à la destitution de l’ancien président Mohamed Morsi. En raison de la détérioration de la sécurité qui a suivi la chute du régime de Hosni Moubarak début 2011, on assiste régulièrement dans le Sinaï à des enlèvements de touristes étrangers par des Bédouins armés, généralement pour obtenir la libération de proches détenus par la police.

«Mon entreprise est maintenant inactive. Plus personne ne vient», fait savoir Cheikh Mousa al-Gebaly, directeur d’un hôtel dans la ville et membre de la tribu bédouine de la Gebaliya, qui gère environ 90% de l’industrie du tourisme local. Cité par l’ONG française «L’Œuvre d’Orient», il relève que les 5’000 personnes qui vivent à Sainte-Catherine n’ont plus rien. La région souffre d’un ralentissement de l’activité touristique depuis le soulèvement de 2011, mais le problème s’est aggravé. «Nombreux sont ceux qui commencent à vendre leurs chameaux», a déclaré Mohamed Khadr, de la Fondation communautaire de South Sinai, un groupe de soutien pour les habitants. «Ils ne peuvent plus les nourrir».

Les moines ne peuvent plus payer leurs employés

Cheikh Taha al-Gebaly, l’un des leaders de la Gebaliya, souligne que 28 bazars et 28 cafés qui accueillaient les touristes ont cessé de travailler. Il en est de même pour les chauffeurs des quelque 80 véhicules qui transportaient les touristes vers Dahab et Sharm el-Sheikh.

La situation est également grave au monastère lui-même. Fermé aux visites, il subit une forte baisse de ses revenus. Les moines seront bientôt incapables de payer les 400 collaborateurs du monastère, qui appartiennent à la population locale. Si les chrétiens coptes ont été attaqués en de nombreux endroits par les islamistes en Egypte, à Ste-Catherine, la population musulmane locale considère le site grec-orthodoxe comme faisant partie de son patrimoine, et veut le protéger. (apic/com/be)

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