Pour les évêques, «la propriété privée est un des droits de l’homme»

Vietnam : Un paysan exproprié ouvre le feu sur cinq fonctionnaires avant de se donner la mort

Hanoï, 16 septembre 2013 (Apic) Le 11 septembre 2013, un habitant de Thai Binh, au Vietnam, victime d’une récente expropriation de terrain, a pénétré à l’intérieur du siège du Comité populaire et a ouvert le feu sur cinq cadres du Centre pour le développement des terres, organisme chargé de l’indemnisation des personnes expropriées. L’un d’eux est mort, trois autres ont été blessés. L’homme s’est ensuite donné la mort en retournant son arme contre lui-même. C’est ce que rapporte le 16 septembre 2013 les Eglises d’Asie, l’agence d’information des missions étrangères de Paris (eda).

Selon le journal «Thanh Niên» du 12 septembre, l’auteur de cet acte désespéré n’avait aucun antécédent judiciaire. L’enquête policière n’a révélé aucune trace de produit stupéfiant dans son corps. Les divers témoignages rapportés indiquent que, depuis son expropriation, sa famille se trouvait dans une situation très précaire. La presse officielle se montre discrète sur les motivations de l’agresseur. Celui-ci, dit-elle, était en désaccord avec la somme proposée pour l’indemniser de la perte de ses terres.

La plupart des commentaires parus sur des tribunes plus indépendantes font de ce geste désespéré un signe de l’exaspération croissante de la population vietnamienne devant la multiplication des spoliations de terrains au profit de projets lucratifs pour l’administration.

Remanier le projet de loi

Dès le lendemain, le 12 septembre, l’affaire a fait l’objet de débats au sein du Comité permanent de l’Assemblée nationale. Le président de l’Assemblée, Nguyên Sinh Hung, a déclaré qu’il fallait d’urgence remanier le projet de loi sur les terrains, qui sera débattu à la prochaine session du Parlement. Celui-ci devra délimiter précisément le degré d’importance des projets donnant lieu à des expropriations, afin de diminuer ces dernières.

Des juristes ont aussi fait remarquer les imprécisions et contradictions de la loi actuelle en ce domaine. L’article de la Constitution faisant du peuple tout entier le propriétaire collectif de la terre et de l’Etat son représentant donne lieu à de multiples interprétations. Par ailleurs, cette même constitution ne prévoit d’expropriation que pour des motifs de défense nationale, de sécurité publique ou encore d’intérêt général. Or, le projet de loi sur les terrains ajoute un autre motif, très vague, à savoir «le développement économique et social».

Innombrables conflits

Bien que ce soit la première fois qu’un conflit entre les autorités et les personnes spoliées de leurs biens entraînent mort d’homme, l’affaire de Thai Binh n’est qu’un des innombrables conflits liés à des expropriations et des indemnisations non satisfaisantes. La presse a signalé des centaines de manifestations protestant contre des accaparements de terrain pour des projets dits d’urbanisation, mais souvent de caractère commercial.

Les évêques vietnamiens ont clairement énoncé, et cela à plusieurs reprises, leur point de vue sur le problème des expropriations des terres. En 2008, à l’occasion des conflits de l’archidiocèse de Hanoi avec l’Etat concernant les propriétés spoliées, la Conférence épiscopale avait mis en cause le statut légal de la terre dans le Vietnam d’aujourd’hui et rappelé que la propriété privée est un des droits de l’homme. (apic/eda/cw)

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