Le Père Ziad Hilal salue l’engagement du pape François pour la paix et la réconciliation
Lucerne/Homs, 17 septembre 2013 (Apic) Début septembre 2013, chrétiens et musulmans ont prié pour la paix et jeûné ensemble durant toute une semaine à Homs et dans d’autres villes de la Syrie afin que les Etats-Unis et leurs alliés français renoncent à bombarder leur pays. Témoignage du Père jésuite syrien Ziad Hilal, qui vit dans le quartier d’al-Adawya/al-Nouzha, à Homs, où il dirige le «Centre éducatif Saint-Sauveur» et de 10 autres centres du même genre dans la métropole syrienne et la campagne environnante.
«Ces frappes n’auraient en aucun cas contribué à la paix, mais elles auraient à coup sûr créé davantage de chaos et des vagues d’émigration massive vers les pays voisins…» Celui qui parle ainsi ne vit pas au chaud dans un pays étranger, mais bien au cœur du conflit, dans la ville martyr de Homs.
Le Père Ziad Hilal est de passage en Suisse jusqu’au 20 septembre avant de se rendre en Allemagne, à Francfort. Il y recevra le «Stephanus-Preis», un prix de la Fondation Stephanus pour les chrétiens persécutés, récompensant le travail pour la paix et la réconciliation des jésuites de Homs, la métropole économique et industrielle située au centre du pays, entre Damas et Alep. Les écoles qu’il a fondées accueillent quelque 2’400 enfants tant des communautés chrétiennes que musulmanes sunnites et alaouites.
«En fait, je devais me rendre à Francfort avec le Père Frans van der Lugt, mais le jésuite hollandais ne peut pas sortir du quartier de Bustan al-Diwan, dans la vieille ville de Homs encerclée par l’armée gouvernementale. Il vit dans la Résidence des Jésuites de Bustan al-Diwan avec 73 chrétiens et deux familles musulmanes, pris au piège depuis 15 mois. La petite communauté assiégée ne peut se mouvoir que sur un minuscule territoire, sur moins d’un kilomètre!». Ce sont les seuls chrétiens qui restent dans les quartiers d’al-Hamidiyeh et de Bustan al-Diwan, où vivaient auparavant des dizaines de milliers de fidèles qui ont abandonné les quartiers pris par la rébellion.
«Son dernier message, je l’ai reçu le 5 septembre dernier. Il se demande comment ils vont pouvoir faire face au manque de nourriture et craignent le froid qui va bientôt arriver. Ils ont jusqu’à maintenant trouvé de la nourriture dans les maisons abandonnées des alentours, mais dans un avenir proche, ils n’auront plus rien. Le Père van der Lugt dit également son admiration pour l’aide mutuelle que ces familles se prodiguent…»
A al-Adawya, le Père Ziad est à 900m à vol d’oiseau de son confrère, mais il n’a pu le rencontrer depuis qu’il est enfermé dans le quartier chrétien en ruines. Il relève que le Suisse Magne Barth, chef de la délégation en Syrie du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), est venu en personne sur place à deux reprises pour négocier avec les rebelles la sortie du quartier de ces civils, mais sans succès.
Dans le quartier où vit le Père Ziad, les populations chrétiennes et musulmanes entretiennent de bonnes relations. Son association, qui gère les centres d’accueil pour les enfants grâce notamment à l’aide du JRS (Jesuit Refugee Service), de «L’Œuvre d’Orient», de l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED), de la Mission pontificale au Liban (CNEWA), et de l’Association Franco-Syrienne ESpoir (AFSES), salarie 120 professeurs, chrétiens et musulmans.
Trois religieuses syriennes, de la congrégation des «Saints Cœurs de Jésus et de Marie», lui prêtent main-forte. «Tous partagent le même idéal d’éducation à la paix et à la réconciliation. Cela donne aussi du travail aux gens, frappés par le chômage».
Le jésuite de 40 ans a l’intention de poursuivre son œuvre au Liban, avec les réfugiés syriens à Saïda. Il va ouvrir un centre en collaboration avec ADIAN, une association dont les membres sont tant des chrétiens que des musulmans. Il cherche également des soutiens pour mettre sur pied trois centres pour accueillir des handicapés mentaux à Homs et dans sa région. «Personne, à part nous, ne s’en occupe. On a découvert cette réalité dans un quartier de Homs et dans deux villages environnants… Nous devons encore trouver des fonds!»
Si le quartier d’al-Adawya n’est pas au centre des combats, le 8 septembre dernier «des roquettes sont tombées à 15 m d’un des centres d’éducation et sur l’appartement de notre secrétaire, tout près de notre église du Saint-Sauveur. Elle y vivait avec son père et sa mère. Il a fallu creuser dans le mur pour les sortir des décombres. Elle avait perdu ses deux uniques frères en juin dernier, dans un attentat à la voiture piégée qui a fait neuf morts. Cinq chrétiens ont alors été fauchés: les deux frères de notre secrétaire, et deux femmes, des sœurs, qui passaient par là, ainsi que quatre musulmans». Les bombardements aveugles, d’où qu’ils viennent, n’épargnent personne. Le 26 août dernier, le Père Ziad lui-même a été endeuillé. Il a perdu un cousin, âgé de 35 ans, quand un obus venant des quartiers contrôlés par les rebelles est tombé à Bab Charki, un quartier chrétien du centre de Damas…
«Il y a une unité entre chrétiens et musulmans – même de la part de l’opposition qui vit dans le pays – pour dire non aux bombardements occidentaux. J’ai pu rencontrer le pape François et lui parler quelques minutes le 20 juin dernier à Rome, lors de la Réunion des œuvres d’assistance aux Eglises orientales (Roaco). Je lui ai parlé du Père Frans et de notre situation. Il a demandé: ‘Que puis-je faire pour vous ?’, et je lui ai répondu: ‘Nous avons besoin de votre prière!’ A ce moment-là, sur place, les gens avaient peur des bombardements, c’était la panique. Ils faisaient des réserves de vivres, d’eau, de médicaments, cherchaient où se cacher…»
Le geste du Saint-Père, qui a organisé sur la place St-Pierre le 7 septembre dernier une veillée de prière pour la paix en Syrie, qui a eu des répercussions dans le monde entier, a été pour les chrétiens de Syrie un immense signe d’espérance. A cette occasion, le pape François a répété avec force que la violence et la guerre n’étaient «jamais la voie de la paix» mais une «défaite pour l’humanité».
«Le pape nous a redonné espoir. Il a ouvert un chemin dans la jungle de la violence, surtout pour les familles chrétiennes qui se demandaient toujours ce que faisait l’Eglise pour nous, les chrétiens de la Syrie. Cela a été pour nous une nouvelle Pentecôte, et l’on a entendu partout en Syrie les cloches des églises sonner le matin, à midi et le soir. Chrétiens et musulmans ont jeûné ensemble et prié pour la paix, et cette solidarité donne une belle image de l’esprit du peuple syrien, qui veut la paix et est fatigué de ces combats fratricides». (apic/be)
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