Elles spéculent sur les denrées alimentaires et aggravent ainsi la faim dans le monde
Lausanne, 17 septembre 2013 (Apic) Les œuvres d’entraide protestante « Pain pour le prochain » (PPP) et catholique « Action de Carême » (AdC) interpellent les banques suisses, accusées de spéculer sur les denrées alimentaires et d’aggraver ainsi la faim dans le monde. Elles qualifient de « commerce immoral » la spéculation exercée par les banques sur les aliments, estimée à 3,6 milliards de francs.
Dans un communiqué publié le 17 septembre, les deux ONG suisses affirme que leurs produits financiers portant sur le blé, le maïs, le sucre et d’autres denrées alimentaires exacerbent les variations de prix sur les marchés. « Cette spéculation sur le pain quotidien entraîne la faim pour les populations les plus pauvres des pays du Sud », affirment PPP et AdC.
Les œuvres d’entraide relèvent que les banques suisses participent très activement au commerce lucratif de la spéculation sur les aliments: « Elles proposent des produits pour un volume de 3,6 milliards de francs. Ce chiffre a été recueilli pour la première fois par Pain pour le prochain et Action de Carême ainsi qu’Alliance Sud. Les organisations exhortent les banques – et plus particulièrement le Crédit Suisse (CS) – à se retirer de ce commerce immoral ». Avec un volume de 2,4 milliards de francs, cette grande banque est de loin le premier prestataire suisse de fonds portant sur des denrées alimentaires, notent les ONG.
Lorsque les banques centrales des pays industrialisés ont commencé à baisser les taux d’intérêt en vue de lutter contre la crise financière, le secteur des finances s’est tourné vers de nouvelles possibilités de placement rentables dans le monde entier, notamment les fonds liés aux matières premières et aux aliments de base. « Or, les spéculateurs ne cherchent pas à acquérir du blé, du maïs ou d’autres denrées alimentaires mais se contentent de spéculer sur l’évolution des prix. La soif de toujours plus de rendement est toutefois lourde de conséquences: elle entraîne d’importantes fluctuations de prix sur les bourses des matières premières et l’aggravation de la faim dans de nombreuses parties du monde ».
« Bon nombre d’études sérieuses révèlent qu’une augmentation notable des prix en bourse entraîne aussi une hausse des prix des aliments dans les magasins », explique Miges Baumann, responsable de la politique de développement chez PPP. « La spéculation peut avoir des incidences graves pour les populations défavorisées du Sud, qui ne sont généralement plus en mesure d’acheter les aliments dont le prix est monté en flèche ».
Les personnes qui dépensent jusqu’à 90% de leurs revenus pour les repas quotidiens peuvent voir leur survie menacée lors de nouvelles augmentations des prix. Par comparaison, un ménage suisse consacre en moyenne un peu moins de 7% de son revenu mensuel aux denrées alimentaires.
PPP et AdC s’opposent à ces activités de spéculation aux conséquences fatales. « Il existe un droit à l’alimentation, mais pas de droit aux bénéfices », constate Susann Schüepp, responsable du département « Politique de développement et recherches » chez AdC. « Nous exhortons les banques à se retirer de ce commerce immoral autour des denrées alimentaires. Elles ont ainsi la possibilité de montrer clairement qu’elles attachent de l’importance au bien-être humain. Cela aurait également des effets positifs sur la réputation des banques individuelles et de la Suisse en tant que place financière ».
Comme le révèlent les travaux de recherche des deux organisations, les banques suisses sont très fortement impliquées dans le « commerce immoral des aliments ». Fin juin 2013, sept banques proposaient des produits financiers accessibles au public avec des placements sur les aliments pour une valeur de 3,6 milliards de francs. Le montant devrait même être plus important car de nombreux produits d’investissement sont réservés à la clientèle privée des banques.
Le Groupe CS est de loin le plus grand prestataire de tels produits financiers parmi les banques suisses. Le volume de ses produits financiers portant sur le blé, le maïs et d’autres aliments s’élevait au milieu de l’année 2013 à 2,4 milliards de francs. C’est la raison pour laquelle AdC et PPP insistent pour que le Crédit Suisse en particulier mette un terme à la spéculation sur les aliments. Dans le cadre d’une action en ligne, les organisations invitent les consommateurs à participer à l’action de protestation et à écrire un courriel à Brady Dougan, le patron de Crédit Suisse. Or, il s’agit également de s’adresser à d’autres banques et caisses de pension, « l’objectif étant d’éviter que les fonds d’épargne ou nos avoirs de prévoyance n’aggravent la faim dans le monde ». Pour participer à l’action « Stop food speculation! », un seul click sur un clip explosif: www.stopp-spekulation.ch. (apic/com/be)
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