La ville avait été transformée en une sorte d’Etat islamique
Delga/Minya, 17 septembre 2013 (Apic) Delga, localité de la province de Minya, en Haute-Egypte, aux mains des islamistes depuis le 14 août 2013, a été reprise le 16 septembre par l’armée égyptienne. Les partisans du président destitué Mohamed Morsi l’avaient transformée en une sorte d’Etat parallèle où les chrétiens devaient payer la «jizya», l’impôt de «protection» auquel les adeptes du Coran assujettissaient les non-musulmans. Les émeutiers avaient incendié plusieurs églises, accusant les coptes d’être complices de la destitution du président islamiste.
Les maîtres de la ville exigeaient des coptes qu’ils paient une taxe d’un montant de 22 Euros par jour, cet «impôt de compensation» leur étant demandé pour être «protégés» par la oumma islamique, la communauté musulmane.
L’agence de presse officielle égyptienne Mena rapporte que l’armée est intervenue dès l’aube à l’aide de véhicules blindés et d’hélicoptères. Les soldats ont fouillé les maisons, récolté une grande quantité d’armes et arrêté au moins 56 personnes. Sur les 120’000 habitants de Delga, quelque 20’000 font partie de la minorité chrétienne. Les coptes vivaient en état de siège après que les islamistes armés aient imposé un régime de terreur, incendiant trois églises et des dizaines d’habitations appartenant à des chrétiens. Deux coptes avaient été tués.
Selon le site internet «ahramonline», le Conseil national des droits de l’homme (CNDH) a condamné les attaques sectaires visant les chrétiens coptes dans le gouvernorat de Minya. Le CNDH a déclaré le 16 août que ces attaques prouvaient que les chrétiens ont été visés de façon intentionnelle en raison de leur croyance religieuse, et que des églises, des centres religieux et des propriétés appartenant à des chrétiens ont été incendiés ou démolis.
Le Conseil des droits de l’homme dénonce également le fait que les islamistes les ont forcé à payer la «jizya», les ont volés et ont provoqué des déplacements forcés.
Le Conseil des droits de l’homme estime que ces attaques représentent un grand danger pour la question des droits de l’homme en Egypte et remettent en question «la capacité de la nation à remplir son rôle de protection des droits, de la sécurité et de la liberté de son peuple». L’Union des jeunes de Maspero, un rassemblement de militants coptes, affirme que 17 églises ont été attaquées rien qu’à Minya.
Par ailleurs, le «Comité des 50», qui a entamé les travaux de révision de la Constitution suspendue par l’armée lors de la destitution du président islamiste Mohamed Morsi, pourrait réexaminer le passage qui limite pour l’instant la liberté de religion aux adeptes de l’islam du christianisme et du judaïsme.
Mohamed Salmawy, porte-parole du Comité, a estimé lors d’une conférence de presse au Caire le 16 septembre 2013 qu'»il est très important que la nouvelle Constitution de l’Egypte soit amendée afin de garantir le droit d’exercer librement leur culte aux adeptes des différentes religions mondiales». Le pape copte orthodoxe Tawadros II souhaite également que les termes «chrétiens et juifs égyptiens» présents dans le projet soient remplacés par «non-musulmans». L’Article 3 de la Constitution stipule que «Pour les chrétiens et les juifs égyptiens, les principes de leurs lois religieuses sont la source principale de la législation dans les questions personnelles et religieuses, ainsi que dans le choix de leurs chefs spirituels». Les critiques de la Constitution de 2012 estiment que son Article 3 laisse la porte ouverte à la discrimination contre d’autres minorités, comme les chiites et les bahai’s. (apic/misna/alahram/be)
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