Cinq nouveaux pays africains ont fait leur entrée dans l’Index mondial de persécution des chrétiens
Lausanne, 19 septembre 2013 (Apic) L’islam radical a fortement progressé en Afrique en 2012. Une progression qui s’est traduite par des menaces, voire des violences, envers les communautés chrétiennes locales. Invités par l’ONG protestante Portes Ouvertes dans ses locaux à Romanel-sur-Lausanne, Illia Djadi, journaliste d’origine nigérienne, et Bouya Moussa, pasteur d’une église évangélique de Tombouctou, au Mali, ont souhaité sensibiliser l’opinion suisse à cette réalité à l’occasion d’une conférence de presse, le 19 septembre 2013.
En 2013, cinq nouveaux pays d’Afrique ont fait leur entrée dans l’Index mondial de persécution que produit depuis 1993 Portes Ouvertes, un organisme d’entraide au service des chrétiens persécutés dans le monde basé en Hollande. Il s’agit du Niger, du Mali, de la Tanzanie, du Kenya et de l’Ouganda.
Au Niger, pays à très haut pourcentage de musulmans (plus de 98%), l’islam pratiqué favorisait jusqu’en 1990 une cohabitation pacifique entre les communautés religieuses. A partir de cette date, cette laïcité a été mise à mal par l’émergence de la démocratie qui a favorisé la naissance de dizaines d’associations islamiques de type intégriste. Le principal danger de tels mouvements, selon Portes Ouvertes, réside dans leurs efforts à restreindre la liberté d’action des religions minoritaires, comme le christianisme.
« Les leaders de ces associations, formés dans les universités d’Egypte, d’Arabie Saoudite et d’Iran, disposent de moyens financiers considérables », explique Illia Djadi, journaliste d’origine nigérienne travaillant à la BBC à Londres.
Le Mali a fait une entrée fracassante dans l’Index mondial de persécution des chrétiens. « Il s’est placé directement à la 7e place », note Eric Lecomte, directeur de Portes Ouvertes. L’islam radical y est devenu une menace réelle dès 2011, après la chute du colonel Kadhafi. « Les islamistes du sud de la Libye qui ont échappé aux bombardements de l’OTAN se sont déplacés au Mali », fait remarquer Illia Djadi. Le conflit avec l’armée malienne éclate en janvier 2012.
« Les milices islamistes considéraient Tombouctou comme une ville sainte de l’islam. Ils voulaient montrer que nous n’étions pas des êtres humains et voulaient nous punir comme des animaux », raconte Bouya Moussa, pasteur d’une église évangélique à Tombouctou. « La communauté chrétienne a subi de très graves persécutions. Dès 2012, j’ai commencé à organiser la fuite des membres de mon église, victimes d’une véritable chasse à l’homme, et je les ai convaincus de partir vers le sud ». Menacé lui aussi, le pasteur n’a échappé à la mort que par une fuite rocambolesque à moto.
C’est l’intervention militaire française au début de l’année 2013 qui a permis la libération des principales villes maliennes et du nord du pays. « Les extrémistes se sont dispersés dans la population ou sont retournés dans le sud de la Libye via le Sahara », poursuit Illia Djadi, ajoutant: « Ce sont des cellules très mobiles qui empruntent des couloirs de passage dans le Sahara. C’est une zone de prédilection, car non contrôlable ».
La Tanzanie, pays à majorité chrétienne, avec une très importante population musulmane, connaît un fort courant intégriste visant à islamiser la totalité du pays. Les hostilités envers les chrétiens se répandent depuis l’archipel de Zanzibar. Des dizaines d’églises ont été pillées et brûlées en 2012. « Dans 22 familles chrétiennes, le mari a été a été forcé de fuir pour avoir la vie sauve et la femme a été remariée de force avec un musulman », détaille Raymond Favre, responsable des relations publiques pour la Suisse romande de Portes Ouvertes.
Au Kenya, pays à majorité chrétienne (83%), la violence visant des chrétiens ou des églises est en grande partie due aux milices Shebabs également présentes en Somalie. En 2012, 22 chrétiens ont été tués dans différents incidents, selon Portes Ouvertes. Plus de dix églises ont été la cible d’attentats, incendiées, pillées et finalement détruites.
Dans le processus de rédaction de la nouvelle Constitution, dont le principe a été approuvé en 2012, les dirigeants musulmans ont mis le gouvernement kenyan sous pression pour obtenir la reconnaissance de l’islam.Une de leurs principales revendications est le droit de constituer des tribunaux de la charia dans tous les comtés.
L’Ouganda, pays composé à 12% de musulmans et à 85% de chrétiens, a fait son retour dans l’Index mondial de persécution. On dénombre peu d’actes violents en 2012, mais les dirigeants musulmans ont réussi à imposer dans la Constitution des tribunaux de la charia, et luttent maintenant pour la réalisation pratique de ces tribunaux. « En outre, les associations musulmanes radicales intéressent de plus en plus les jeunes, même en dehors de la communauté musulmane », relève Raymond Favre, qui prédit de graves conséquences pour le pays dans cinq à dix ans.(apic/cw)
Journées de Portes Ouvertes
« Poussées islamistes en Afrique » est le thème de la journée annuelle de Portes Ouvertes, qui aura lieu le samedi 21 septembre 2013 à la Marive à Yverdon.
Bouya Moussa, du mali, Désiré Dipama de Libye et Illia Djadi du Niger, seront les invités. Le soir, un concert pour l’Afrique, conduit par Rolf Schneider, sera proposé.
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