Tessin: Le «oui» à l’interdiction du voile intégral a suscité des réactions contrastées
Bellinzone, 23 septembre 2013 (Apic) Le «oui» à 65,3% des Tessinois à l’initiative interdisant le voile intégral dans l’espace public, le 22 septembre 2013, a suscité des réactions contrastées. Si les partisans ne cachent pas leur joie, des voix se sont élevées dans les médias contre le résultat de ce vote historique: Martine Brunschwig Graf a dénoncé l’hypocrisie de ce dossier et le silence des autorités tessinoises, tandis qu’Amnesty International parle de la «création artificielle d’un problème».
La présidente de la Commission fédérale contre le racisme, la libérale-radicale Martine Brunschwig Graf, a réagi vivement sur l’antenne de la RTS le soir du 22 septembre: «Ce qui m’a choquée, ce sont les intentions des initiants. On a fait campagne contre les musulmans», déclare la Genevoise, qui dénonce l’hypocrisie de ce dossier et le silence des autorités cantonales tessinoises. «Ce sont les 300’000 musulmans de Suisse que l’on essaie de montrer du doigt. C’est inquiétant».
Même son de cloche du côté d’Amnesty International. «C’est un triste jour pour les droits humains au Tessin», déclare Manon Schick, la directrice générale de la section suisse, dans la «Tribune de Genève» du 23 septembre. «La peur et la création artificielle d’un problème qui n’en est pas un l’ont emporté sur la raison et le respect, au détriment des droits fondamentaux de toute la population». «Ce vote affligeant stigmatise les femmes musulmanes», renchérit la socialiste genevoise Maria Bernasconi.
Du côté des partisans, Giorgio Ghiringhelli, à l’origine de l’initiative, ne cache pas sa joie. «C’est faux de dire que nous faisons du populisme. Les politiciens doivent avoir le courage d’admettre qu’il y a un problème avec l’islam et avec l’islamisme», affirme-t-il dans le quotidien genevois. Car si le texte n’y fait qu’implicitement mention, les initiants n’ont jamais caché leur intention: c’est bien le voile musulman qui est visé. Le canton emboîte le pas de la France et de la Belgique, quand bien même seules quelques touristes du Golfe se promènent voilées durant l’été.
L’ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi s’est dit prêt à porter la première amende qui sera infligée à une femme en burqa «jusqu’au Tribunal fédéral s’il le faut». Pas sûr que le cas se présente concrètement. Les autorités tessinoises n’ont aucune intention de faire du zèle dans l’ap-plication. «C’est surtout une initiative préventive», minimise le conseiller d’Etat Norman Gobbi (Lega).
Dimanche en commentant les résultats des votations fédérales devant les médias à Berne, le président de la Confédération ne s’est pas montré vraiment surpris par l’issue du scrutin tessinois. «Le résultat montre un certain malaise de la population, comme celui perçu lors de la votation pour l’interdiction des minarets», a déclaré Ueli Maurer.
Pour le Conseil fédéral, la question «de forcer l’intégration des étrangers, de concert avec les cantons, se pose pour éviter de tels ressentiments», a jugé M. Maurer. «Le Tessin doit désormais créer une loi d’application pour l’interdiction du voile», a-t-il conclu.
S’il ne concerne que le canton du Tessin, l’objet fait déjà débat au plan national. L’Assemblée fédérale aura du reste à s’en saisir puisqu’elle devra donner, ou pas, la garantie fédérale à la modification de la Constitution tessinoise.(apic/tdg/rts/cw)
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