Fribourg: Le journaliste Ignacio Ramonet invité pour les 15 ans d’ATTAC Fribourg
Fribourg, 26 septembre 2013 (Apic) Le journaliste Ignacio Ramonet, actuel directeur de l’édition espagnole du ‘Monde diplomatique’, était le 25 septembre 2013 l’invité d’ATTAC-Fribourg, pour marquer le 15e anniversaire du mouvement. Devant un parterre d’une petite centaine d’auditeurs à l’Université de Fribourg, le président d’honneru d’ATTAC a répété son credo anti-libéral. Sans souhaiter pour autant l’implosion du système qui toucherait d’abord les plus pauvres.
L’économie n’est pas une chose si compliquée qu’il faille la laisser aux seuls ‘spécialistes’. Les citoyens ont le droit et le devoir de s’y intéresser. La conviction du journaliste d’origine espagnole n’a pas changé depuis le lancement d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) en décembre 1997. Même si, reconnaît-il, ATTAC s’est un peu délité ces dernières années pour devenir d’avantage une organisation académique qu’un mouvement social, les intuitions d’alors se sont, malheureusement, presque toutes vérifiées.
«J’avais proposé un peu en l’air l’idée et le nom d’ATTAC dans un édito du ‘Monde diplomatique’ en décembre 1997, au plus fort du triomphe de l’économie néo-libérale», rappelle Ignacio Ramonet. «Nous avons reçu tellement de courrier de personnes, mais surtout d’organisations et d’institutions, qu’au moment où mon bureau était presque totalement envahi par les caisses de lettres, nous sommes dit qu’il fallait organiser le mouvement.» D’où la création d’ATTAC ensuite à l’origine du premier Forum Social Mondial de Porto Alegre, au Brésil. De ce mouvement sont issues des personnalités comme les présidents Evo Morales en Bolivie, Raphaël Correa, en Equateur ou Fernando Lugo au Paraguay.
L’idée de base d’ATTAC était de riposter à la toute puissance de l’industrie de la finance par l’introduction d’une taxe sur les transactions financières, afin de freiner la spéculation sur les marchés. Le nom de taxe Tobin se réfère à l’économiste américain James Tobin, un prix Nobel qui fut dans les années 1960 conseiller du président Kennedy. Il s’agissait de refonder une économie au service de la société et non pas au profit exclusif de quelques spéculateurs.
La crise bancaire de 2008 a montré combien l’avertissement d’ATTAC était juste, rappelle Ignacio Ramonet. «La nécessité de réguler l’activité des banques est reconnue, mais rien n’a été fait ! Aujourd’hui comme hier, ce qui s’achète et se vend le plus sur notre planète, c’est l’argent. Pour une production de richesse planétaire annuelle de 45’000 milliards de dollars, le volume total des capitaux en circulation est de 3,5 millions de milliards de dollars, soit 77 fois plus. Il n’y a donc plus de comparaison entre l’économie réelle et l’économie financière.»
La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui, depuis les années 1950, s’est imposée dans pratiquement tous les pays du monde, ne touche que l’économie réelle. Pourquoi les Etats ne seraient-ils pas légitimés à prélever une TVA sur les transactions financières ? s’interroge Ignacio Ramonet. A l’inverse, pour sauver les banques de la faillite, il a fallu l’intervention massive des Etats, comme les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Irlande ou l’Islande, selon le principe «privatiser les profits, nationaliser les pertes».
Pour Ignacio Ramonet, la crise économique n’est pas terminée. Le frémissement actuel constaté en Europe n’est dû qu’aux interventions de l’Etat pour soutenir l’économie et l’emploi. La crise s’étend de plus en plus au monde politique et la monté des extrémismes de droite n’est pas faite pour nous rassurer, conclut-il. (apic/mp)
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