La science, incompatible avec l’humilité et l’ascétisme monastique ?
Moscou, 30 septembre 2013 (Apic) Le métropolite Hilarion de Volokolamsk estime que la majorité des moines russes ont une attitude de rejet à l’égard de la science et du savoir. Le président du Département des relations ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou (DREE) déplore que l’Eglise orthodoxe russe n’ait pas de «monastères savants» où des moines se consacreraient à la recherche.
Il y a toujours une méfiance à l’égard de la science, de l’instruction et de l’étude dans le milieu monacal, cela malgré les efforts de la hiérarchie en vue d’améliorer le niveau d’instruction des moines et des moniales, regrette-t-il.
Ces préjugés se fondent sur l’idée reçue selon laquelle les connaissances ne seraient pas utiles au salut et que la science serait incompatible avec l’humilité et l’ascétisme monastique. «Or, l’histoire des monastères qui ont œuvré pour la diffusion des savoirs et la recherche montre tout le contraire: Saint Ignace (Briantchinov), grand ascète, assidu dans la prière, conseillait à l’archevêque Léonide (Krasnopevkov) d’apprendre le grec et d’étudier l’histoire de l’Eglise ainsi que d’autres matières. Saint Ignace précisait – ne délaissez pas les sciences laïques, elles parachèvent les connaissances spirituelles!»
«Nous faisons tout notre possible pour reconstruire les monastères, oubliant ce faisant la nécessité de reconstituer la tradition monacale. Cela entend non seulement le devoir d’obéissance, mais aussi la recherche scientifique et la diffusion du savoir. Il nous faut des moines doctes et instruits; pour que cela se fasse, il nous faut des ‘monastères savants’. Les frères et les sœurs pourraient y étudier et disposer du temps indispensable pour lire et pour rédiger, pour s’adonner à la théologie. Des conditions propices doivent être mises en place pour ces moines et moniales instruits afin qu’ils puissent s’épanouir spirituellement».
Le Père Ioann Kopeïkin, secrétaire de la Commission pour l’échange des étudiants du Patriarcat de Moscou, affirme lui aussi, sur le site internet www.egliserusse.eu, que l’Eglise a besoin de ministres bien formés et de jeunes gens bien instruits. Le hiéromoine salue les relations avec les Universités de Fribourg, de France et d’Oxford, les perspectives pour les séminaristes étudiant à l’étranger ainsi que l’accueil des étudiants étrangers en Russie. Au cours des dernières années, grâce à l’engagement du patriarche Cyrille, relève-t-il, l’Eglise devient de plus en plus présente dans la société: dans la culture, l’enseignement, la science, les débats publiques, les médias.
«Cela favorise le développement des institutions de l’Eglise à tous les niveaux, ce qui nécessite une quantité importante de spécialistes. Une bonne formation, une vision élargie du monde, une érudition, la maîtrise de langues étrangères, la connaissance de l’évolution de la société et de la culture s’imposent comme qualités indispensables aux jeunes gens désirant servir l’Eglise. Le patriarche Cyrille souhaite relever le niveau de la nouvelle génération des prêtres et des laïcs qui servent l’Eglise!»
Le Père Ioann Kopeïkin salue la collaboration avec les «collègues et les amis de longue date de l’Eglise orthodoxe russe». Depuis de longues années, ajoute-t-il, «nous avons de bonnes relations avec le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens ainsi qu’avec l’Université de Fribourg, en Suisse, dont le métropolite Hilarion est professeur. L’administration de l’Université, en la personne du Père Guido Vergauwen, son recteur, montre un intérêt authentique à l’héritage théologique russe et accueille chaque année plusieurs de nos étudiants pour des programmes de master et de doctorat. C’était la première université qui a signé une convention avec l’Ecole doctorale du Patriarcat, ce qui permet à ses étudiants d’étudier dans les deux établissements en même temps en suivant un programme commun».
Grâce au Séminaire orthodoxe russe en France, l’Eglise russe a également pu mettre en place la formation de ses étudiants dans les universités parisiennes. Le Patriarcat de Moscou veut également reprendre ses relations avec l’Université d’Oxford, qui étaient étroites avant le départ à la retraite du métropolite Kallistos (Ware), et les développer avec d’autres universités britanniques, et avec les écoles théologiques d’Irlande. Grâce au soutien de l’archevêque Diarmuid Martin, primat de l’Eglise catholique d’Irlande, chaque année un certain nombre d’étudiants de l’Eglise orthodoxe russe peuvent y suivre un enseignement intensif de l’anglais.
A moyen terme, en Irlande, poursuit le Père Ioann Kopeïkin, «nous avons le désir de former nos étudiants dans des programmes de long terme». Le Patriarcat de Moscou développe également des relations avec les Facultés de théologie d’autres Eglises orthodoxes locales: en Grèce, en Pologne, en Serbie et en Roumanie. «Tout d’abord, la qualité de l’enseignement des Facultés théologiques dans ces universités s’améliore. Deuxièmement, les étudiants se trouvent dans un milieu orthodoxe et, en même temps, obtiennent un diplôme européen. Enfin, cela permet de maintenir et de renforcer les bonnes relations avec ces Eglises orthodoxes». (apic/com/be)
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