Villars-sur-Glâne: François d’Assise à la rescousse du couvent des cordeliers
Villars-sur-Glâne, 4 octobre 2013 (Apic) «Va François, et répare mon église». La célèbre phrase résonne avec une symbolique particulière dans un théâtre Nuithonie entièrement acquis, en cette soirée du 3 octobre 2013, à la cause de la rénovation du couvent des cordeliers de Fribourg.
La soirée de soutien présentait la pièce de théâtre «François d’Assise», jouée et dirigée par Robert Bouvier sur un texte de Joseph Delteil. En cette date anniversaire de la mort du fondateur de l’ordre franciscain, dont les cordeliers sont une branche, le spectacle sobre mais intense est venu rappeler l’actualité et la pertinence du message «françoisier» de simplicité et d’attention aux plus faibles.
L'»aube» se lève progressivement sur une scène «minérale», recouverte d’une terre ocre, ceinte d’un petit muret et de plaques verticales de béton. Au centre, un homme est assis en silence sur un petit monolithe. Prenant le relais de la douce musique qui remplit l’atmosphère, l’homme commence à discourir sur les circonstances et le sens de sa présence sur terre. Il se demande «quel imbroglio de spermatozoïdes depuis la préhistoire» l’a amené à l’existence.
Les grandes envolées du personnage renvoient au lyrisme quelque peu suranné de Paul Claudel. Les pointes récurrentes de modernité qui saillent du texte donnent cependant à la pièce toute sa contemporanéité. L’œuvre de Joseph Delteil, écrite en 1960, développe en effet des thèmes cruciaux pour l’humanité de ce début de XXIe siècle. La pièce présentée par la «Compagnie du Passage» met en particulier en exergue la relation de l’homme avec la nature, son attitude face à la guerre, à la maladie, sa façon de concevoir la force et la faiblesse.
Joseph Delteil disait à propos de son œuvre: «Nous vivons une époque cruciale de l’Histoire, c’est un véritable match entre l’histoire et la nature. D’un côté une redoutable accélération industrielle, une montée en flèche de la civilisation atomique et de l’autre une fragile levée de sève ça et là dans le vaste monde, un appétit soudain de grand air, de soleil…François est de notre époque, il porte notre étendard. Ce qu’il rejette, en rejetant les grosses bâtisses de son temps, c’est les gratte-ciel d’aujourd’hui». Le François incarné par Robert Bouvier est en effet un grand révolté, un exalté, un «Italien», comme l’expliquera l’acteur à la fin de la pièce. Ce trait de caractère ne l’empêche pas de prêter une attention sans bornes aux plus petits et «insignifiants» éléments de l’univers. Dans la pièce, François souligne que même les minuscules fourmis ont leur place et leur sens dans la création, que par leur extrême fragilité, elles rappellent à l’homme son statut de mortel.
Au cours de la discussion qui a suivi la pièce, le parallèle entre le saint d’Assise et le pape François a bien sûr été évoqué. Les participants, Guido Vergauwen, recteur de l’Université de Fribourg, le Père Vincent Cosatti du Couvent des Cordeliers, Robert Bouvier et Francis Python, professeur émérite d’histoire à l’Université de Fribourg, sont tous tombés d’accord sur le fait que l’engagement de l’actuel pontife à la simplicité, à l’attention pour les pauvres et à la sauvegarde de la création redonnait un souffle à l’esprit franciscain.
Le dépouillement, à la fois matériel et spirituel, est en effet un des grands thèmes de la pièce. A cet effet, l’acteur Robert Bouvier n’hésite pas à se mettre intégralement à nu. Une façon très franciscaine de «se mettre en danger» a noté un religieux du Couvent des Cordeliers lors de la discussion. Mais dans la pièce, l’esprit de dépouillement va de pair avec une «frénésie» de rénovation, de la part de François, des églises laissées à l’abandon, notamment celle de St-Damien. Un élément qui entre également en résonance non seulement avec l’action actuelle du pape visant à restaurer l’Eglise temporelle et spirituelle, mais aussi avec les efforts de rénovation du Couvent des Cordeliers.
A l’heure où l’euthanasie, l’avortement et le libéralisme économique font des ravages parmi les «faibles» de la société, l’esprit conjugué de l’ancien et du nouveau François joue certainement un rôle particulier. Ainsi, selon les mots d’Anne Maillard-Magnin, du comité de l’Association des Amis des Cordeliers, organisatrice de la soirée de soutien, il est certainement utile de «permettre à Fribourg d’entendre résonner encore pour longtemps le message de paix et d’ouverture des franciscains».
Une rénovation de l’ensemble du bâtiment conventuel est prévue, indique le site internet des cordeliers de Fribourg. Les travaux se déroulent en quatre étapes, entre 2013 et 2016. Il en résultera cinq zones d’utilisation clairement définies: le couvent, la bibliothèque, les bureaux, les appartements pour étudiants et les jardins.
Le coût des travaux est devisé à 19 millions de francs. Outre les dons, les cordeliers comptent notamment sur des subventions de la Confédération et du canton, le soutien de la Loterie Romande, les fonds propres de l’ordre, les capitaux de tiers et les hypothèques, pour réunir le financement nécessaire.
Le couvent des Cordeliers «Sainte Croix», à Fribourg, est le plus ancien couvent de la famille franciscaine encore actif en Suisse. Il a été fondé en 1256, cent ans après la ville de Fribourg et seulement 30 ans après la mort de saint François d’Assise.
La première église conventuelle est en grande partie terminée dès 1275.
La bibliothèque du couvent abrite 18 très anciens codices manuscrits du supérieur Friedrich Von Amberg qui, à partir de 1393, est l’un des premiers gardiens (supérieurs) à avoir marqué l’histoire de la communauté. Des nombreuses œuvres d’art importantes du XVe et XVI siècles y sont également conservées.
Un rôle important dans l’enseignement
Le Couvent connaît un rayonnement exceptionnel de 1404 jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. L’église accueille l’assemblée des Bourgeois, et durant tout le bas Moyen Age, les invités de haut rang sont hébergés dans les chambres du couvent.
De 1712 à 1725, le couvent fut reconstruit en style baroque par Frère Eusebius Moosbrugger. Les travaux de rénovations prévus correspondent au 300e anniversaire de ces transformations.
Durant la période troublée qui suivit la Révolution française, le Père Grégoire Girard (1785-1850), bourgeois de la ville et supérieur du couvent, développa à Fribourg une école primaire basée sur le principe de l’enseignement mutuel. Il est considéré aujourd’hui, avec Johann Heinrich Pestalozzi, comme le plus important pédagogue de Suisse.
Durant le XIXe et XXe siècle, l’enseignement et l’éducation de la jeunesse ont constitué une part importante de la mission des cordeliers à Fribourg. De 1890 à 1975, ils étaient chargés d’enseigner au Collège St-Michel.
Depuis sa première création en 2003, la «Compagnie du Passage», basée à Neuchâtel, alterne de grandes productions avec des pièces plus intimistes en variant les formes artistiques. Aux mises en scène de Robert Bouvier s’ajoutent celles d’artistes invités tels Anne-Cécile Moser, Charles Tordjman et Marion Bierry.
En dix ans, la compagnie de théâtre a donné plus de mille représentations de ses quatorze spectacles dans une centaine de lieux, en Suisse, mais également à Paris, Moscou, Bruxelles ou encore Montréal.
Joseph Delteil
Joseph Delteil est un écrivain et poète français né en 1894 à Villar-en-Val dans l’Aude. Il entre dans le monde littéraire avec deux recueils poétiques, «Le Coeur grec» (1919) et «Le Cygne androgyne» (1921). Ses racines paysannes et occitanes en font un personnage à part à Paris où il s’installe en 1920.
Son oeuvre qui compte une quarantaine de livres lui octroie une place originale et anticonformiste dans la littérature française contemporaine, tant par sa façon de ranimer de grandes figures historiques que par son écriture qui mêle lyrisme épique, réalisme et fantaisie. Il meurt en 1978 dans le sud de la France. (apic/rz)
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