San Salvador: Fermeture abrupte de la « Tutela Legal » fondée par Mgr Oscar Romero
San Salvador, 9 octobre 2013 (Apic) Parce qu’il n’aurait « plus de raison d’être », le bureau de la « Tutela Legal » (OTLA), un organisme de défense des droits humains de l’archevêché de San Salvador, a été abruptement fermé le 30 septembre 2013 « par décret ecclésiastique ». A leur arrivée sur leur lieu de travail, les employés, accueillis par des gardes armés, ont trouvé les serrures de leurs bureaux changées.
Fondée par l’archevêque de San Salvador Mgr Oscar Romero en 1977 – d’abord sous le nom de « Socorro Juridico » -, l’OTLA avait notamment offert une précieuse aide juridique aux victimes de la dictature militaire et de la guerre civile, qui a fait rage dans le pays pendant 12 ans et a coûté la vie à des dizaines de milliers de civils
Dimanche 6 octobre, des centaines de personnes ont manifesté contre cette fermeture inattendue devant la cathédrale métropolitaine de San Salvador. Elles ont entouré la cathédrale, où est enterré Mgr Romero, en se donnant la main. Mardi 8 octobre, des survivants du massacre du Rio Sumpul, au cours duquel plusieurs centaines de civils, dont nombre de femmes et d’enfants, ont été mis à mort par des forces gouvernementales et des paramilitaires, ont réclamé la restitution des archives de la « Tutela Legal » les concernant.
Les manifestants estiment que la fermeture de l’OTLA met en danger la poursuite de l’enquête, car les archives contiennent les noms de plus de 300 victimes ainsi que l’identité des assassins. La « Tutela Legal » dispose également de documents sur le massacre de près d’un millier de civils à El Mozote, dans le département de Morazan, commis en décembre 1981 par le bataillon d’élite Atlacatl, entraîné par les Etats-Unis. C’est ce bataillon qui assassinait froidement, le 16 novembre 1989, six Pères jésuites ainsi que leur cuisinière et sa fille, à l’intérieur de l’UCA, l’Université catholique centroaméricaine « José Siméon Canas », à San Salvador.
La fermeture de la « Tutela Legal » arrive à un moment où la Cour Suprême de Justice (CSJ) du Salvador débat de la constitutionalité de la Loi d’Amnistie de 1993, qui garantit l’impunité et protège les responsables de milliers de disparitions forcées et d’homicides perpétrés durant le conflit armé. Cette Loi d’Amnistie protège également les assassins de Mgr Romero, abattu le 24 mars 1980 alors qu’il célébrait la messe dans la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence, dans la capitale salvadorienne.
Cette décision arrive également au moment où le Bureau du Procureur général a décidé d’enquêter sur les violations des droits humains durant la guerre civile, avec la possibilité d’entreprendre des actions pénales contre les responsables de crimes. L’accès à des archives comme celles de la « Tutela Legal » sont fondamentales pour documenter les affaires qui se sont déroulées il y a plusieurs décennies.
Mgr José Luis Escobar Alas, actuel archevêque de San Salvador, a ordonné le 1er septembre le licenciement immédiat de la douzaine d’employés de la OTLA, suscitant incrédulité et incompréhension de la part d’organisations de défense des droits humains aux Etats-Unis et en Amérique latine.
Dans un communiqué du 2 octobre 2013, signé par Mgr José Luis Escobar Alas, l’archevêque de San Salvador explique qu’il est « naturel dans l’Eglise » d’assister à une constante réforme et réorganisation « pour offrir le meilleur service selon les propres exigences sociales de chaque époque historique ». A la fin de son communiqué, l’actuel archevêque écrit que les employés qui travaillaient à la OTLA « de façon satisfaisante » ont signé les procédures de règlement respectives pour les indemnisations et ont reçu toutes les prestations sociales qui leur étaient dues à la date correspondante. Les employés licenciés réfutent cette formulation lénifiante.
Plusieurs jours plus tard, en raison de la polémique qui s’étend dans le pays et à l’étranger, Mgr José Luis Escobar Alas a affirmé que « l’Eglise a été l’objet d’une campagne injuste de diffamation et de calomnie ». Il a affirmé que toutes les personnes ont signé leur départ de façon volontaire et tous les employés licenciés se sont dits « satisfaits », rapporte le quotidien salvadorien « La Prensa Grafica » du 4 octobre 2014. Il n’a pas voulu donner plus de détails, arguant de la procédure judiciaire en cours.
Changeant d’argumentation par rapport à son premier communiqué de presse, il a déclaré que la fermeture de cet organisme de défense des droits humains avait été décidée parce que l’Eglise était en possession d' »indices probants » qu’il y a eu une « mauvaise gestion dans les domaines du droit, de la comptabilité et de l’administration ». L’OTLA, a-t-il lancé, a été « dénaturée » par les personnes qui en ont fait partie « ces derniers temps », arguant d' »irrégularités notoires et évidentes au détriment des victimes ». Des employés sont accusés par l’archevêque d’avoir fait prévaloir des intérêts particuliers et non ceux des victimes. Les avocats des employés demandent des preuves de ces allégations. (apic/com/be)
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