Fribourg: Congrès pour les 50 ans de la constitution sur la liturgie «Sacrosanctum Concilium»
Fribourg, 11 octobre 2013 (Apic) La constitution sur la liturgie «Sacrosanctum Concilium», élaborée par les Pères conciliaires et promulguée le 4 décembre 1963, fête ses 50 ans. Ce n’est pas seulement le premier document de cette assemblée œcuménique tenue au Vatican du 11 octobre 1962 au 8 décembre 1965, mais c’est «le fruit le plus visible du Concile». Pendant trois jours, un congrès de théologiens réunis à l’Université de Fribourg s’est donné pour but d’analyser de façon critique l’application de ces réformes dans les diocèses de Suisse.
Plus de 100 personnes participent du 10 au 12 octobre 2013 à ce congrès organisé conjointement par l’Institut de Sciences liturgiques de l’Université de Fribourg, l’Institut de pastorale liturgique pour la Suisse alémanique à Fribourg et les chaires de sciences liturgiques de l’Université de Lucerne et de la Haute Ecole de Théologie de Coire.
En Suisse romande, la mise en application des dispositions du Concile Vatican II, notamment les changements liturgiques, s’est faite de façon assez rapide. La Constitution sur la liturgie n’est pas seulement un point de départ, mais aussi un point d’aboutissement.
En effet, dans cette région de la Suisse, il y avait déjà des signes précurseurs, comme un autre accès à la Parole de Dieu – «peut-être sous l’influence des frères et sœurs protestants», une autre manière de célébrer l’Eucharistie, que l’on rencontrait déjà dans les camps scouts, les colonies ou les activités avec les jeunes, et une musique liturgique participative. Des pionniers comme les abbés Joseph Bovet et Pierre Kaelin composaient alors des chants pour le peuple en français, note l’Abbé Marc Donzé, vicaire épiscopal à Lausanne.
Ancien professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg, Marc Donzé remarque que la rapidité des réformes conciliaires parut «étonnante, voire bouleversante pour l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg d’alors, Mgr François Charrière, qui pensait que l’accès aux langues vernaculaires était surtout utile pour les pays de mission et qu’il l’était moins pour une population bien formée et bien catéchisée, comme était supposée l’être celle de son diocèse».
La réforme liturgique, «intervenue de façon assez rapide, et parfois sans explications suffisantes», a suscité quelques vives résistances, notamment en raison de l’abandon du latin ou la célébration face au peuple, qui ont provoqué chez certains un sentiment de «désacralisation». Certains se sont rassemblés au sein de l’association «Una voce helvetica» qui voulait à la fois garder la liturgie de saint Pie V et conserver la fidélité à Rome.
Mais il y eut plus grave, note l’Abbé Donzé: Mgr Charrière accueillit dans son diocèse, à la fin des années 1960, l’évêque traditionalistes Marcel Lefebvre et sa fraternité, qui allait s’installer plus tard à Ecône et finalement provoquer un schisme dans l’Eglise catholique. Une histoire très douloureuse, car nombre de familles sont encore aujourd’hui divisées «et l’Eglise, dans son ensemble, ne peut pas se consoler d’un schisme».
L’Abbé Donzé relève que le schisme d’Ecône ne se résume pas au refus des réformes liturgiques, puisque les intégristes mettent en question des pans entiers du Concile Vatican II, comme par exemple la question de la liberté religieuse. «Il n’empêche que le soupçon a régné sur la légitimité de la réforme liturgique et que ce soupçon traîne encore dans certains milieux !»
En ouverture du congrès, Mgr Joseph Roduit, Abbé de Saint-Maurice et président de la Commission liturgique de la Conférence des évêques suisses, a souligné que «si la réforme liturgique a pu causer quelques difficultés et a même infligé des peines à certains, aujourd’hui nous pouvons célébrer un joyeux anniversaire. Nous pouvons nous réjouir du ›fruit le plus visible du Concile’, comme l’indique l’intitulé de ce congrès».
Et Mgr Roduit de relever que la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II a simplifiée les rites «qui s’étaient trop chargés durant les siècles jusqu’à en cacher le sens profond et final». L’Abbé de Saint-Maurice a, lui aussi, souligné que cette réforme avait commencé bien avant Vatican II et que le Concile est arrivé «comme le fruit d’un évolution bienfaisante pour toute l’Eglise».
Pour le professeur italien Andrea Grillo, qui enseigne à l’Université pontificale Saint-Anselme de Rome et à l’Institut supérieur de liturgie pastorale sainte-Justine de Padoue, le fait qu’on puisse avoir dans la liturgie romaine, depuis 2007, «un double régime», crée une ambiguïté «qui doit être levée de toute urgence». Rappelons que le pape avait publié cette année-là une lettre apostolique sous forme de «Motu Proprio» en vue de libéraliser l’usage de la messe et des livres liturgiques selon le rite préconciliaire de 1962, portant le nom de «Summorum pontificum».
Certes, s’il critique durement l’aile droite dans l’Eglise, qui, à l’instar du cardinal Siri ou de Mgr Marcel Lefebvre, avaient voulu faire comme s’il n’était pas nécessaire d’adopter la réforme liturgique ou faire comme si elle n’avait pas eu lieu, l’aile gauche n’est pas non plus épargnée. Cette dernière a l’illusion qu’ayant contribué à la réforme, elle aurait ainsi résolu tous les problèmes et que tout serait désormais parfait, ce qui est loin d’être le cas.
S’élevant contre les prophètes de malheur, qui mythifient le passé et l’idéalisent, Andrea Grillo reconnaît que «beaucoup de progrès ont été faits durant ces cinquante dernières années, mais beaucoup reste encore à faire, nous ne sommes qu’à la moitié du gué !» Mais le professeur italien se veut optimiste et place beaucoup d’espoir dans le pape François, «le premier pape qui se décrit comme ›fils du Concile’». (apic/be)
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