Fribourg: Coup d'envoi de la Semaine nationale contre la traite des êtres humains

Entre 2000 et 3000 personnes sont victimes d’exploitation chaque année en Suisse

Fribourg, 18 octobre 2013 (Apic) Forme moderne de l’esclavage, la traite des êtres humains est un phénomène qui concerne aussi la Suisse. Elle prend le plus souvent le visage de la prostitution, mais aussi celui de l’exploitation dans le travail ou du trafic d’organes. Activité de l’ombre, souvent impunie, ce crime grave contre les fondements de la dignité humaine fait l’objet du 18 au 25 octobre 2013 d’une semaine nationale de sensibilisation, à laquelle le canton de Fribourg participe activement. Le coup d’envoi en terres fribourgeoises a été donné le 18 octobre avec l’inauguration de l’exposition «Rêves évaporés…avenir brisé» par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga.

Entre 2000 et 3000 personnes sont victimes de traite humaine chaque année en Suisse, selon les chiffres 2012 de l’Office fédéral de la police (Fedpol). «Pourtant, le nombre de condamnations reste bien en deça du nombre de cas en raison de la réticence des victimes à témoigner», relève Mélanie Maillard, conseillère juridique à la Direction de la sécurité et de la justice (DSJ) du canton de Fribourg lors de la conférence de presse du 18 octobre.

«Les victimes n’ont pas envie de témoigner, soit par peur des représailles, soit parce qu’elles n’y ont rien à gagner ou encore parce que les trafiquants sont dans le fond les seuls à leur fournir une certaine sécurité matérielle», explique de son côté la procureure fribourgeoise Yvonne Gendre.

La prostitution reste la forme la plus connue de la traite d’êtres humains, même si l’exploitation dans le travail, le mariage forcé et le trafic d’organes tombent également dans cette catégorie. «Plus de 90% des prostituées en Suisse sont d’origine étrangère et les Suissesses qui se prostituent ont obtenu le passeport à croix blanche par mariage», note Yvonne Gendre, ajoutant que la Roumanie et la Bulgarie figurent en tête des pays de provenance.

Une réalité choquante

Pour la procureure, la réalité choquante de l’exploitation sexuelle ne doit pas être banalisée. «Je me souviendrai toujours de cette prostituée qui voulait absolument retourner en Roumanie parce qu’elle disait que, dans les cabarets en Suisse, tous les hommes étaient des obsédés sexuels. Ou encore de cette jeune Bulgare qui s’est jetée sous les roues d’un camion sur la route entre Morat et Ins parce qu’elle n’en pouvait plus de se prostituer».

Le Code pénal protège l’autodétermination des personnes, la notion de liberté. «On ne part pas de l’idée que toutes les prostituées sont victimes de traite des êtres humains. Surtout que, depuis 1992, la prostitution est licite en Suisse. Mais ce n’est pas parce qu’il y a accord entre les parties qu’il est légal», rappelle Yvonne Gendre.

La prévention constitue l’un des moyens les plus sûrs pour amener une victime à témoigner. «A Fribourg, les contrôles de police ont été intensifiés dans les salons de massage. Pour marquer la présence des autorités mais surtout pour donner des informations sur la protection des victimes. Il s’agit de ne pas criminaliser ces femmes», souligne la magistrate. Ce qu’il ne faut surtout pas faire? «Confronter directement la victime et le trafiquant, car la victime a alors beaucoup de difficultés à maintenir ses accusations», affirme-t-elle.

Difficulté de faire aboutir les enquêtes

Après sa déposition auprès de la police cantonale, la personne entre dans un mécanisme de coopération, en place depuis 2008, qui réunit tous les acteurs concernés par la poursuite des auteurs et la protection des victimes, à commencer par l’association Solidarité Femmes Fribourg.

Les victimes de traite humaine, généralement des prostituées, sont prises en charge dans ce centre de consultation LAVI. Leur accompagnement demande beaucoup de travail. «Elles sont souvent en mauvaise état de santé et ne se souviennent plus de ce qu’elles ont raconté à la police», fait remarquer Jane-Anne Jaggi, intervenante sociale à Solidarité Femmes Fribourg. Là, ces femmes peuvent décider de poursuivre ou non la collaboration avec les organes de la poursuite pénale.

En l’espace de cinq ans, seule une dizaine de cas ont fait l’objet d’une procédure pénale, illustrant bien la difficulté de faire aboutir les enquêtes.

Les divers événements organisés dans le cadre de la Semaine nationale contre la traite des êtres humains ont pour objectif de sensibiliser la population à ce phénomène caché. «Comme le dit le conseiller d’Etat fribourgeois Erwin Jutzet, en charge de la sécurité et de la justice, l’amélioration de la lutte contre la traite des être humains passe par l’élévation du niveau de conscience de notre société face à ce crime», déclare en guise de conclusion Didier Page, responsable de la communication à la DSJ. cw

Encadré:

Trois événements en terres fribourgeoises

L’exposition «Rêves évaporés…avenir brisé»

Créée par l’association Terre des femmes, cette exposition montre en 22 tableaux explicatifs, en allemand et en français, les différentes dimensions de l’exploitation sexuelle des femmes en Suisse. A voir à l’Espace 25, Boulevard de Pérolles 25, à Fribourg, jusqu’au 25 octobre 2013.

La pièce de théâtre «Le temps des sirènes»

Montée en collaboration avec l’Office fédéral des migrations (ODM), la pièce de théâtre «Le temps des sirènes» est consacrée au thème de la migration féminine. L’histoire raconte comment les rêves d’artiste de deux sœurs, qui ont quitté leurs Caraïbes natales pour tenter leur chance en Europe, s’envolent en fumée. La pièce a pour cadre un hôtel sordide non loin de la frontière suisse. A voir le 19 octobre 2013, à l’Espace Nuithonie de Villars-sur-Glâne.

Le documentaire «The long way out»

La Direction du développement et de la coopération (DDC) et la Fondation Terre des hommes organisent la projection du documentaire «The long way out», sur le destin de six enfants albanais vendus en Grèce par leurs parents. La projection sera suivie d’un débat réunissant la réalisatrice Clara Ott, plusieurs experts de la traite des enfants, ainsi que le conseiller aux Etats socialiste fribourgeois Christian Levrat. A voir au Cinéma Rex de Fribourg, le 20 octobre 2013. (apic/cw)

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