Centrafrique : Pour l’archevêque de Bangui, le pays est une poudrière

Mgr Nzapalainga au Conseil des droits de l’homme à Genève

Bangui, 23 octobre 2013 (Apic) Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui et président de la Conférence épiscopale centrafricaine, a été auditionné le 21 octobre 2013 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève. Invité à décrire la situation humanitaire de la population, le prélat a souligné que la «Centrafrique est une poudrière prête à exploser».

Mgr Nzapalainga avait indiqué avant son audition vouloir demander un élargissement du rôle de la mission de paix de l’Union africaine en Centrafrique (MISCA) afin de garantir de meilleures conditions de sécurité. Il souhaite en outre la mise en place d’une mission internationale humanitaire, la création d’une commission électorale indépendante en vue d’élections libres et dignes de foi ainsi que le lancement d’enquêtes de la Cour pénale internationale sur les crimes contre l’humanité perpétrés dans le pays.

25’000 rebelles dans le pays

Le chaos provoqué par la chute du gouvernement en mars dernier et l’arrivée au pouvoir des rebelles de la Seleka continue à avoir de lourdes conséquences sur la population. Les femmes et les jeunes filles sont en particulier touchées dans la mesure où, affirme Mgr Nzapalainga, «les cas de viols sont innombrables. Les personnes sont tuées, les maisons incendiées et les femmes violées par les rebelles». Selon l’archevêque, les effectifs des rebelles sont passés de 3’500 en mars à 25’000 membres, notamment par le recrutement forcé d’enfants. Les rebelles continuent en outre à recevoir des ravitaillements en armes alors que les civils s’organisent en groupes d’autodéfense dotés d’armes improvisées. «La Centrafrique est une poudrière prête à exploser», a ajouté l’archevêque.

Selon Mgr Nzapalainga, la zone la plus touchée est actuellement celle de Bossangoa, située à 300 km au nord, où 2’000 maisons ont été incendiées et 37’000 personnes ont cherché refuge auprès de la mission catholique locale. Les conditions de vie des évacués sont dramatiques. Les maladies, le manque d’hygiène et de nourriture provoquent la mort de quatre à cinq personnes par jour.

Les États d’Afrique centrale réclament un désarmement forcé en Centrafrique

Dans le même temps, réunis à N’Djamena, au Tchad, les représentants des dix États de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) ont réclamé le désarmement des «éléments étrangers armés» en Centrafrique. La CEEAC s’est dite prête à fournir un «appui aérien approprié» à la Misca. La force d’intervention devrait disposer de 3’600 soldats mais limitée par des difficultés logistiques et financières elle en réunit aujourd’hui à peine 2’500. Ce qui est insuffisant face aux bandes armées. Dans ce pays majoritairement chrétien, les exactions des ex-rebelles, parfois étrangers, Soudanais et Tchadiens notamment, et principalement musulmans, font en outre peser la menace d’une fracture religieuse.

La France, qui dispose de 410 hommes en Centrafrique, a récemment promis d’augmenter ses effectifs jusqu’à 750, voire 1’200 hommes, à condition?qu’une résolution autorisant une opération de maintien de la paix soit adoptée à l’ONU, ce qui pourrait être le cas en décembre. (apic/fides/ag/mp)

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