«Il n'y a pas de solution, mais une gestion du conflit reste possible»

Yisca Harani, co-lauréate du Prix de la Fondation Mont Sion 2013

Jérusalem, 25 octobre 2013 (Apic) «Je le sais, ça peut paraître un cliché. Mais je ne crois pas que je mérite ce prix. Je ne sais pas comment ils ont fait pour me trouver!». Yisca Haranis recevra le Prix de la Fondation Mont Sion le 27 octobre à Jérusalem. Elle commente sa distinction en ces termes: «Je devrai maintenant expliquer avec des mots ce que je fais et pourquoi je le fais».

Cette juive née en 1961 à Jérusalem est issue d’une famille observante. Elle est actuellement conseillère au ministère israélien pour la question du christianisme. Mais avant tout, elle cherche avec ses très nombreux projets et initiatives à mettre les personnes en contact les unes avec les autres. Ce prix qu’elle va recevoir permettra de renforcer son engagement, affirme-t-elle.

Chacun de ses projets est «un bateau dans des flots déchaînés». «Et le but est de ne pas couler», lance-t-elle. Yisca Harani a dû parfois prendre des décisions seule et de façon «peu transparente», afin de ne pas compromettre ses buts. «Il y a tellement d’entraves» et il faut «savoir à tout moment de quoi on peut ou on ne peut pas parler». Elle ne s’imagine pas réaliser ses projets dans le cadre d’une organisation plus large, car «chacun a la possibilité faire bouger quelque chose dans son propre environnement».

Gestion des conflits en lieu et place de solution aux conflits

Alors que le dialogue entre les cultures et les religions est habituellement considéré comme la base de construction d’une communauté, Yisca Harani préfère les personnes qui ont le courage de dire ouvertement leur point de vue, «en particulier chez nous, où beaucoup nagent dans un courant». Elle n’aime pas beaucoup les «gentillesses». «Il n’y a pas de problèmes pour parler de nos différences, exprimer sa fierté sur sa vision des choses, même si cela signifie que j’apprécie moins la vision des autres. Il ne s’agit pas de s’affronter, mais pas non plus de se dissimuler!» Gestion des conflits en lieu et place de solution aux conflits: «Nous devons accepter qu’il y ait des positions sur lesquelles nous ne sommes pas unanimes!». Autrement dit: «Nous devons montrer notre fierté pour ce que nous avons et du respect pour ce que les autres expriment avec fierté».

Avoir sa propre position et la confronter ouvertement à celle des autres, ressentir de la compassion, écouter patiemment et aller courageusement de l’avant: telles sont les qualités décisives en vue d’un dialogue constructif, selon Yisca Harani. Ses parents lui ont transmis dès le berceau les bases de la tradition juive, le sens de l’ouverture et l’idéologie humaniste. Puis elle a acquis elle-même beaucoup d’autres valeurs, et notamment une connaissance profonde du christianisme.

Pourquoi un autel dans une église?

Au départ se trouvent les ruines d’une église byzantine, vers lesquelles un groupe de visiteurs, parmi lesquels Yisca Harani, a été conduit par une guide de «l’Association pour la protection de la nature en Israël». Une inscription mentionnait qu’un autel se trouvait là. «En hébreu, ce terme n’a qu’une seule signification: des animaux y étaient sacrifiés. Mais que fait un autel dans une église, alors qu’il n’y en avait pas dans les synagogues? Cela m’a permis de me poser la question: finalement, que font les chrétiens?»

A-t-elles trouvé la réponse? «Ce que j’ai découvert à cette époque, c’est que celui qui veut étudier le christianisme doit étudier le Nouveau Testament.» Rapidement, ce ne fut plus la beauté des église ni leur architecture qui apparurent au premier plan, mais les textes, affirme la juive, qui se décrit elle-même comme «une femme de littérature», devenue «curieuse et fascinée». Puis la percée a ensuite été réalisée par «des contacts personnels». C’est ce qu’elle considère comme l’élément le plus important de son engagement: «Il ne s’agit pas uniquement d’étudier et d’observer, mais de rencontrer des personnes!» C’est très différent d’entendre directement la narration directement des concernés que par l’intermédiaire d’une tierce personne. Surtout en ces temps où les conflits constituent les événements du quotidien, les contacts personnels et les mains tendues permettent d’empêcher le bateau de couler.

Avec ce qu’elle connaît, Yisca Harani veut faire bouger quelque chose. La juive a permis à des milliers d’Israéliens de se rapprocher des chrétiens arabes locaux.

Le prix qu’elle recevra pourrait contribuer à réaliser son vœu: atteindre des personnes «qui ne partagent pas encore ma vision des choses». Et même si tous ne vont pas donner suite à son invitation à se rendre à la remise du prix à l’abbaye de la Dormition, notamment en raison de leur blocage face à l’Eglise, «alors il faudra encore propager davantage le message». (apic/ak/bb)

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