Margaret Karram, co-lauréate du Prix de la Fondation Mont Sion 2013
Jérusalem, 25 octobre 2013 (Apic) Elle est née il y a 51 ans à Haïfa, au nord d’Israël, dans une famille arabe catholique. Elle parle couramment l’hébreu, possède un passeport israélien et a étudié le judaïsme. Margaret Karram n’a pas choisi la voie de la facilité. Pourtant, cette membre des Focolari l’affirme: « Je sais qui je suis et je me sens en paix avec moi-même ».
La conviction selon laquelle « je ne peux former ma propre identité que si je connais les autres » constitue une des bases de son engagement pour le dialogue entre Israéliens et Palestiniens, entre chrétiens, musulmans et juifs.
Dimanche 27 octobre, Margaret Karram recevra à Jérusalem le Prix interreligieux pour la paix du Mont Sion 2013, qu’elle partagera avec la juive Yisca Harani, conseillère pour les questions en lien avec le christianisme au ministère israélien pour la sécurité publique, les religions et le tourisme.
Partager ce prix avec une juive constitue « un signe » pour Margaret Karram: « Deux femmes issues de traditions différentes. C’est la preuve qu’il est possible de collaborer! » Et même davantage: « Cela montre que nous autres les femmes, nous pouvons faire beaucoup. Nous pouvons apporter davantage de chaleur dans la cohabitation entre les personnes ».
La native de Haïfa a vécu le contact avec les voisins juifs pratiquement depuis le berceau. « J’ai grandi dans la seule famille arabe dans un environnement judaïque. Dès petite, je me suis demandée pourquoi il y avait ce conflit. » Elle a connu les vexations, les disputes sur la place de jeu et les larmes devant cette hostilité, qui contraint les Palestiniens à opter pour une autre voie, encore plus difficile. « Je voulais changer quelque chose, surmonter la haine. » A 14 ans, elle fait connaissance avec le mouvement des Focolari, dont la spiritualité de l’unité renforce la jeune chrétienne dans ses convictions. « Dieu a un plan pour moi », affirme-t-elle avec le recul. Et il s’agit d’un chemin « pas simple, mais passionnant ».
Afin de « surmonter la haine », elle doit faire connaissance avec les autres, affirme Margaret Karram. Et il ne s’agit pas uniquement de « parler avec les autres ou de les regarder dans les yeux ». Selon elle, faire connaissance signifie « connaître leurs traditions et leur histoire ». Cette conviction l’a incitée à s’inscrire, comme seule arabe et seule chrétienne, dans une université juive américaine pour étudier le judaïsme. « Pendant six mois, j’ai eu peur d’afficher ouvertement mes origines. Lors de la fête du Nouvel-An judaïque, mes camarades juifs m’ont invitée dans une synagogue. A ce moment, j’ai su qui j’étais et ce que je voulais. Et je n’ai plus voulu me cacher ». Elle s’est alors rendue dans la synagogue, en tant que chrétienne, animée par les valeurs de dialogue et de paix, « et en compagnie de vrais amis ».
Margaret Karram acquiert la conviction que tous les hommes sont créés à l’image de Dieu et constituent un cadeau pour leur prochain. Elle fait alors se rencontrer sans relâche des jeunes, des familles et des académiciens des deux côtés, lors de sessions et surtout par « des geste concrets de rapprochement ». Pour cela, affirme-t-elle, « nous avons besoin de fondements spirituels, sans quoi nous bâtissons sur le sable ».
Elle ne peut pas mesurer le succès de son engagement. Elle voit simplement des petites histoires, qui se poursuivent malgré les obstacles et les frustrations. Comme celui de cette juive israélienne qui, au début de sa période militaire, demande à ses amis arabes de se faire photographier en groupe, « afin que comme soldate, je n’oublie jamais que j’ai des amis palestiniens ». « Nous semons et espérons que notre semence porte du fruit. Cela avance sans faire de bruit. Il est plus facile et plus tapageur de détruire une forêt que de faire pousser des arbres », affirme Margaret Karram. Le succès vient « lorsque les deux parties commencent à penser autrement, lorsqu’elles découvrent les hommes au-delà de l’histoire ». Se rapprocher permet de changer quelque chose. « J’espère qu’un jour, ce sera aussi le cas au niveau politique », lance-t-elle.
Il s’agit là d’un « projet à long terme » et, pour Margaret Karram, d’un « projet de vie ». Elle recevra le 27 octobre le Prix interreligieux pour la paix du Mont Sion 2013. Elle ne se considère pas « digne du cadeau d’un tel prix ». Cependant, son sentiment est marqué par beaucoup de joie face à cette surprise. « Ce que je fais, je le fais volontiers. Et le prix va m’encourager à donner encore plus. Dieu me dit à travers lui: continue ainsi! » (apic/ak/bb)
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