Nombreux hommages en Pologne et au-delà
Varsovie, 29 octobre 2013 (Apic) les hommages se multiplient en Pologne et dans le monde après l’annonce du décès de l’ancien premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki, le 28 octobre 2013 à l’âge de 86 ans. Premier chef de gouvernement non communiste, ce fervent catholique avait participé à la transition de la Pologne vers la démocratie et l’économie de marché.
Tadeusz Mazowiecki a consacré sa vie entière à combattre le totalitarisme et l’oppression. Cet intellectuel profondément imprégné des valeurs chrétiennes et démocratiques est arrivé sur le devant de la scène internationale en août 1989 en devenant le premier chef de gouvernement non communiste du bloc soviétique.
«C’était une très grande figure morale, une sorte de sage de la politique polonaise. Jusqu’au bout, il a pesé. C’était une digue contre tous les populismes et les extrémismes de droite comme de gauche. Il a représenté ce que l’intelligentsia polonaise a produit de meilleur. Très inspiré par le personnalisme chrétien – il était proche de Jean Paul II – il avait une éthique. Il attachait beaucoup d’importance à la vie humaine», commente dans «Libération» Georges Mink, sociologue spécialiste de l’Europe centrale et orientale, directeur de recherches au CNRS
Pour «Le Monde», il fut aussi «un avocat infatigable de l’intégration de la Pologne dans une Europe unie, et non plus divisée. Le représentant de l’une des causes les plus nobles du XXe siècle.»
Journaliste catholique dans les années 1970, Tadeusz Mazowiecki fut l’un des artisans de l’alliance intellectuels-ouvriers qui a été la clé du succès de la révolution ‘Solidarnosc’ née du mouvement de contestation sur les chantiers navals de Gdansk, lors des grèves de l’été 1980, qui allait conduire au démantèlement du régime communiste. La loi martiale, imposée par le général Jaruzelski en 1981 valut à Mazowiecki d’être interné, comme tant d’autres, pendant un an. Le mouvement fut freiné, mais pas arrêté.
Neuf ans après la signature des accords de Gdansk, Lech Walesa, toujours entouré de ses conseillers, imposa une autre négociation, celle de la table ronde. Le syndicat libre, devenu un parti démocratique, balaya le parti communiste dans une élection semi-libre, le 4 juin 1989, qui marqua le début de la fin du communisme en Europe. Elu député, Mazowiecki se retrouva premier ministre au mois d’août.
Après l’écroulement complet de l’ancien régime, la Pologne doit se choisir un président démocratiquement pour succéder au général Jaruzelski. Mazowiecki et Walesa deviennent alors concurrents. C’est finalement ce dernier qui emportera l’élection présidentielle, en 1990, grâce sans doute à son charisme naturel.
Malgré cette défaite, Tadeusz Mazowiecki continue de bénéficier d’une très large estime sur le plan international. Ainsi, au milieu des années 1990, en pleine guerre des Balkans, il se voit confier le poste de rapporteur de l’ONU pour les droits de l’homme dans l’ex-Yougoslavie. Mais il démissionnera, dans un aveu d’impuissance, après le massacre de musulmans bosniaques par les milices serbes à Srebrenica en juillet 1995.
«La Croix» rappelle encore que «pétri de la lecture d’Emmanuel Mounier et de Jacques Maritain», ce sincère croyant, fut partisan en 2005 de l’inscription des racines chrétiennes de l’Europe dans le préambule de la Constitution européenne, a cherché toute sa vie à concilier religion et action politique.
Mazowiecki s’était toujours opposé à toute forme de chasse aux sorcières envers les anciens fonctionnaires ou membres du parti communiste. Il souhaitait une réconciliation de la société ce qui lui valu aussi pas mal d’incompréhension dans son pays par les ceux qui refusaient d’oublier les crimes de l’époque communiste. Il disait qu’il fallait «retrancher le passé derrière une ligne forte», c’est-à-dire non pas le nier mais ne pas en endosser la responsabilité. (apic/ag/mp)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/nombreux-hommages-en-pologne-et-au-dela/