Assimilés aux «croisés» américains qui combattent les talibans au Pakistan et en Afghanistan

Pakistan: Les chrétiens, cibles faciles pour les extrémistes musulmans, dénonce Mgr Coutts

Karachi, 4 novembre 2013 (Apic) Les chrétiens au Pakistan sont une cible facile pour les extrémistes musulmans qui cherchent à les assimiler aux «croisés» américains qui combattent les talibans dans le pays et en Afghanistan. Les chrétiens pakistanais ne représentent que 2,2% de la population pakistanaise à 96% musulmane. Du fait de leur situation très minoritaire, ils subissent un certain nombre de discriminations, confirme Mgr Joseph Coutts, évêque de Karachi, interrogé par Radio Vatican.

Interviewé par Marie Duhamel, Mgr Coutts affirme qu’il n’y a pas de ghetto chrétien au Pakistan. Pour le président de la Conférence épiscopale catholique pakistanaise, «c’est avec ce genre d’idée qu’on fait des dommages !» Au contraire, insiste-t-il, musulmans et chrétiens partagent leur quotidien «dans la paix».

Nombre de musulmans apprécient les chrétiens

«On a des écoles, des hôpitaux et qui y viennent ? Des musulmans! Et ils aiment nos écoles. A Karachi, nous avons un hôpital catholique et il n’y a qu’un médecin catholique qui y travaille, les autres sont musulmans. Vous savez quand j’ai été ordonné évêque mes voisins musulmans, pas tous, mais deux d’entre eux, étaient là, dans l’église, parce qu’on a grandi ensemble. Et ils ont apprécié la célébration, la solennité et les chants. Il y a aussi de belles choses!»

«La majorité des chrétiens appartient aux classes les plus basses de la société. Mais dès lors que se passe-t-il ? Quand vous êtes dans un pays musulman, s’il y a un emploi à pourvoir et 5 candidats, ils choisiront un musulman plutôt qu’un chrétien. C’est la même chose avec les promotions, en particulier dans l’armée ou dans des administrations importantes. Ils n’aimeront pas vous voir grimper l’échelle. C’est ce genre de discriminations. Je ne veux pas justifier cela, mais c’est quelque chose de psychologique dans tous les pays: il y a un groupe ou une communauté que l’on regarde avec mépris. Comme les Etats-Unis et les Noirs. Regardez comme il se sont battus et maintenant ils ont un président.»

La «loi noire», la loi sur le blasphème, doit être amendée

L’évêque de Karachi reste confiant. Pourtant les épreuves sont de taille. Chaque année 700 chrétiens sont convertis de force, affirme l’œuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED). Il s’agit d’une violation grave à la liberté religieuse, mise à mal également par la «loi noire», comme on désigne la loi sur le blasphème. Selon la Human Rights Commission of Pakistan, au moins 161 personnes ont été inculpées en vertu de cette loi en 2011, 9 ont été tuées sans procès.

«Si vous ne voulez pas abolir la loi, souligne l’évêque de Karachi, alors apportez des changements afin qu’on ne puisse pas l’utiliser à mauvais escient, comme c’est le cas maintenant. On se bat depuis 1986 et le Conseil de l’idéologie islamique a tenu une réunion le mois dernier à ce sujet, sans succès. Les groupes extrémistes sont les plus forts au sein du Conseil. Cependant, beaucoup de musulmans commencent à reconnaître la vérité. Cette loi… Vous savez, elle ne mentionne pas la notion de blasphème intentionnel».

L’ajout du mot ‘intentionnel’ ferait toute la différence, estime le président de la Conférence épiscopale pakistanaise. «C’est le genre de chose qu’on voudrait pour nous protéger. Et il y a autre chose. Aujourd’hui, il suffit de se rendre au poste de police et de dire que quelqu’un a blasphémé. Quand un rapport est écrit, c’est là que tous les problèmes commencent. Donc nous, nous souhaiterions que de simples officiers de police ne puissent plus être autorisés à écrire ce genre de rapport. Ce devrait être à un magistrat ou à autre de le faire. C’est ce qu’on demande».

Tuer des chrétiens pour que les Américains s’en aillent…

Pour l’évêque de Karachi, il faut ajouter à cette difficulté majeure un problème lié au contexte régional: le conflit en Afghanistan voisin et la guerre lancée contre le terrorisme après le 11 septembre 2001 par les Américains. Pour ces raisons, les chrétiens sont devenus une cible facile pour les fondamentalistes et autre talibans.

Mgr Coutts relève que les talibans ont attaqué l’armé en tuant un général et s’en sont pris à une base militaire et à un quartier général à Islamabad. «Ils ont attaqué une école de police et tué plus de 100 futurs policiers antiterroristes. Ils ont attaqué tant de cibles. Mais maintenant la police et l’armée ont des revolvers plus performants, de meilleures armes et de meilleurs gilets pare-balles. C’est devenu plus difficile et ils se disent: ‘Ah ! Allons attaquer des chrétiens. Ils sont faciles à attaquer’. Aujourd’hui, les terroristes ne sont pas en train de s’en prendre à n’importe qui dans la rue. La récente attaque de l’église de Peshawar a des connections politiques. Ils veulent que les Américains quittent l’Afghanistan. Donc ils tuent des chrétiens, en disant ‘on espère que les Américains s’en iront, sinon on tuera encore plus de chrétiens’. Ils nous lient aux Américains et c’est dangereux! ‘Les Américains sont chrétiens et vous l’êtes aussi’. C’est une mauvaise connexion».

Pas question de prendre les armes

Face à ces amalgames et ces injustices, pas question de prendre les armes, déclare-t-il sur les ondes de Radio Vatican. Pour autant, les chrétiens refusent de se taire. Récemment encore, on a vu Mgr Coutts défiler aux côtés de centaines fidèles scandant «Ne tuez plus les chrétiens»! Banderoles en main ou assis sur le trottoir pendant des heures pour montrer aux musulmans leur désarroi. Comme le dit Mgr Coutts lui-même: «Comment voulez-vous qu’une mère comprenne la douleur de son enfant si celui-ci ne verse aucune larme…». (apic/rad/vat/be)

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